Loin ou près des sources de la vie (Laodicée)

 

Sept Eglises dans l'Apocalypse, # 7, message par Evert Van de Poll, le 25 août 2013

A quoi ça sert d’être chrétien dans le monde aujourd’hui ? Quelle la différence notre présence fait-elle ? S’il n’y avait pas de chrétiens, qu’est-ce que manquerait alors à la société ?

La question se pose, car beaucoup de nos contemporains sont indifférents à l’égard de l’Évangile, ne voyant pas l’intérêt de croire en Dieu ni de pratiquer une religion. Elle nous interroge sur notre fidélité aux commandements de l’Éternel, et sur notre engagement de vivre à l’exemple du Christ. Nous sommes censés être lumière dans le monde et sel de la terre, mais si, sur le terrain, il n’y a pas de différence entre chrétiens et non chrétiens, en quoi la foi en Jésus va-t-elle encore changer la vie, ou encore transformer la société ?

Si je pose la question, c’est que nous allons réfléchir ce matin au message que le Seigneur Jésus en personne a adressé à une communauté de croyants qui étaient devenue tout comme leur entourage. L’église de Laodicée.

Cette ville se trouve sur notre circuit biblique, historique et spirituel, le long des villes où se trouvaient les sept églises destinataires des lettres de Jésus-Christ, envoyées par l’intermédiaire de l’apôtre Jean, dont il nous a laissé le texte dans le livre de l’Apocalypse 2-3.

Comme vous le voyez sur la carte, notre parcours a été comme une boucle, à commencer par Ephèse, ensuite vers le nord, jusqu’à Pergame et puis vers l’est et le sud. Aujourd’hui nous arrivons à Laodicée, la dernière escale. (Après cette visite, vous terminer le tour en rentrant à Ephèse, où vous pouvez prendre le bateau ou le car ou l’avion pour le voyage de retour.)

 

La lettre

Lire Apocalypse 3, v. 14-22.

 

La ville de Laodicée

Laodicée, située sur une importante voie de communication, a été fondée par Antiochus II (261 à 246 av. J-C).

Laodicée est proche de Colosses et de Hiérapolis. Ces trois villes sont édifiées non loin de la rivière Lycus.

On élevait dans la vallée du Lycus une race de mouton qui produisait une laine noire et luisante qui servait à faire des manteaux et des tapis. Aujourd'hui encore, non loin de Denizly, les cars s'arrêtent et déversent les touristes dans des manufactures de tapis florissantes.

On trouvait encore à Laodicée une école médicale et une fabrique de collyres (baumes pour soigner les yeux) renommés. Ce collyre était réputé pour arrêter certaines dégénérations, dont la myopie.

Ses établissements bancaires étaient si riches, qu'elle a refusé l'argent que le Sénat lui aurait versé pour sa reconstruction. Nous possédons des preuves que l'illustre Cicéron, en voyage dans la région, a fait des opérations bancaires dans cette métropole.

En 60, Laodicée fut détruite par un violent tremblement de terre. Mais la population en a fait un point d’honneur de reconstruire la ville par ses propres moyens. Elle était fière de sa richesse. C’est pourquoi elle a refusé l’aide proposée par le gouverneur de l’empereur romain.

Dans les chroniques historiques on peut lire qu’elle avait coutume de dire : « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien. »

Jésus a cité cette expression dans sa lettre à l’Église de Laodicée, j’y reviens plus loin.

Et il va citer une autre expression encore, bien connue à cette époque, qui fait référence à un autre aspect de Laodicée.

La rivière Lycus se tarissait pendant l’été, donc on avait besoin de puiser de l’eau dans les sources, mais Laodicée n’en avait pas. Elle dépendait des sources plus éloignées, dont celle de la ville de Hiérapolis. Aujourd’hui, les touristes sont amenés vers le site très visité de Pamukkale (château de coton) arrosé par des sources minérales tièdes. Dans l'Antiquité, cette eau subvenait aux besoins de Laodicée. Elle y fut apportée par un aqueduc, à travers des tuyaux en pierre. Chacun connaissait la signification de l'expression « eau tiède ». Quand le Seigneur l’utilise, chaque lecteur à l’époque savait dont il parlait.

