Fondamentaux de la piété chrétienne

 

Série de messsages sur le Sermon sur la montage # 6 - Evert Van de Poll, le 9 février 2014

Au centre du sermon sur la montagne (Matthieu 5-6-7) se trouve un passage où Jésus parle de trois aspects de la vie de disciple : Donner l’aumône (« la miséricorde »), la prière personnelle et le Jeûner (6.1-18). C’est un ensemble, puisque les trois sujets sont abordés dans des passages quasiment identiques.

L’ordre n’est pas linéaire (d’abord donner, puis prier, etc.) mais circulaire : la prière au milieu, reliée d’un côté à l’aumône, et de l’autre côté au jeûne. Cela veut dire que la prière n’est pas possible sans être mis en rapport avec « donner » et « jeûner »,e t que les derniers perdent leur sens sans la prière.

La prière occupe donc une pace centrale dans la piété chrétienne. Pour preuve, ce sujet et élaboré par une sorte d’insertion où Jésus développe deux choses qui sont au cœur de notre pratique de donner, de prier et de jeûner : Ne pas prier comme des païens, mais comme le Notre Père, et pardonner.

 

Le pardon au préalable

Ensuite, dans cette même insertion, Jésus souligne encore un élément du Notre Père, à savoir le pardon. L’insistance sur le pardon est là pour bien nous faire comprendre que sans le pardon envers ceux qui nous ont blessés, rien n’a de la valeur, aucune pratique aussi religieuse soit-elle. Donner son argent aux pauvres, la prière et le jeûne doivent être accompagné d’un désir de vivre en paix avec tous, d’ôter toute amertume dans notre cœur, de clarifier nos relations avec tous.

Voilà ce qui est au cœur, d’abord de la prière, et puis de l’aumône et du jeûne.

 

Trois fondamentaux

Ce sont là trois aspects importants de la piété juive, basée sur l’Ancien Testament.

Jésus en fait des fondamentaux de la piété chrétienne – c’est le titre de mon message.

Les fondamentaux de la vie chrétienne.

Sommes-nous pour autant des fondamentalistes ?

Quelques mots sur l’origine du terme fondamentaliste et son usage aujourd’hui.

Aujourd’hui un autre sens : ce terme évoque l’intégrisme, le militantisme fanatique, l’obscurantisme par rapport à la science

L’amalgame des courants dits fondamentalistes dans toutes les religions.

Les chrétiens qui se tiennent aux fondamentaux de la doctrine chrétienne de tous les temps, ne sont pas de ceux qui, au nom d’une quelconque religion, commettent des attentats et de terrorisme !

 

Comparaison avec le judaïsme et l’islam

Lorsque tu fais l’aumône (ou donne de l’argent à ceux qui sont dans le besoin)… lorsque tu pries…lorsque tu jeûnes. Pour Jésus, la vie religieuse repose sur ces trois piliers.

Ce sont également les trois piliers du judaïsme. Jésus ne les substitue pas par d’autres pratiques, mais en explique le sens profond, et les dérives possibles.

Il est intéressant que ces trois pratiques, donner, prier et jeûner, font également partie des cinq piliers de l’islam constituent les préceptes fondamentaux de l’islam, obligatoires pour tous les musulmans.

1.      Confession (chahada) de l’unicité de Dieu et la prophétie de Mahomet,

2.      Prière (salat), les cinq prières quotidiennes,

3.      Jeûne (saoum) du mois de Ramadan, 9e mois du calendrier lunaire musulman,

4.      Impôt destiné aux pauvres (zakat), obligatoire pour les Musulmans

5.      Pèlerinage (hajj) à la Mecque, au moins une fois dans la vie, si les conditions physiques et matérielles s’y prêtent.

Or, les apparences sont trompeuses. Vu de l’intérieur, les actes de donner, la prière, et je leûne chrétiennes sont vécues différemment que les pratiques similaires dans l’islam. On ne le fait par pour l’autre. Le chrétien n’en fait pas grand cas, ni quelque chose de visible, et encore moins quelque chose d’ostensible, voir ostentatoire.

 

Principes de base

Pour introduire les trois sujets : donner, prier, jeûner, Jésus pose les principes de base de toute pratique religieuse, en 6.1.

Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus.

Autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

Ce principe nous montre deux aspects

Quant à la forme : au lieu de nous faire remarquer ou de chercher à satisfaire les demandes de la tradition ou d’un système religieux, nous pratiquons notre piété en privé, seulement pour le Seigneur.

Quant à la motivation, on peut chercher l’appréciation humaine ce qui représente une certaine récompense, au niveau social et religieux. Or, nous cherchons ne cherchons que l’approbation de Dieu, et sa gloire.

Je veux me concentrer sur le premier aspect : l’opposition entre agir en public et agir « en secret ». Après cela, si le temps le permet, je ferai encore quelques remarques sur la motivation et la récompense

 

Questions : public et/ou privé ?

L’aumône, la prière, le jeûne, trois importants aspects de justice pratique dans la vie du chrétien. Jésus nous demande de les pratiquer en secret.

Cela suscite chez moi des questions, peut-être chez vous aussi.

Dans une société où l’état laïc qui veut que la religion soit strictement une affaire privée, est-il encore nécessaire d’insister sur le caractère « secret » de notre pratique religieuse ?

Et puis : cet enseignement n’est-il pas en contradiction chapitre précédent où Jésus a dit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu`ils voient vos bonnes œuvres, et qu`ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (5.16) ?

 

La contradiction n’est qu’apparente

Dans ce dernier verset, Jésus nous confie la mission d’être la lumière du monde en accomplissant de bonnes œuvres que les hommes peuvent apercevoir. Or nous venons de voir qu’au chapitre 6, Jésus nous met en garde de ne pas pratiquer notre justice pour être vus des hommes.

Comment peut-on concilier ces deux instructions? Elles semblent tout à fait contradictoires. Devons-nous montrer nos œuvres de justice ou non?

Cette contradiction apparente pourrait s’expliquer de la façon suivante.

Tout d’abord, il faut savoir que ces deux passages se rapportent à deux aspects différents de la vie chrétienne.

Matthieu 5 s’intéresse aux bonnes œuvres alors que Matthieu 6 traite de la piété chrétienne. La manifestation de notre piété, que ce soit par l’aumône, la prière, ou le jeûne, doit se faire d’une manière qui n’attire pas l’attention. C’est une affaire privée entre le croyant et son Seigneur. Par contre, il n’en est pas de même avec les bonnes œuvres. Nourrir ceux qui ont faim, habiller ceux qui sont nus, prendre soin des malades, toutes ces bonnes actions ne peuvent pas s’accomplir en cachette, sans être vu par ceux qui bénéficient de notre bienveillance.

On peut donner de l’argent, prier, ou jeûner sans que personne ne le sache. On ne peut pas briller par nos bonnes actions sans montrer notre identité.


Relation personnelle et intérieure

Jésus désire nous introduire dans la relation de confiance qu’il a avec son Père.

Tout le sermon sur la montagne nous parle d’une relation personnelle et intérieure possible avec ce Père qui est très proche. Jésus invite à vivre sous son regard la vie spirituelle avec ses trois piliers. Il invite à donner, à prier et à jeûner sans se préoccuper du jugement de l’homme. Il appelle à vivre sous le seul regard du Père.

 

Trois piliers, comparés aux autres « triades » classiques

Trois angles

L’aumône, la prière et le jeûne, ce sont trois piliers de la vie spirituelle. On pourrait aussi parler des trois angles d’un triangle, qui sont Dieu, le prochain et moi-même.

Prier exprime le mieux ma relation avec Dieu. Donner de son argent à ceux qui sont dans le besoin exprime le mieux ma relation avec le prochain, bien qu’il existe d’autres manières d’être en relation avec autrui. Jeûner exprime symboliquement la relation avec moi-même.

Il est intéressant et instructif de rapprocher ces trois angles à d’autres « triades » classiques dans le NT, qui ont toujours été au cœur de l’instruction chrétienne.

