La belle endormie (Sardes)

 

Sept Eglises en Apocalypse, # 5 - Message par Yanna Van de Poll, le 14 juillet 2013


Ce matin nous allons réfléchir à la cinquième lettre dans la série sur les lettres aux sept églises dans l’Apocalypse : la lettre à l’église de Sardes.

Lire Apocalypse  3.1-6


Une ville prospère et réputée imprenable

Construite en 1200 av. J.-C., Sardes était l’une des plus vieilles villes d’Asie Mineure avec à peu près 120 000 habitants. La ville arbitrait des monuments célèbres comme des théâtres, un gymnase ainsi qu’un temple magnifique dédiée à la déesse Artémis, comme à Ephèse.

Sardes était la fière capitale de la Lydie et la résidence des rois lydiens au VIe av JC dont le nom Crésus devint proverbial à cause de ses fabuleuses richesses, car on disait : être  « riche comme Crésus ». Pour dire que la réputation de Sardes vient  surtout de sa richesse.

D’où venait sa grande richesse de sorte qu’elle était une des villes les plus riches du monde antique ? Sa richesse venait de l'or que l'on extrayait du fleuve qui coulait dans la vallée derrière la ville. Ce fleuve s’appelait Pactole. D’où notre expression un pactole. C'est d’ailleurs dans cette ville richissime que les premières monnaies sont frappées.

Une deuxième source de richesse était l’élevage des moutons qui fournissait la laine à une industrie de vêtements prospère. Rappelons que dans cette lettre Jésus parle justement des vêtements. Et puis une troisième source de richesse était  les vignobles sur les pentes de la colline produisaient des raisins utilisés dans l’élaboration d’un vin réputé.

Même si, à l’époque de cette lettre, Sardes avait perdu beaucoup de son ancienne gloire, elle était encore une ville prospère.

Une caractéristique avantageuse de la ville était sa situation géographique. Elle était située sur une colline très escarpée et on pouvait y entrer seulement d’un côté, comme Baux de Provence. La ville était donc bien protégée par des falaises de près de 500 m de haut de trois côtés. On l’appelait même l’imprenable.

Malheureusement, la prospérité et l’inaccessibilité de cette ville rendaient ses habitants arrogants, satisfaits d’eux-mêmes et très confiants en eux-mêmes. Trop confiants. Car deux fois, la ville a été prise par surprise à cause du manque de vigilance de ses habitants. La destruction était soudaine et inattendue comme un voleur dans la nuit, d’où la remarque de Jésus qu’Il viendra comme un voleur en verset 3.

 

L’église de Sardes

Qu’est-ce que Jésus dit à l’église dans cette ville ? Ce qui est remarquable, c’est que la lettre à l’église de Sardes est la seule des 7 églises où Jésus ne dit rien de positif. Jésus commence par dire : « Je connais tes œuvres ». