La règle d’or d’abord, puis à toi de juger juste…

 

Sermon sur la montagne # 11, message par Yanna VAN DE POLL, le 16 mars 2014

Nous continuons notre réflexion sur le Sermon sur la montagne et aujourd’hui, nous en sommes au chapitre 7, les versets 1 à 5 et 12. Dans ce passage, Jésus aborde quelque chose que nous avons tous tendance à faire : porter un jugement sur ce que font les autres, juger ce que disent les autres. Mais le Seigneur nous met en garde contre cette tendance.

 

Ne jugez pas les autres

Il nous dit : « Ne jugez pas les autres ». Qu’est-ce que Jésus veut dire par « juger quelqu’un? » Le mot grec pour juger, kreno, comporte une grande diversité  de significations. Dans son sens littéral, il décrit l’action de séparer, de mettre quelque chose en morceaux. Il est aussi utilisé pour exprimer une préférence ou une opinion. Mais c’est le contexte qui détermine la signification exacte de ce mot.

Dans le contexte de Matthieu 7, la phrase « Ne jugez pas » pourrait avoir comme équivalent : « N’adoptez pas une attitude critique qui cherche toujours la petite bête l’erreur ».

Ou bien : « Ne critiquez pas de manière irréfléchie. Ne portez pas un jugement sur un frère ou une sœur en le condamnant sans aucun fondement ».

Il est bien connu que la nature humaine a la tendance de vite critiquer les autres. Il est toujours plus facile de chercher le blâme plutôt que de chercher à comprendre le pourquoi des choses. Nous préférons cultiver une image de nous-mêmes qui nous favorise par rapport au reste de la société. Car le fait de condamner les autres a pour effet de rehausser, du moins en apparence, l’image qu’on a de soi. Car personne n’aime se retrouver au bas de l’échelle.

Cette attitude de vite juger l’autre est l’inverse de celle de Jésus, qui cherche à sauver l’autre. En Jean 12.47 il déclare :  « Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde point, ce n’est pas moi qui le juge; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde ». Lorsque nous portons un jugement sur un frère ou une sœur par des propos médisants, il est clair que nous n’éprouvons aucun envie de le sauver. Sauver, cela veut dire : lui prêter main-forte et de l’édifier.

 

Faire preuve de discernement

Avant d’aller plus loin, je m’empresse d’ajouter cette précision. Il serait faux de penser que Jésus désapprouve toute forme de jugement. Ce commandement de ne pas juger notre prochain ne réclame pas l’abandon de notre discernement des esprits. Jésus n’interdit pas de discerner le bien du mal. Ce qu’il interdit, c’est de juger dans un esprit de critique, dans une attitude qui cherche la querelle. Il ne faudrait surtout pas que les chrétiens ferment les yeux sur le mal en faisant semblant que tout va bien alors que le mal est en train d’empoisonner la vie de l’église.

Au contraire, l’apôtre Paul nous invite à « dénoncer les œuvres stériles des ténèbres » (Eph 5.11).

L’enseignement biblique nous incite constamment à faire preuve d’un esprit de discernement dans les situations où il faut distinguer la vérité du mensonge, ou le bien du mal.

D’ailleurs ces paroles du Seigneur sur le jugement sont immédiatement suivies par deux autres commandements dont la pratique exige l’exercice de notre discernement.

Au v. 6, Jésus nous demande de ne pas donner aux chiens ce qui est sacré ni de jeter nos perles aux pourceaux, et au v. 7, il nous met en garde contre les faux prophètes.

Il y a dans ces instructions une obligation implicite à reconnaître ceux que Jésus appelle des chiens, des pourceaux et des faux prophètes. L’identification de ces personnes doit forcément passer par notre sens du discernement.

La parole de Dieu nous enseigne donc un jugement juste, mais c’est quoi un jugement juste ?  La Parole de Dieu nous donne quatre éléments qui sont indispensables à tout jugement juste.

 

Se condamner soi-même

Premièrement, celui qui juge trop vite, se condamne soi-même : « Toi donc, qui que tu sois, toi qui juges, car en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu agis comme eux » (Romains 2.1). Lorsque nous jugeons une personne, c’est comme si nous prononcions une sentence contre cette personne. Par une telle attitude, nous nous plaçons au-dessus de celle-ci. Nous prétendons être dignes de cette position et nous nous donnons le droit d’être le juge de la vie d’un autre. Aucun individu n’a la permission de revendiquer un rôle et une responsabilité qui relèvent de Dieu seul. Car en prenant sur nous le droit de juger les pensées et les intentions des autres, nous usurpons la place de Dieu.  Eh bien, nous sommes tous tentés de faire ainsi, quand les autres ne partagent pas nos opinions/ Mais depuis quand suis-je devenu son maître et qu’il est devenu mon serviteur? Depuis quand ai-je reçu le pouvoir de m’imposer comme juge devant mes semblables par les critiques que je formule à leur égard?