 

Cf. le grand commandement, sommaire de la loi

Ces trois piliers correspondent au triple commandement d’amour donné par Jésus : La prière : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée. ». Le premier commandement exprime notre relation avec Dieu. L’aumône : « Tu aimeras ton prochain… » Notre relation avec le prochain est exprimée par l’aumône. Le jeûne : …comme toi-même. » Le jeûne signifie notre relation avec nous mêmes.

 

Cf. les trois vertus chrétiennes

La même idée se trouve dans la triade « sobriété, justice et piété » dans la lettre à Tite : « Car elle s’est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes. Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ ». (Tite 2,11-13) La sobriété indique la relation avec soi-même, la justice celle avec notre prochain, la piété celle avec Dieu.

 

Cf. Tentations de Jésus

On retrouve encore ces trois piliers dans le récit de la Tentation de Jésus. Dans les trois tentations, le diable essaye de séduire Jésus en tordant le sens des trois relations fondamentales avec Dieu, avec l’autre et avec nous-mêmes.
- Le jeûne : Après 40 jours de jeûne, Jésus a faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres : « Changez-vous en pains ! » Le diable attaque Jésus dans sa faim, dans sa relation avec soi-même. Jésus répond que l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de le parole de Dieu
- La prière : La deuxième tentation concerne la relation de Jésus avec la confiance en Dieu. Le diable l’invite à provoquer Dieu en se jetant du sommet du temple. Jésus y résiste en citant à nouveau l’Ecriture sainte.
- L’aumône : La troisième tentation en est la perversion. Le diable montre toutes les richesses du monde à Jésus et lui promet de les lui donner s’il se met à genoux devant lui. Cette tentation exprime notre relation avec l’argent. Et notre relation avec l’argent signale notre relation avec notre prochain.

 

Cf. Les sources de la va chrétienne : foi (confiance), amour et espérance (1 Cor. 12)

La triade des vertus de piété, de justice et de sobriété s’enracine et se ressource au « cœur » régénéré d’où jaillit l’autre triade paulinienne : la foi (confiance), l’amour et l’espérance.

Ces trois autres inséparables sont sans doute en rapports privilégiés : la foi avec la piété, l’amour avec la justice, et l’espérance avec la sobriété qui ne vainc la nature pécheresse que dans l’attente de la résurrection.

 

Le jeûne, quelques remarques

Je veux, à titre d’exemple, m’attarder quelques instants sur le jeûne. Souvent assimilé seulement à ne pas manger, voire ne manger ni boire, pendant un certain temps (un jour, quelques jours), le jeûne signifie beaucoup plus que cela. Jeûner, c’est une privation volontaire de ce qui nous rassasie: un peu de nourriture peut-être, mais aussi de ces redoutables pièges à désir que sont le tabac, l’alcool, la télévision, l’ordinateur, telle ou telle passion... Tout ce qui met notre vie sous la tyrannie de l’habitude et du besoin.

Et nous voilà tellement préoccupés de nous-mêmes qu’il n’y a plus de place dans nos vies pour la Vie qui est disponibilité, gratuité, vraie rencontre des autres.

Pour l’Ancien Testament (cf. Esaïe 58.3ss), le vrai jeûne suppose la miséricorde qui donne, le vrai jeûne nous ouvre à la prière. Il est une manière de confesser notre foi dans un Seigneur venu dans l’humilité.

L’Eglise jeûne avec Jésus qui a jeûné, elle vit dans l’humilité avec lui pour être glorifiée avec lui.

 

Exercice de sobriété

La sobriété, dont l’exercice est le jeûne, est la vertu, compagne inséparable de la piété et de la justice, qui vise à maîtriser notre nature pécheresse, selon la Sagesse de Dieu, pour la gloire de Dieu et dans la perspective de la future résurrection, promise à ceux qui croient.

Cette sobriété concerne aussi bien notre intelligence, nos sentiments, notre imagination, notre mémoire que notre sensibilité. Et l’exercice du jeûne n’intéresse pas seulement le manger, le boire et la sexualité (Cf. 1 Co 9.24-27).

L’ascèse chrétienne, le combat chrétien, selon la vertu de sobriété, consiste à tenir assujettis au Christ et à la Parole de Dieu toutes les parties de notre être, y compris bien sûr notre corps, mais aussi notre âme, notre cœur, toutes les parties de notre vie, depuis les relations sexuelles dans le mariage (cf. 1Co 7.5) jusqu’à nos recherches culturelles en passant par notre profession.

