Faut-il toujours pardonner ? Comment est-il possible ?

 

Série Sermon sur la montagne # 6 - Message par Yanna Van de Poll, le 2 février 2014

Ce matin nous poursuivons la lecture du Sermon sur la montagne, le célèbre discours de Jésus dans l’Évangile de Matthieu, au ch. 5 à 7.L’un des sujets abordé par le Seigneur est le pardon.

Lisons Matt 6.12.

Qui n’a jamais entendu dire : « Je ne pardonne jamais et je n'oublie jamais » ? Quand on a vécu une chose dramatique, nous avons du mal à pardonner. La question se pose : faut-il toujours pardonner, en tant que chrétien, disciple de Jésus ?

Que pensez-vous ? Oui ou non ? Y a-t-il des actes que l’on ne peut pas pardonner, que l’on ne devrait pas pardonner ? Un meurtre, par exemple, ou un viol, ou encore des humiliations à répétition ?

Notre société nous enseigne que si nous disons "je te pardonne", c'est comme si rien de grave ne se serait passé, comme si nous cautionnons le mal que l’autre a fait.

En tout cas, accorder le pardon est difficile, pénible. Par contre, soyons honnêtes, nous aimons bien être pardonnés de nos fautes.

 

Pardonne-nous nos offenses

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Avez-vous déjà pris le temps de méditer cette phrase bien connue de Jésus? Par exemple : qu’est-ce que signifie le conjonction ‘comme’ ? comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Pouvons-nous demander à notre Père de nous pardonner de la même façon que nous le faisons vis-à-vis de notre prochain ?

Ou est-ce que cela signifie que le pardon de Dieu est au conditionnel ? Qu’il dépend de notre pardon? N’avons-nous pas déjà été pardonnés par Dieu en Christ, gracieusement ?

Vous voyez, même une lecture superficielle de cette phrase fait immédiatement ressortir une difficulté.  

Cette phrase fait partie du Notre Père, mais elle est aussi un principe de base. Ce principe est tellement important que Jésus va le réitérer tout de suite après le Notre Père. Lisons Matt 6.14 et 15.

« Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes ». Cette fois-ci, Jésus ne laisse aucun doute dans l’esprit de l’auditeur : Si vous ne pardonnez pas aux hommes, alors Dieu ne vous pardonnera pas non plus. Comment comprendre l’idée que Dieu peut nous refuser son pardon?

 

Pardonner : imiter Dieu

À une autre occasion, Jésus va expliquer ce qu’Il voulait dire. Là, il se sert d’une parabole pour nous aider à mieux comprendre la question du pardon. C’est la fameuse Parabole du Débiteur Impitoyable. Vous trouvez en Matt 18.21-35.

Lisons-ce passage.  

Plusieurs  commentaires bibliques se servent de cette parabole pour expliquer la phrase dans le Notre Père concernant le pardon. C’est ce que nous allons faire également. La parabole présente quelques personnages : un Roi, un serviteur et des collègues du serviteur. Le Roi représente Dieu. De ce que nous voyons dans les actes du Roi nous pouvons apprendre comment Dieu agit envers nous. Le serviteur, c'est –vous, c’est moi. Nous pouvons nous mettre à sa place. Nous pouvons nous imaginer ce que nous aurions fait. Il me semble que la parabole laisse supposer que nous aurions fait la même chose que le serviteur.

Et surprise, à la fin de la parabole, nous retrouvons la même phrase que dans le notre Père : si  nous ne pardonnons pas aux autres, Dieu ne nous pardonnera pas non plus : « C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur ».

Si je ne pardonne pas à mon frère de tout mon cœur, Dieu ne me pardonnera pas. On pourrait penser que le pardon de Dieu est donc accordé au conditionnel. Or, je pense que  Jésus voulait souligner autre chose : Nous devons comprendre que notre refus de pardonner montre que nous n'avons pas compris l’ampleur du pardon qui nous a été accordé. .