Selon les historiens (par ex. William Ramsay), la vulnérabilité de Laodicée, sa position au milieu de la plaine, son enrichissement facile ont provoqué dans cette communauté l'esprit de compromis et de l'accoutumance à la mondanité. Cette attitude, on peut la qualifier de tiédeur, ni froid ni chaud.

 

L’Église de Laodicée

L’Église de Laodicée fut étroitement liée aux églises dans les autres villes de la vallée de la rivière Lycus, Colosses et Hiérapolis. Elles sont parfois appelées dans les commentaires les « Eglises du Lycus ». Vu leur proximité, ces trois assemblées entretiennent des relations privilégiées mentionnées dans l'épître aux Colossiens. Elles échangent les lettres qu'elles reçoivent et des serviteurs de Dieu passent d'une Eglise à l'autre. Il est possible de mentionner Epaphras, Nympha(s), Archippe, Philémon et Appia, peut-être formés par Paul quand il enseignait à Ephèse.

L’un d’entre eux, Epaphras, a fondé l’Église de Laodicée. Epaphras a beaucoup souffert pour le témoignage de l’Évangile, mais son travail a porté du fruit, comme Paul l’écrit dans ces lettres. Entre autres à Laodicée, où une église s’est développée. Dans les premières décennies de son existence, elle allait croissant, en nombre et en maturité spirituelle. Si bien qu’à un moment donné, elle se disait riche à tous les égards.

Autosuffisance

Mais en vérité, cette église qui avait une impression si positive d’elle-même, s’était accommodée à son environnement culturel et social. Elle ne se distinguait plus de son entourage. Les chrétiens de Laodicée  étaient tout comme les autres habitants de la ville.

Les gens de Laodicée se concentraient sur eux-mêmes, il y avait là un repli sur soi, une fermeture envers les autres, les gens du dehors, ceux qui ne sont pas comme nous.

Et puis, un repli économique. Nous n’avons pas besoin des autres, nous sommes capables de nous en sortir par nos propres moyens. Nous savons. Nous sommes à la hauteur. Pas besoin d'un autre pays, pas besoin d'aide. Enfin, un repli identitaire. Que les autres ne viennent pas nous déranger dans nos traditions, notre culture, notre langue, notre richesse, "notre" soleil - oui, j'ai entendu dire cela: 'ils viennent ici juste pour notre soleil" !

Les chrétiens de Laodicée étaient marqués par la même attitude d’autosuffisance. Ce repli sur soi.  « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien. »

On est bien ensemble. Nos traditions nous sont chères.

Un esprit d’autonomie poussé à l’extrême.

Un esprit d’indépendantisme.

Manque d’ouverture vers l’autre. Manque d’humilité, finalement, puisque l’on pense que l’on n’a rien à apprendre de quelqu’un d’autre qui vient d’ailleurs.

 

Illusion

Deuxième problème : Laodicée représente l'Eglise de l'illusion... illusion sur son propre état. L'évaluation de ses compétences diffère de celle que fait le Seigneur. Elle se croit riche, pense n'avoir besoin de rien, mais Dieu à une opinion contraire. L'état d'esprit de la cité a pénétré dans l'Eglise et déteint sur les fidèles : ils se croient spirituellement riches, mais se trompent. Cinq adjectifs résonnent comme autant de coups de canons : Malheureux, misérables, pauvres, aveugles et nus.

Ainsi est décrite la condition spirituelle de ces fidèles selon la pensée de Dieu. Ils ne connaissent pas la vraie gloire du Seigneur, ignorent les richesses spirituelles de sa Parole et sont étrangers à la vie d'abondance authentique. Ils ne savent pas élever leurs pensées jusqu'aux choses d'en haut, restent prisonniers de celles de la terre, n'ont pas de discernement. Dans une ville où l'on soigne les yeux et fabrique un collyre de qualité, les yeux de leur cœur sont dans un état pitoyable. Dans une cité qui fabrique d'excellents textiles, ils n'ont pas le privilège d'être revêtus des habits de fin lin de la pureté de Dieu. Que voilà une triste réalité.

 

Tiédeur

Troisième problème : Dans son message à chrétiens à Laodicée, Jésus ne leur fait aucun compliment. C’est exceptionnel, puisque dans les autres lettres, le Seigneur a toujours trouvé quelque chose de positif à mentionner, malgré les problèmes sur lesquels il met le doigt.

Mais à Laodicée : aucune œuvre bonne. Rien de positif.

Cependant, ils n’étaient pas si mauvais que cela. Jésus ne fait pas état non plus de faux enseignements, de pratiques idolâtres, de conduite immorale ou des dérives graves, dont il est question dans les lettres aux autres églises dans la région.

Comme dans ces lettres aux autres églises de la région, Jésus fait un état des lieux de l’Église. Les fidèles à Laodicée pourrait se féliciter que le Seigneur ne notre rien de particulièrement grave, mais en fait, toute leur vie chrétienne est mise en cause, puisque le Seigneur ne notre rien de particulièrement bien non plus.

On se demande quel était le sens pour eux d’être chrétien. Quelle différence avec l’entourage ? Difficile de distinguer les chrétiens des autres gens respectables.

Ils sont ni froid, ni chaud. Tiède. Voilà la condition spirituelle de cette église.

 

Loin de la source

D’où venait cette tiédeur ? Tout comme la population de la ville de Laodicée  était éloignée des sources d’eau en période de sécheresse, les chrétiens dans cette ville vivaient éloignés du Seigneur.

Ils avaient la bonne doctrine, sur ce plan-là, il n’y avait rien à contredire.

Ils servaient le Seigneur à leur façon, en respectant les règles morales de conduite. C’étaient des gens respectables. Par de souci, d’un point de vue social, humain.

Mais en regardant de plus près, à la lumière du Seigneur, on voit que les apparences sont trompeuses. Ces croyants vivaient loin du Seigneur.

Ils passaient par les rites, les cultes, les fêtes de l’année, mais ils ne connaissaient pas la communion intime avec le Seigneur, pas de cœur à cœur, et donc pas de passion, pas de zèle.

 

L’amour du Seigneur

Et pourtant, le Seigneur les aime, ses hommes et ses femmes à Laodicée, aveugles à leur état spirituel, tièdes, vivant de façon si éloignée des sources de la vie.

Les fidèles de Laodicée sont dans un pitoyable état. Leur cœur s’est éloigné du Seigneur, et ils ont perdu l’envie de marquer une différence pour le Seigneur dans la vie quotidienne.

Cependant, le Seigneur les aime, il désire les sortir de leur état.

Il leur exhorte, « aie donc du zèle et repens-toi ! » (3:19). Autrement dit, changez votre façon de penser au sujet de vous-mêmes et de vos actions pécheresses.

Qu’est-ce qui motive Jésus à faire des reproches à son Église et à la corriger ? Son amour.

Le message qu’il adresse à cette Église n’est pas encore un message de jugement et de rejet, mais un message de reproche et de correction. Il leur fait comprendre que ce n’est pas une démonstration de sa juste colère, mais bien plutôt une marque de son amour. “Moi, je reprends et je corrige tous ceux que j’aime.” (3:19). Le Seigneur corrige et discipline ceux qu’il aime comme un père corrige ses enfants (voir Hébreux 12:5-11).

Voilà la marque d’une correction donnés dans l’amour : elle touche le cœur, elle vise la restauration. Un reproche fait dans la colère, une réprimande sur fond de frustration, voilà ce qui nous blesse. On est tenté de riposter tac au tac, et on en rajoute.

C’est un véritable art que de dire la vérité dans l’amour. Jésus en est l’exemple parfait.  a perdu , ne sont pas condamnés mais invités à revenir aux sources.

 

Retour aux sources

Jésus leur conseille d'acheter de l'or éprouvé par le feu, synonyme de la gloire divine. S'ils le font, l'espoir leur sera rendu. Leurs difficultés, leurs épreuves reprendront leurs dimensions réelles c'est-à-dire infimes face à la beauté et à la gloire divines.

Où trouver cette nourriture spirituelle ? Auprès du Seigneur. Dans une relation intime, sur fond de repentance, de pardon et de réconciliation.