 

Pas de signes extérieurs

« Si je jeûne, tout le monde doit être au courant ». Là, c’est l’attitude qui compte, c’est le fait de jeûner. Le Christ condamne un tel comportement. Il nous exhorte à ne pas faire cela, mais au contraire à garder ce jeûne propre à nous-mêmes.

Se parfumer la tête, laver son visage, c’est retirer les signes du jeûne. Personne ne devrait savoir que tu es en train de jeûner. Dans le temps de Jésus, le jeûne était en effet souvent accompagné de l’action de se couvrir de poussière et de cendres.

Cf. la tradition dans le christianisme d’apposer de la cendre bénie sur le front des fidèles, le premier jour du Carême, dit mercredi des cendres.

 

Carême, austérité et d’ascèse

Dans la tradition chrétienne, cet enseignement de Jésus sur l’aumône, la prière et le jeûne est au cœur du Carême, une période de 40 jours avant la semaine de Pâques commence par le mercredi des cendres (en 2014, le 9 mars). La cendre est le symbole d’austérité, qui invite le croyant à renoncer à des choses terrestres afin de se rappeler des biens spirituels, la relation avec Dieu, et de développer une attitude de générosité envers autrui.

Aujourd’hui, l’austérité est lourde de sens. Tout le discours politique tourne autour de ce concept : nous sommes en crise économique nous disent-ils, et pour sortir de la crise il faut des mesures d’austérité. On oublie souvent que c’est un concept chrétien, un principe spirituel. Dans la vie chrétienne, il existe des mesures d’austérité, qui ont pour objectif de nous ramener à l’essentiel.

On parle également d’ascèse ou de tempérance. On se limite dans la consommation des biens matériels, afin de créer plus de place pour les choses spirituelles.

 

Les ailes de la prière

Augustin (†420) disait :

« Le jeûne et l’aumône sont les deux ailes de la prière qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu’à Dieu.

De cette manière, notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l’aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s’éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l’obtient.

Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu’au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés » ( Sermon 206, 3 sur le carême: pl 38, 1042).

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Au centre du sermon sur la montagne (Matthieu 5-6-7) se trouve un passage où Jésus parle de trois aspects de la vie de disciple : Donner l’aumône (« la miséricorde »), la prière personnelle et le Jeûner (6.1-18). C’est un ensemble, puisque les trois sujets sont abordés dans des passages quasiment identiques.

L’ordre n’est pas linéaire (d’abord donner, puis prier, etc.) mais circulaire : la prière au milieu, reliée d’un côté à l’aumône, et de l’autre côté au jeûne. Cela veut dire que la prière n’est pas possible sans être mis en rapport avec « donner » et « jeûner »,e t que les derniers perdent leur sens sans la prière.

La prière occupe donc une pace centrale dans la piété chrétienne. Pour preuve, ce sujet et élaboré par une sorte d’insertion où Jésus développe deux choses qui sont au cœur de notre pratique de donner, de prier et de jeûner : Ne pas prier comme des païens, mais comme le Notre Père, et pardonner.

Le pardon au préalable

Ensuite, dans cette même insertion, Jésus souligne encore un élément du Notre Père, à savoir le pardon. L’insistance sur le pardon est là pour bien nous faire comprendre que sans le pardon envers ceux qui nous ont blessés, rien n’a de la valeur, aucune pratique aussi religieuse soit-elle. Donner son argent aux pauvres, la prière et le jeûne doivent être accompagné d’un désir de vivre en paix avec tous, d’ôter toute amertume dans notre cœur, de clarifier nos relations avec tous.

Voilà ce qui est au cœur, d’abord de la prière, et puis de l’aumône et du jeûne.

 

Trois fondamentaux

Ce sont là trois aspects importants de la piété juive, basée sur l’Ancien Testament.

Jésus en fait des fondamentaux de la piété chrétienne – c’est le titre de mon message.

Les fondamentaux de la vie chrétienne.

Sommes-nous pour autant des fondamentalistes ?

