Il faut que je m'occupe des affaires de mon Père

 

Culte de rentrée 15 septembre 2013 - Introduction à la réflexion par Evert Van de Poll

À l’ouverture d’une nouvelle saison de notre assemblée « Partage », et afin de donner le ton à ce que nous allons vivre et entamer, je vous propose de réfléchir à un passage dans l’Évangile, un passage unique et tout à fait remarquable.

C’est le seul évènement pendant l’enfance de Jésus relaté dans la Bible. En fait, nous ne savons presque rien de ce qui s’est passé entre sa naissance et les premiers mois de sa vie d’une part, et d’autre part sa rencontre avec Jean Baptiste et son baptême qui a marqué début de son ministère publique, à l’âge de 32 ans.

32 ans passés dans l’obscurité.

Seul l’évangéliste Luc lève le voile sur cette période, en transmettant une seule histoire.

Vous direz que c’est très peu pour un personnage aussi important que Jésus.

Dans l’antiquité, on avait coutume d’étoffer la biographie d’un roi, d’un général ou d’un héros par des histoires étonnantes de leur enfance. Il fallait montrer à quel point ces hommes – jamais des femmes d’ailleurs – étaient extraordinaires et dotés de capacités surhumaines, dès leur plus tendre enfance. La justesse historique a cédé la place à la légende. On n’hésitait pas à raconter que tel grand empereur était descendu du ciel comme un être moitié dieu moitié homme.

Rien de tel dans les Écritures. Le jeune Jésus grandit comme tous les enfants juifs de son temps. Un garçon sympathique certes, mais qui ne se faisait pas remarquer outre mesure. Nous savons qu’il a appris le métier de menuisier dans l’atelier de son père, donc nous pouvons supposer qu’il a fabriqué des tables, des chaises, des cadres, des outils, des armoires, et des cercueils. Ça aussi.

Mais pas de miracles. Pas d’exploits époustouflants. Est-ce qu’il a excellé en maths ? Personne ne le sait.

Plus tard, la tradition chrétienne a rempli les premiers 32 ans de sa biographie avec des histoires toutes plus étonnantes les unes que les autres. Mais l’Église ne les a jamais acceptées comme des histoires vraies. Pas besoin de légendes pour dire que Jésus était le Fils de Dieu.

Une seule histoire, c’est tout ce que le Saint-Esprit jugé bon d’inclure dans les Écritures.

Et ça suffit.

Jésus a douze ans. Pour la première fois dans sa vie, il monte avec ses parents à Jérusalem pour célébrer la fête de Pâques. Qu’est-ce qui se passe alors ?

Lisons Luke 2.41-52

41 Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42 Lorsqu’il eut 12 ans, ils y montèrent avec lui comme c’était la coutume pour cette fête.

43 Puis, quand la fête fut terminée, ils repartirent, mais l’enfant Jésus resta à Jérusalem sans que sa mère et Joseph s’en aperçoivent.

44 Croyant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, tout en le cherchant parmi leurs parents et leurs connaissances. 45 Mais ils ne le trouvèrent pas.

Et ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher.

46 Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres.

Il les écoutait et les interrogeait. 47 Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.

48 Quand ses parents le virent, ils furent frappés d’étonnement.

Et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous?

Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ».

49 Il leur dit: « Pourquoi me cherchiez-vous ?

Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? »

50 Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

51 Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth et il leur était soumis.

Sa mère gardait précieusement toutes ces choses dans son cœur.

52 Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

 

Il faut que je m’occupe des affaires de mon Père.

C’est la première parole de Jésus qui nous est transmise dans la Bible, prononcée devant ses parents dans le Temple, à douze ans.

Je propose d’en faire la devise pour l’année qui nous démarrons aujourd’hui, la devise de chacun d’entre nous, et de notre communauté dans son ensemble.

Il faut que je m’occupe – et que nous nous occupions – des affaires de mon Père, de notre Père.