Quand je ne pardonne pas aux autres leurs péchés, c'est parce que je n'ai pas compris combien mes propres péchés sont graves devant Dieu et combien grande a été sa grâce quand il me les a pardonnés.

Et c'est là où se trouve le thème majeur de notre parabole. Dieu nous demande de pardonner aux autres, parce que nous avons été pardonnés nous-mêmes par Dieu. Quand nous avons reçu le pardon de Dieu pour nos nombreux péchés, nous n'avons plus le droit de garder notre amertume, notre rancune et notre colère contre un frère ou une sœur, parce que Dieu n'a pas gardé sa colère contre nous.

Quand quelqu'un nous blesse, il y a deux façons de réagir qui sont toutes les deux très négatives. "Ne t'inquiètes pas, ce n'est rien, pas de problème..." et puis nous bouillons de colère en nous-mêmes.

Ou alors : "Non, tu es allé trop loin cette fois-ci. Je ne te pardonne plus..." et nous restons fâchés avec la personne qui nous a blessés.
Dieu nous a pardonné en Christ par amour et Il nous demande de faire pareil. « Ne devais-tu pas faire preuve de compassion à l’égard de ce serviteur, comme j’ai eu pitié de toi ?» (18.33). Comme j’ai eu pitié de toi.  Ce petit mot est très important : comme j’ai eu pitié de toi.

C'est ce que le serviteur n'a pas compris, et son manque de compassion, il l’a payé cher.

Dans son introduction au Sermon sur la montage, Evert a mis en avant le centre de tout cet enseignement. La quintessence, la clé de voûte du Sermon sur la montagne est le commandement: « Soyez parfait, comme votre Père céleste est parfait ». Ou bien : soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux. . Nous savons tous que nous ne sommes pas parfaits dans le sens de ne commettre aucune faute. Mais avons vocation à refléter de plus en plus le caractère de Dieu, et d’agir comme lui agit.

Ce mot comme est un miroir : comme Dieu nous a pardonné, nous devons à notre tour pardonner aux autres. « Faites-vous grâce réciproquement, comme Dieu vous a fait grâce en Christ : soyez donc imitateurs de Dieu », écrit l’apôtre Paul aux Éphésiens (4.32-5.1). Faites-vous grâce réciproquement comme Dieu vous a fait grâce en Christ.

 

Pardonner : une attitude 

Cela nous amène à un deuxième point : est-ce que nous devons pardonner sans que la personne qui nous a fait tort ne se repente ? Pour pardonner à quelqu'un il faut qu'il vous demande pardon. C’est évident - non?

Oui, c'est l’idéal, c’est ce que nous pouvons toujours espérer. Si la personne qui m’a blessé se repent, je peux lui pardonner, nous pouvons rétablir la relation, laisser la blessure derrière nous et avancer ensemble – en paix, réconciliés l’un avec l’autre.

Entre chrétiens ça devrait se passer comme cela. Nous devrions reconnaître nos torts, nos erreurs, nos péchés et chercher la réconciliation avec notre frère ou notre sœur avant que le pardon soit accordé. Mais, malheureusement, ce n'est pas toujours comme ça, même entre chrétiens et même entre les membres d'une famille. Que faire quand la personne devant nous ne se repent pas?
Même si Jésus ne mentionne pas la repentance dans la parabole, il nous en donne une idée quand le serviteur s’écrie : « Seigneur, aie patience envers moi... » Il a bien reconnu son tort, mais il essaye de se sauver lui-même.

Donc, ce n’est pas une vraie repentance. La suite de la parabole nous montre ce que Jésus voulait enseigner: il faut voir une attitude de pardon, même si nous ne voyons pas une attitude de repentance chez l'autre.

Rappelons la question de Pierre, juste avant la parabole :   « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? » 

Drôle de question. On pourrait penser que la parabole n’est pas appropriée pour répondre à la question de Pierre. Pourtant, c’est bien le cas. Jésus répond parfaitement à la question de Pierre. Je m’explique.