Quelques mots sur l’origine du terme fondamentaliste et son usage aujourd’hui.

Aujourd’hui un autre sens : ce terme évoque l’intégrisme, le militantisme fanatique, l’obscurantisme par rapport à la science

L’amalgame des courants dits fondamentalistes dans toutes les religions.

Les chrétiens qui se tiennent aux fondamentaux de la doctrine chrétienne de tous les temps, ne sont pas de ceux qui, au nom d’une quelconque religion, commettent des attentats et de terrorisme !

Comparaison avec le judaïsme et l’islam

Lorsque tu fais l’aumône (ou donne de l’argent à ceux qui sont dans le besoin)… lorsque tu pries…lorsque tu jeûnes. Pour Jésus, la vie religieuse repose sur ces trois piliers.

Ce sont également les trois piliers du judaïsme. Jésus ne les substitue pas par d’autres pratiques, mais en explique le sens profond, et les dérives possibles.

Il est intéressant que ces trois pratiques, donner, prier et jeûner, font également partie des cinq piliers de l’islam constituent les préceptes fondamentaux de l’islam, obligatoires pour tous les musulmans.

1.      Confession (chahada) de l’unicité de Dieu et la prophétie de Mahomet,

2.      Prière (salat), les cinq prières quotidiennes,

3.      Jeûne (saoum) du mois de Ramadan, 9e mois du calendrier lunaire musulman,

4.      Impôt destiné aux pauvres (zakat), obligatoire pour les Musulmans

5.      Pèlerinage (hajj) à la Mecque, au moins une fois dans la vie, si les conditions physiques et matérielles s’y prêtent.

Or, les apparences sont trompeuses. Vu de l’intérieur, les actes de donner, la prière, et je leûne chrétiennes sont vécues différemment que les pratiques similaires dans l’islam. On ne le fait par pour l’autre. Le chrétien n’en fait pas grand cas, ni quelque chose de visible, et encore moins quelque chose d’ostensible, voir ostentatoire.

Principes de base

Pour introduire les trois sujets : donner, prier, jeûner, Jésus pose les principes de base de toute pratique religieuse, en 6.1.

Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus.

Autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

Ce principe nous montre deux aspects

Quant à la forme : au lieu de nous faire remarquer ou de chercher à satisfaire les demandes de la tradition ou d’un système religieux, nous pratiquons notre piété en privé, seulement pour le Seigneur.

Quant à la motivation, on peut chercher l’appréciation humaine ce qui représente une certaine récompense, au niveau social et religieux. Or, nous cherchons ne cherchons que l’approbation de Dieu, et sa gloire.

Je veux me concentrer sur le premier aspect : l’opposition entre agir en public et agir « en secret ». Après cela, si le temps le permet, je ferai encore quelques remarques sur la motivation et la récompense

Questions : public et/ou privé ?

L’aumône, la prière, le jeûne, trois importants aspects de justice pratique dans la vie du chrétien. Jésus nous demande de les pratiquer en secret.

Cela suscite chez moi des questions, peut-être chez vous aussi.

Dans une société où l’état laïc qui veut que la religion soit strictement une affaire privée, est-il encore nécessaire d’insister sur le caractère « secret » de notre pratique religieuse ?

Et puis : cet enseignement n’est-il pas en contradiction chapitre précédent où Jésus a dit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu`ils voient vos bonnes œuvres, et qu`ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (5.16) ?

La contradiction n’est qu’apparente.

Dans ce dernier verset, Jésus nous confie la mission d’être la lumière du monde en accomplissant de bonnes œuvres que les hommes peuvent apercevoir. Or nous venons de voir qu’au chapitre 6, Jésus nous met en garde de ne pas pratiquer notre justice pour être vus des hommes.

Comment peut-on concilier ces deux instructions? Elles semblent tout à fait contradictoires. Devons-nous montrer nos œuvres de justice ou non?

Cette contradiction apparente pourrait s’expliquer de la façon suivante.

Tout d’abord, il faut savoir que ces deux passages se rapportent à deux aspects différents de la vie chrétienne.