Plusieurs questions en découlent, quant à sa mise en application. Tout à l’heure, nous allons en discuter dans des petits groups.

Mais avant de formuler ces questions, je vais dégager quelques points importants de cette phrase et de son contexte.

 

1. A quel moment Jésus a-t-il pris conscience de sa mission et de son identité ? 

Tout au long de l’histoire, les chrétiens et les chercheurs non chrétiens se sont posé la question : à quel moment Jésus a-t-il pris conscience de sa mission et de son identité ?  Quand est-ce qu’il va se dire : je suis le Fils de Dieu ?

Beaucoup de spécialistes disent que ce fut au moment de son baptême, quand il a entendu une voix du ciel, lui disant : « Tu es mon Fils, le bien aimé ». Cela expliquerait qu’il n’a fait rien d’étonnant pendant les 32 ans avant.

Mais la Bible nous dit autre chose. Si Luc a pris soin d’inclure cette histoire dans son récit, c’est pour mettre en évidence que Jésus le savait bien avant, dès sa jeunesse, dans la phase de vie où l’enfant devient conscient de son propre identité et de son individualité.

Déjà à douze ans,  quand il dit : « il faut que je m’occupe des affaires de mon Père », il affirme deux choses en effet.

D’abord, Dieu est mon Père. Mon identité est : Fils de Dieu.

Ensuite, ma mission est de m’occuper de ses affaires. Plus tard, il va affirmer à maintes reprises que le Père céleste l’a envoyé faire les œuvres que le Père lui a montré.

Il se savait le Fils de Dieu, chargé d’une mission unique dans l’histoire de l’humanité.

Au regard de cette prise de conscience dès son enfance, il est d’autant plus remarquable qu’il a rejoint ses parents après cet épisode dans le temple, et qu’il leur est resté soumis tout au long de sa jeunesse. Il a vraiment honoré son père et sa mère.

 

2. Jésus a pris position devant Dieu, indépendamment de ses parents humains

Ces quelques jours passés dans le Temple sont un tournant dans la vie de Jésus.

Dans le judaïsme, c’est à cet âge-là environ que les garçons deviennent responsables devant la Loi de Dieu. Selon un rite très ancien, un garçon de treize ans prend son indépendance dans le domaine religieux en lisant devant toute l’assemblée un passage de la Torah, la loi de Dieu. En hébreu. Après quoi il reçoit la bénédiction. Désormais il est un fils du commandement – bar mitsva.  Dans la synagogue

A partir de là, ils sont considérés matures pour ce qui est la pratique religieuse.

Désormais, l’enfant ne peut plus dire, quand il a fait quelque chose de mal : « je ne savais pas que c’était interdit », ou alors « mes parents m’ont obligé de faire comme ça ».

Plus tard, on a introduit un rite pareil pour les filles quand elles ont douze ans : bat mitsva, ce qui veut dire : fille du commandement. 

Nous ignorons si ce rite était déjà connu à l’époque de Jésus, mais on connaissait certainement le tournant de l’enfance à la maturité, en ce qui concerne la responsabilité devant la loi de Dieu. Fut-ce à douze ans environ ? Fort possible.

Quoi qu’il en soit, quand Jésus a douze ans, il va pour la première fois dans sa vie s’écarter de ses parents et prendre une décision importante sans les consulter au préalable.

Il décide de quitter leur compagnie, de rester dans l’enceinte du temple et de participer aux discussions des scribes, les spécialistes de la loi de Dieu.

Il a douze ans.

Dans l’histoire de l’Église, on a permis aux enfants de cet âge de devenir chrétien, en passant par un rite d’initiation : la confirmation, la confession de foi, ou alors le baptême par immersion.

Quand un préado veut prendre le baptême, les parents sont souvent réticents, et on peut les comprendre. Mieux vaut qu’ils passent d’abord la crise de l’adolescence, se disent-ils. Après, on va voir si le désir est encore là.

Mais il ne fait pas sous-estimer la portée de ce désir.