C’est la question que Paul pose aux chrétiens de Rome : « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l’affermir » (Romains 14.4).

La Parole nous interdit de poser un jugement moral sur la destinée spirituelle d’une autre personne. Dieu seul peut exercer ce droit, ce qu’il fera d’ailleurs par Jésus Christ au jour du jugement.

Paul le comprenait fort bien quand il  écrit : « ne jugez rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui aussi mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et qui manifestera les conseils des cœurs; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Corinthiens 4.4-5). L’homme ne peut pas se donner le même pouvoir que seul Dieu possède. Aucun être humain n’a la compétence nécessaire pour juger un frère sur sa fidélité envers Dieu car nous ne pouvons pas lire dans la pensée des gens ni évaluer avec justesse leurs intentions. En outre, nous disposons rarement de tous les faits qui entourent une situation donnée. Avec tous ces manquements, on doit admettre que l’homme est incapable de se prononcer en toute connaissance de cause et en toute équité. La leçon est simple. Ne jugez pas. Ne jouez pas le rôle du Juge Divin. Ne vous prenez pas pour Dieu.

 

Vous qui jugez, vous serez jugé

Deuxièmement, il y a un grand danger auquel nous nous exposons lorsque nous commençons à juger les autres. Tôt ou tard, nous serons également jugés. Et la sévérité du jugement que nous subirons sera proportionnelle à la sévérité que nous avons exprimée quand nous avons osé condamner les autres. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Le critiqueur sera jugé selon la loi de la réciprocité, vous serez jugés de la même mesure dont vous vous êtes servis pour juger votre prochain.

C’est ce l’on appelle : l’arroseur arrosé.

Cette relation réciproque présente le principe biblique selon lequel toute personne récolte ce qu’elle a semé. La parole de Dieu en fait mention à plusieurs endroits. En voici quelques exemples.

Galates 6.7. … « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi ».

Jacques 2.13… « Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde »…

Ce principe de réciprocité régit la vie de tout homme et il s’applique tant dans ses rapports avec Dieu qu’avec ses semblables. Une personne qui est portée à la critique invite les autres à faire de même à son égard. Ceux qui jugent les autres doivent s’attendre à ce qu’ils seront jugés par Dieu de la même façon. C’est ce qui est arrivé au roi David lorsqu’il s’est approprié la femme d’un de ses officiers.

 

Ne faites pas l’hypocrite

Troisièmement, Jésus combat l’hypocrisie : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

Il y a une teinte d’humour dans cette question que Jésus pose. Comment se fait-il que tu sois si habile à discerner un grain de sciure dans l’œil de l’autre alors que tu ne vois même pas la grosse poutre qui est dans le tien? Quelle aberration ! Quelle hypocrisie ! La paille et la poutre représentent les défauts personnels qui nécessitent une correction. Et l’absurdité de la situation se perçoit aisément dans la question suivante : Pourquoi le critiqueur est-il si préoccupé par les petites imperfections des autres quand il a lui-même de graves problèmes personnels à régler ?

Vous savez, il est extrêmement facile pour chacun d’entre nous de commettre la même erreur, i.e., d’être à l’affût des lacunes de tout le monde sans avoir conscience de nos propres lacunes. Nous sommes tous vite à exagérer les défauts des autres tout en minimisant les nôtres. En Proverbes 21.2, nous pouvons lire cette phrase. « Toutes les voies de l’homme sont droites à ses yeux; mais celui qui pèse les cœurs, c’est l’Éternel ». Ce manque d’impartialité nous pousse à porter un jugement toujours en notre faveur, aux dépenses de l’autre.

En revanche, le Seigneur Jésus nous demande d’être juges de nos propres actions : « Ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère ». Examinons nos propres fautes d’abord avant d’aller critiquer celles des autres. N’essayons pas de résoudre les problèmes des autres sans avoir mis de l’ordre dans notre propre vie.

Il ne faudrait pas interpréter cette instruction comme une interdiction d’aider ceux qui se trouvent dans les difficultés. Jésus nous encourage bien sûr  à venir en aide à ceux qui en ont besoin, mais pas avant d’avoir pris soin de nous occuper de nos propres défauts. Ceci est facile à comprendre. Si nous avons pris la peine de nous pencher sur nos défauts, il est fort probable que nous allons rendre service aux autres avec tact. Celui qui s’est s’examiné et qui a su résoudre ses problèmes est capable de voir plus clairement. Il sera en mesure d’enlever comme il se doit la poussière dans l’œil de son frère.

Nous pouvons donc expliquer les paroles de Jésus ainsi : celui qui a acquis la maturité nécessaire pour assister adéquatement les autres est celui qui a appris de ses propres fautes.