Matthieu 5 s’intéresse aux bonnes œuvres alors que Matthieu 6 traite de la piété chrétienne. La manifestation de notre piété, que ce soit par l’aumône, la prière, ou le jeûne, doit se faire d’une manière qui n’attire pas l’attention. C’est une affaire privée entre le croyant et son Seigneur. Par contre, il n’en est pas de même avec les bonnes œuvres. Nourrir ceux qui ont faim, habiller ceux qui sont nus, prendre soin des malades, toutes ces bonnes actions ne peuvent pas s’accomplir en cachette, sans être vu par ceux qui bénéficient de notre bienveillance.

On peut donner de l’argent, prier, ou jeûner sans que personne ne le sache. On ne peut pas briller par nos bonnes actions sans montrer notre identité.

Relation personnelle et intérieure

Jésus désire nous introduire dans la relation de confiance qu’il a avec son Père.

Tout le sermon sur la montagne nous parle d’une relation personnelle et intérieure possible avec ce Père qui est très proche. Jésus invite à vivre sous son regard la vie spirituelle avec ses trois piliers. Il invite à donner, à prier et à jeûner sans se préoccuper du jugement de l’homme. Il appelle à vivre sous le seul regard du Père.

 

Trois piliers, trois angles, et d’autres  « triades » classiques

Trois angles

L’aumône, la prière et le jeûne, ce sont trois piliers de la vie spirituelle. On pourrait aussi parler des trois angles d’un triangle, qui sont Dieu, le prochain et moi-même.

Prier exprime le mieux ma relation avec Dieu. Donner de son argent à ceux qui sont dans le besoin exprime le mieux ma relation avec le prochain, bien qu’il existe d’autres manières d’être en relation avec autrui. Jeûner exprime symboliquement la relation avec moi-même.

Il est intéressant et instructif de rapprocher ces trois angles à d’autres « triades » classiques dans le NT, qui ont toujours été au cœur de l’instruction chrétienne.

Cf. le grand commandement, sommaire de la loi

Ces trois piliers correspondent au triple commandement d’amour donné par Jésus : La prière : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée. ». Le premier commandement exprime notre relation avec Dieu. L’aumône : « Tu aimeras ton prochain… » Notre relation avec le prochain est exprimée par l’aumône. Le jeûne : …comme toi-même. » Le jeûne signifie notre relation avec nous mêmes.

Cf. les trois vertus chrétiennes

La même idée se trouve dans la triade « sobriété, justice et piété » dans la lettre à Tite : « Car elle s’est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes. Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ ». (Tite 2,11-13) La sobriété indique la relation avec soi-même, la justice celle avec notre prochain, la piété celle avec Dieu.

Cf. Tentations de Jésus

On retrouve encore ces trois piliers dans le récit de la Tentation de Jésus. Dans les trois tentations, le diable essaye de séduire Jésus en tordant le sens des trois relations fondamentales avec Dieu, avec l’autre et avec nous-mêmes.
- Le jeûne : Après 40 jours de jeûne, Jésus a faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres : « Changez-vous en pains ! » Le diable attaque Jésus dans sa faim, dans sa relation avec soi-même. Jésus répond que l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de le parole de Dieu
- La prière : La deuxième tentation concerne la relation de Jésus avec la confiance en Dieu. Le diable l’invite à provoquer Dieu en se jetant du sommet du temple. Jésus y résiste en citant à nouveau l’Ecriture sainte.
- L’aumône : La troisième tentation en est la perversion. Le diable montre toutes les richesses du monde à Jésus et lui promet de les lui donner s’il se met à genoux devant lui. Cette tentation exprime notre relation avec l’argent. Et notre relation avec l’argent signale notre relation avec notre prochain.

Cf. Les sources de la va chrétienne : foi (confiance), amour et espérance (1 Cor. 12)

La triade des vertus de piété, de justice et de sobriété s’enracine et se ressource au « cœur » régénéré d’où jaillit l’autre triade paulinienne : la foi (confiance), l’amour et l’espérance.

Ces trois autres inséparables sont sans doute en rapports privilégiés : la foi avec la piété, l’amour avec la justice, et l’espérance avec la sobriété qui ne vainc la nature pécheresse que dans l’attente de la résurrection.