Que les parents ne se trompent pas : à cet âge-là, un enfant peut prendre une décision vis-à-vis de Dieu. Une décision sincère, en pleine connaissance de cause.

Beaucoup d’hommes et de femmes serviteurs de Dieu se sont convertis à cet âge-là environ. D’où l’importance de l’enseignement des enfants. Parfois on donne l’impression que c’est moins sérieux que les études bibliques et les messages pour les adultes. Pourtant, force est de constater que le premier a souvent plus d’impact que le second.

Une pensée à l’égard des familles ou l’un des parents est croyants, l’autre pas. Une situation assez familière. Souvent, les enfants en font les frais, en étant privés d’une éducation chrétienne et de la vie d’église. Pour le parent chrétien, c’est un choix important d’amener ses enfants, et c’est pour nous tous un sujet de prière.

 

3. L’échange entre Jésus et ses parents montrent un conflit de loyauté, un conflit d’intérêt qui est typique pour un chrétien.

Jésus a douze ans. L’âge d’un enfant tout juste débarqué au collège. Sans barbe et la voix pas encore muée. Certes, c’est le début de son adolescence et il y du changement dans l’air.

Mais à  douze ans, on est censé obéir à ses parents.

C’est ce que le jeune Jésus  avait l’habitude de faire, d’ailleurs : l’Évangile souligne qu’il leur était soumis.

Sauf pendant cette fête de Pâque.

Selon ses parents, il aurait dû rester avec eux, comme un enfant sage. Tout pédagogue, tout pédiatre et tout conseiller familial leur auraient donné raison.

A douze ans, on ne prend pas encore son indépendance.

Mais Jésus décide d’agir autrement.

Aux multiples devoirs que lui imposent ses parents – les « il faut ceci, il faut cela » qui retentissent dans nos oreilles tout au long de notre jeunesse et plus tard encore – il oppose un autre devoir, un « il faut » d’une plus haute importance :

Il faut que je m’occupe des affaires de mon Père – non pas de mon père humain, non pas de mes parents, mais de mon Père céleste.

Trop souvent, nos devoirs vis-à-vis des hommes se mettent en concurrence avec nos devoirs vis-à-vis de Dieu.

Mon patron me demande de travailler le dimanche, le jour même où le Seigneur  me donne rendez-vous dans le rassemblement de son Église.

Mes parents me demandent de faire de ma future carrière professionnelle ma priorité, tandis que j’ai appris au groupe de jeunes que la priorité absolue devrait être le Royaume de Dieu.

Après avoir fait une bêtise, mes copains insistent à ce que je sois solidaire avec et que je ne les dénonce pas, mais selon la Parole de Dieu il faut être honnête.

Et ainsi de suite.

Tous les jours, nous sommes face à une mise en concurrence des « il faut » de ce monde et les « il faut » qui découlent de la volonté de Dieu.


4. Jésus se savait investi d’une mission de la part de son Père céleste. Mais cela ne voulait pas dire qu’il s’est retiré du monde.

Au contraire, il a consacré la plus grande partie de sa vie à un métier pour gagner sa vie. En travaillant dans la menuiserie il a pourvu aux besoins de ses parents, de ses frères et sœurs. Jésus n’a pas opposé le travail dans le monde et la mission de l’Évangile.

Cela nous apprend une leçon importante. Nous avons une mission à accomplir, nous aussi. Jésus notre Sauveur nous envoie dans le monde, afin de nous occuper des affaires de notre Père céleste.

Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, c’est-à-dire les affaires de notre Père.

Notre mission dans le monde est

- de suivre le Seigneur au quotidien et de porter du fruit qui demeure (Jean 16.15) ;

- de constituer une communauté de croyants qui s’aiment mutuellement à l’exemple de leur Seigneur (Jean 13) ;

-  d’aimer nos prochains au point de les aider comme l’a fait le bon Samaritain (Luc 10) ;

-  de communiquer l’Évangile dans le monde entier (Matthieu 28.19).