À l’époque, les dirigeants religieux discutaient du nombre de fois qu’il fallait pardonner. Rabbi Yosé résume le point de vue dominant en disant : Si quelqu’un pèche une, deux ou trois fois, on lui pardonne, mais pas s’il pèche quatre fois ….paff. Plus de pardon.

En général on allait jusqu’à trois fois. Le raisonnement est le suivant : le chiffre trois est un chiffre divin, donc pour être un bon juif dans le domaine du pardon, il fallait compter à trois.  Après cela, on pouvait donner libre cours à sa haine, en tout bonne conscience : car on pensait d’avoir Dieu à son côté.

Pierre était donc  très généreux. Il était prêt à pardonner 7 fois - Il a doublé l'ordre des rabbins et ajouté une fois de plus, pour avoir une bonne mesure. Mais qu’est-ce Jésus répond ? « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois ». Aïe, le raisonnement est éclaté en mille morceaux en une seule seconde : jusqu’à soixante-dix sept fois. Autrement dit, accorder le pardon, cela ne s’arrête jamais.

Cette réponse souligne ce que Jésus attend de nous : que les enfants de Dieu aient une attitude de pardon permanente envers ceux qui pèchent contre nous. La réponse de Jésus revient à dire : « Pierre, si tu es en train de compter le nombre des fois où tu pardonnes à quelqu’un, tu n'es pas en train de pardonner. Tu n’as pas une attitude de pardon ».

Cela nous interpelle. Avons-nous une attitude de pardon ? Ou est-ce que posons des limites, en comptant le nombre des fois?

Dianne Collard, une missionnaire américaine en Autriche, a dû apprendre cette vérité après que son fils fut assassiné. Il lui fallait un long parcours pour arriver à une attitude de pardon envers le meurtrier de son fils. Elle l’a décrit dans son livre : « Je choisis de pardonner ».  Là, elle arrive à cette conclusion :

« Toute la complexité du pardon se réduit à un choix. Soit je décide de refuser de pardonner et dans ce cas j’assume les terribles conséquences de ma décision, soit je fais le choix d’obéir et je reçois l’amour, la liberté et la guérison de Dieu. Un choix, mon choix » (page 58).

Avoir une attitude de pardon relève d’un choix. Est-ce que c’est notre choix ? Voulons-nous obéir à Dieu en pardonnant à ceux qui nous ont offensés ? Même s’il n’y a pas eu une demande de pardon ?

Voici un témoignage d’un condamné à mort qui illustre bien les bienfaits de ce choix :

Un condamné à mort filmé récemment dans un pénitencier des Etats-Unis racontait la transformation qu’avait provoquée sa rencontre avec les parents de sa victime : " Jamais je n’ai eu aussi peur de ma vie et, quand ils m’ont dit qu’ils me pardonnaient, j’ai senti le sol s’ouvrir sous mes pieds et j’ai éclaté en sanglots. J’ai pu ensuite pleurer pendant des mois. Ils m’ont aidé à prendre conscience de mon crime ». 

Les parents de sa victime ont fait ce choix. Dianne, don je parlais tout à l’heure, a fait le même choix après l’assassinat de son fils. Tous les deux ont expérimenté que le pardon libère, pas seulement le condamné, mais également les victimes.

 

On pardonne tant que l’on aime

J’arrive à mon dernier point : on pourrait dire que la question du pardon est un test de notre amour envers notre prochain.  

Rappelons que Dieu nous a pardonné en Christ par amour. Si Dieu me demande de pardonner comme lui nous a pardonné, c’est  parce qu’Il m’aime tant. Il a souffert pour moi afin de payer le prix pour mes péchés. Pardonner, ça coûte. Est-ce que je suis prêt à aimer mon prochain à mon tour ? Un écrivain du 15ième siècle, La Rochefoucauld, a dit : « On pardonne tant que l’on aime ».

En d’autres termes, l’amour se mesure à notre capacité de pardonner. Si nous refusons le de pardonner, nous n’aimons pas vraiment tel frère ou telle sœur.