C’est en se rapprochant de lui en toute humilité, que l’on trouve les sources de la vie.  

C’est sur ce point que nous ne devons pas nous tromper d’image. Quand Jésus dit: si vous étiez chauds, ou si vous étiez froids… il approuve ces personnes « chaudes » et « froides » parce qu’ils vivent tout près de la source. Et s’il désapprouve les « tièdes », c’est que ces personnes-là vivent éloignées de la source. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille donc devenir plus chaud ou plus froid. On comprendrait encore s’il en avait appelé à plus de chaleur – ne devrions-nous pas être tout feu toute flamme pour lui, passionné par un amour ardent ? Mais on aurait du mal à comprendre comment devenir plus froid pour le Seigneur. Non, l’image renvoi, non aux sources de Hiéropolis et de Colosse dans la vallée du Lycus, mais à la véritable source spirituelle.

Comme le dit le Psaume 36 :« Car auprès de toi es la source de la vie. Par ta lumière nous voyons la lumière » (v. 10).

C’est lui qui possède la richesse de l’or, la blancheur du vêtement le plus étincelant et la vue spirituelle la plus perçante qui soit. C’est auprès de lui que nous pouvons les acquérir gratuitement. En d’autres termes, c’est lui qui nous remplit de sa présence, de son Esprit Saint !

Voilà un message très puissant pour des gens qui se croient indépendants, suffisants en eux-mêmes et qui vivent dans une ville qui se suffit dans ses propres richesses.

 

Je me tiens à la porte

Revenir aux sources, c’est laisser Jésus entrer dans le plus profond de notre cœur, afin que sa présence illumine et ranime tous les aspects de notre vie.

Toutefois, à Laodicée, il se tient à l’extérieur, devant des portes fermées. Quelle chose terrible! Jésus n’a pas de place dans sa propre maison. D’un autre côté, quelle chose glorieuse! L’amour et la grâce de Dieu font en sorte que le Seigneur ne se détourne pas, mais il se tient tout près contre ces portes fermées, pour frapper et pour appeler encore. Quelle magnifique promesse pour quiconque entend et ouvre la porte! Autrefois, en Orient, manger ensemble était l’expression de la plus belle communion mutuelle. Jésus offre cette communion et promet de recevoir tout croyant à sa table! Il ne s’agit pas directement d’une invitation adressée à des non chrétiens (ce verset est souvent utilisé à tort dans ce sens), mais d’une invitation à renouer notre relation avec Jésus-Christ, qui avait déjà commencé et qui est devenue tiède. L’image semble faire allusion au Cantique des cantiques. Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite! Car ma tête est couverte de rosée…” (Cantique 5:2). Le mari frappe à la porte de la chambre de sa bien-aimée pour encourager sa femme à lui exprimer son amour pour lui et à le laisser entrer, alors qu’elle hésitait à le faire. Par analogie, Jésus, le mari, fait la même chose auprès de son épouse, l’Église. Il vient renouveler sa relation avec son Église pour que son épouse lui exprime à nouveau son amour pour lui.

Il nous faut aussi reconnaître que c’est le Seigneur qui prend l’initiative. Ce n’est pas la personne à l’intérieur de la maison qui prend l’initiative. C’est le Seigneur qui fait entendre sa voix,  qui transforme les cœurs par sa Parole et par son Esprit dans nos cœurs. Il est souverain dans notre salut et en même temps nous sommes responsables de l’accueillir dans nos vies.

 

Cela se remarque

Une vie remplie de la présence du Seigneur, remplie de son Esprit Saint, cela se remarque. Si nous ouvrons le cœur à cette présence, à son Esprit, alors nous ferons une différence dans le monde, d’une manière ou d’une autre.

Chaque réveil dans l’histoire de l’Église a commencé par un retour aux sources, un retour à Jésus le Seigneur, un retour à la Parole de Dieu, un retour à la plénitude du Saint Esprit.

Ad fontes – aux sources, ce fut la devise des mouvements de renouveau dans le passe.

Chaque renouvellement spirituel dans notre vie chrétienne commence par un retour aux sources.

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