Le jeûne, quelques remarques

Je veux, à titre d’exemple, m’attarder quelques instants sur le jeûne. Souvent assimilé seulement à ne pas manger, voire ne manger ni boire, pendant un certain temps (un jour, quelques jours), le jeûne signifie beaucoup plus que cela. Jeûner, c’est une privation volontaire de ce qui nous rassasie: un peu de nourriture peut-être, mais aussi de ces redoutables pièges à désir que sont le tabac, l’alcool, la télévision, l’ordinateur, telle ou telle passion... Tout ce qui met notre vie sous la tyrannie de l’habitude et du besoin.

Et nous voilà tellement préoccupés de nous-mêmes qu’il n’y a plus de place dans nos vies pour la Vie qui est disponibilité, gratuité, vraie rencontre des autres.

Pour l’Ancien Testament (cf. Esaïe 58.3ss), le vrai jeûne suppose la miséricorde qui donne, le vrai jeûne nous ouvre à la prière. Il est une manière de confesser notre foi dans un Seigneur venu dans l’humilité.

L’Eglise jeûne avec Jésus qui a jeûné, elle vit dans l’humilité avec lui pour être glorifiée avec lui.

Exercice de sobriété

La sobriété, dont l’exercice est le jeûne, est la vertu, compagne inséparable de la piété et de la justice, qui vise à maîtriser notre nature pécheresse, selon la Sagesse de Dieu, pour la gloire de Dieu et dans la perspective de la future résurrection, promise à ceux qui croient.

Cette sobriété concerne aussi bien notre intelligence, nos sentiments, notre imagination, notre mémoire que notre sensibilité. Et l’exercice du jeûne n’intéresse pas seulement le manger, le boire et la sexualité (Cf. 1 Co 9.24-27).

L’ascèse chrétienne, le combat chrétien, selon la vertu de sobriété, consiste à tenir assujettis au Christ et à la Parole de Dieu toutes les parties de notre être, y compris bien sûr notre corps, mais aussi notre âme, notre cœur, toutes les parties de notre vie, depuis les relations sexuelles dans le mariage (cf. 1Co 7.5) jusqu’à nos recherches culturelles en passant par notre profession.

Pas de signes extérieurs

« Si je jeûne, tout le monde doit être au courant ». Là, c’est l’attitude qui compte, c’est le fait de jeûner. Le Christ condamne un tel comportement. Il nous exhorte à ne pas faire cela, mais au contraire à garder ce jeûne propre à nous-mêmes.

Se parfumer la tête, laver son visage, c’est retirer les signes du jeûne. Personne ne devrait savoir que tu es en train de jeûner. Dans le temps de Jésus, le jeûne était en effet souvent accompagné de l’action de se couvrir de poussière et de cendres.

Cf. la tradition dans le christianisme d’apposer de la cendre bénie sur le front des fidèles, le premier jour du Carême, dit mercredi des cendres.

 

Carême, austérité et d’ascèse

Dans la tradition chrétienne, cet enseignement de Jésus sur l’aumône, la prière et le jeûne est au cœur du Carême, une période de 40 jours avant la semaine de Pâques commence par le mercredi des cendres (en 2014, le 9 mars). La cendre est le symbole d’austérité, qui invite le croyant à renoncer à des choses terrestres afin de se rappeler des biens spirituels, la relation avec Dieu, et de développer une attitude de générosité envers autrui.

Aujourd’hui, l’austérité est lourde de sens. Tout le discours politique tourne autour de ce concept : nous sommes en crise économique nous disent-ils, et pour sortir de la crise il faut des mesures d’austérité. On oublie souvent que c’est un concept chrétien, un principe spirituel. Dans la vie chrétienne, il existe des mesures d’austérité, qui ont pour objectif de nous ramener à l’essentiel.

On parle également d’ascèse ou de tempérance. On se limite dans la consommation des biens matériels, afin de créer plus de place pour les choses spirituelles.

Les ailes de la prière

Augustin (†420) disait :

« Le jeûne et l’aumône sont les deux ailes de la prière qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu’à Dieu.

De cette manière, notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l’aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s’éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l’obtient.

Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu’au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés » ( Sermon 206, 3 sur le carême: pl 38, 1042).