En conclusion, le commandement de ne pas juger autrui ne nous demande pas de fermer nos yeux et d’agir en aveugles. Bien au contraire. Jésus veut que nous ayons les yeux grands ouverts, non pas sur les autres seulement, mais d’abord et avant tout sur notre propre personne. Au lieu de juger les autres, commençons par nous examiner et nous juger nous-mêmes.

 

La règle d’or

Jésus résume son enseignement sur le jugement par un principe fondamental : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes » (Matthieu 7:12). C’est la fameuse règle d’or

De tout temps, notre société humaine s’est efforcée de respecter certaines règles sociales qui favorisent les relations humaines tout en préservant les intérêts de son prochain.

Les sociétés religieuses en particulier, se sont préoccupées de donner l’exemple au monde,

en s’efforçant de mettre en pratique les enseignements du Christ. Il existe diverses « recettes » de bonne conduite, aussi louables les unes que les autres dans leur intention. Tantôt on demande au chrétien de se mettre à la place d’autrui. Tantôt on lui demande de se posant la question: « Si Jésus était à ma place, que ferait-il ? » Mais aucune de ces règles ne surpasse celle que Jésus nous propose : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le de même pour eux ».

C’est la règle et elle est fondamentale. Imaginons-nous comment nous aimerions bien être traités ? Par exemple, aimerions-nous être salués chaleureusement, avec plein  d’amour par nos frères et sœurs en venant au culte ? Si oui, alors, allons vers les autres en les saluant si chaleureusement, avec plein d’amour, d’affection, d’intérêt.

Ou bien, j’aimerais bien que quelqu’un prie pour moi, alors, priez pour quelqu’un.

J’aimerais bien que quelqu’un me rendre visite, alors, allez visiter quelqu’un.

J’aimerais bien qu’on me respecte, alors, commençons à respecter des autres.

J’aimerais bien que quelqu’un m’aide avec un tel ou tel travail, alors, soyons disponible pour aider des autres.

Peut-être que vous pouvez encore ajouter ….

Bref, cette règle d’or n’est pas une loi écrasante, mais une invitation à être créatif, à sortir de l’ordinaire ;

Et c’est vrai, cela demande un effort, et surtout, cela demande une attitude d’humilité.  

Car dans le royaume de Dieu, il n’y a pas de place pour ceux qui veulent se donner des airs de supériorité. Le Seigneur Jésus a communiqué cette leçon à ses disciples en Jean 13 par un geste empreint d’humilité. Il a lavé leurs pieds, et il a dit : « Ce geste que je viens de faire, vous devez aussi le faire l’un envers l’autre ».

Laver des pieds, c’était une responsabilité qui appartenait à un esclave. Par son exemple, Jésus nous demande de nous mettre au service des autres comme un esclave. Jésus nous dit – et je cite une traduction en français courant : « Ne considérez pas les gens avec la même échelle des valeurs que le monde. Les grands de ce monde n’ont pas une position équivalente dans le royaume de Dieu. Quiconque veut être grand parmi vous, sera votre serviteur et quiconque veut être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous » (Marc 10.43-44).

L’apôtre Paul revient sur ce point en Philippiens 2.3 : « estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ». Là, il prend pour exemple l’attitude de Jésus: « Christ s’est dépouillé lui-même, en prenant la condition d’esclave … et il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix » (Phil 2.7).

Cette attitude d’humilité se développe au fur et à mesure que nous marchons avec Dieu avec l’aide de l’Esprit Saint. Nous apprenons à distinguer les choses qui comptent aux yeux du Seigneur.

Dieu n’a pas du tout la même vision des choses que l’homme naturel. Plus nous nourrissons le sentiment de supériorité dans ce monde, plus cette attitude nous nuira dans le royaume de Dieu.

Condamner les autres avec mépris et sans réflexion, cela peut conduire une église à s’engouffrer dans une voie meurtrière. Paul nous met bien en garde contre cette attitude : « Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres » (Galates 5.15).

L’expression « mordre et dévorer les uns les autres » est une autre manière d’évoquer les critiques déplacées et blessantes que Jésus condamne  quand Il dit : ne jugez pas. Cette façon de juger les autres ne peut qu’étouffer la vie de l’église et à la fin de tout cela, il ne restera plus de communauté, plus d’Église.

Pour couper court à cette tendance désastreuse, Jésus nous donne la règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux ».

Quand nous pratiquons cette règle  dans notre vie et dans notre église, je suis sûre, nous serons une église rayonnante, un lieu où on se sent bien, un lieu où l’amour fraternel règne, un lieu où la grâce abonde, un lieu où le bien de l’autre est au cœur de nos relations fraternelles.

Soyons donc de ceux qui suivent Jésus dans cette voie, et nous devenons doux et humble, comme Lui.

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