Dieu nous aime tant qu’il désire une chose : nous pardonner en Christ : nous offrir le salut. Et nous ? Qu’en est-il de nous ? Désirons-nous aussi pardonner à ceux qui nous ont offenses ? Par amour fraternel ?

Dans la parabole, Jésus nous enseigne comment cultiver une attitude de pardon. Il nous donne deux principes que nous pouvons appliquer quand nous avons avez été blessés :

  • La capacité de pardonner vient d’une attitude de reconnaissance. Dieu ne tient plus compte de notre péché, alors, qui sommes-nous pour tenir compte des péchés des autres ? Dans la mesure où nous sommes reconnaissants du pardon de Dieu en Christ, nous pouvons pardonner aux autres.
  • Pardonner, ce n’est pas nier le fait que nous avons été blessés, ce n’est pas cautionner le mal. C'est malhonnête de dire "ce n'est rien". Bien sûr que nous sommes blessés par le mal. Il y a bien eu offense, il y a bien eu injustice. Notre pardon n’absout pas cette personne de la responsabilité de ses actes. Non, le pardon admet cela, le pardon reconnaît le mal.

Mais le Seigneur nous demande de pardonner à quelqu’un même s’il ne reconnaît pas son tort, dans le sens où j’abandonne ma colère et mon amertume. En pardonnant nous renonçons au droit de nous venger: « Il m'a blessé, mais... je lui pardonnerai malgré cette blessure. Je veux chercher le bien pour lui, malgré ce qu’il a fait ». Pardonner est « un acte plus noble et plus rare que de se venger », écrit William Shakespeare.

Il se peut que nous soyons tellement blessés que nous nous sentons incapables de pardonner l’autre. Nous laissons traîner l'affaire traine  dans notre cœur depuis longtemps, mais nous n'avons jamais pardonné à l'autre.

Si c’est votre cas : prenez la décision de demander à Dieu de nous aider à lui pardonner sincèrement. À ne plus lui en vouloir. À prier pour lui.

Aujourd’hui, la médecine reconnaît que la colère et l’amertume non réglées ont un effet nocif sur notre organisme. L’amertume est un poison mortel et un facteur de risque, nous disent psychologues et médecins. C’est ce que David a expérimenté quand il écrit : « Tant que je me suis tu, mes os se consumaient, je gémissais toute la journée, car nuit et jour ta main pesait sur moi, ma vigueur n’était plus que sécheresse, comme celle de l’été » (Ps 32.3-4).

Tant que la colère n’est pas confessée, tant qu’on ne s’en repent pas, elle se dégrade et devient un sentiment destructeur, mélangeant rancœur, amertume, agressivité, apitoiement, dépression, méchanceté et calomnie.

C’est pour cela que la parole nous exhorte : «  Veillez à ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu, à ce qu’aucune racine d’amertume ne produise des rejetons et ne cause du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés » (Hébr 12.15).

Si nous avons de l'amertume ou de la colère contre quelqu'un dans notre cœur, c'est maintenant le moment de confesser notre péché et, encore une fois, de demander de l'aide à Dieu pour que nous puissions vraiment pardonner à ceux qui nous ont offensés. Demandez-lui qu'Il vous donne le désir de pardonner, qu’Il vous donne le vouloir et le pouvoir.

Cela nous coûte. Bien sûr. Cela a coûté à Jésus sa vie.

Mais si nous sommes obéissants à la parole de Dieu en si nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, nous serons bénis, et délivrés d’un poids, libérés d’un fardeau.

Lorsque nous pardonnons quelqu’un, nous laissons le jugement de la situation entre les mains de Dieu. Au lieu de juger l’autre, nous faisons preuve de miséricorde, comme Dieu est miséricordieux.

Que Dieu nous aide par son Saint Esprit à pardonner à ceux qui nous ont offensés comme notre Père céleste nous a pardonné nos offenses.
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