Mais cela ne veut pas dire qu’il faille se désengager de tous les affaires du monde.

Seule quelques chrétiens vont être appelés à consacrer leur vie au ministère pastoral, ou à l’évangélisation, ou à une œuvre missionnaire dans une autre culture.

La grande majorité d’entre nous ont vocation à travailler dans le monde, tout comme le Seigneur l’a fait des années durant.

Voilà notre mission. Être chrétien parmi nos contemporains, tout simplement.

S’occuper des affaires de la vie quotidienne comme s’il s’agît de servir notre Père céleste. Faire de notre vie de famille, notre boulot, notre implication dans la société autant d’affaires de notre Père. « Et quoi que vous fassiez, en parole ou en acte, faites tout au nom du Seigneur Jésus en exprimant par lui votre reconnaissance à Dieu le Père » (Col. 3.17).

 

5. Jésus prend soin d’être dans la maison de son Père, là où le Seigneur travaille et enseigne son peuple.

Ceci est très instructif pour nous. Si nous voulons suivre le Seigneur, il faut investir du temps et de l’effort dans la vie spirituelle. Comment voulez-vous que le Seigneur vous enseigne, qu’il vous montre sa volonté, qu’il vous aide, qu’il réponde à vos prières, si vous n’êtes pas là où le Seigneur est à l’œuvre – dans sa maison, le temple constitué de frères et de sœurs, dans l’assemblée où il parle à  travers sa Parole, où il nous encourage à travers la communion fraternelle, où il nous écoute à travers la louange et la prière, où il nous appelle à la repentance, à la conversion, où il répand son Esprit ?

Après l’ascension de Jésus, les disciples devaient attendre la venue du Saint Esprit. Je suis persuadé qu’ils n’auraient jamais reçu sa plénitude s’ils n’avaient pas décidé d’être tous ensemble dans le temple.

Qu’est ce que vous gagnez en restant chez vous ? Pas grand-chose.

Qu’est-ce que vous gagnez en participant aux rendez-vous de l’Église ? Infiniment plus.

 

6. Jésus utilise la méthode éprouvée par toute l’histoire du judaïsme ; celle du questionnement.

Quand vous posez une question à un rabbin, il est fort à parier qu’il vous pose au moins une ou deux questions en retour. Au lieu de sortir une doctrine toute faite, il va vous inviter à découvrir vous même la vérité de cette doctrine.

En posant des questions, on se remet en question. En interrogeant le texte sacré de Dieu, on ouvre son intelligence à la pensée de Dieu, et on s’interroge soi-même.

On n’a jamais tout compris. Il faut toujours avoir le courage de poser des questions. Jésus a commencé très tôt, et tout au long de son ministère, il a encouragé ses auditeurs de faire pareil.

 

Questions pour la réflexion

Questions pour les groupes de discussion autour du thème de notre journée de rentrée, le 15 septembre 2013 : Il faut que je m’occupe des affaires de mon Père.

Notez que les questions abordent cette phrase dans le sens inverse.

1.   Est-ce que vous êtes vraiment conscient de votre identité – enfant de Dieu ? Comment vivez-vous cette identité ? Est-ce qu’une autre identité est plus importante pour vous ? Laquelle ?

2. Quelles affaires de Dieu avez-vous négligées les derniers temps ? A quelles affaires de Dieu voulez vous donner la priorité dans la saison qui vient de commencer ?

3.  Est-ce que vous reconnaissez la mise en concurrence d’un « il faut » de la part des hommes et d’un « il faut » de la part de Dieu ?

4.  Comment développer un sens de responsabilité, de sorte que le devoir (« il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ») vient de l’intérieur, au lieu d’être imposé par d’autres personnes ?

5.  Comment faire pour que nous puissions inviter nos contemporains à connaître Dieu comme leur Père, et à s’occuper, eux aussi, de ses affaires ? Comment transmettre la bonne nouvelle, concrètement ?


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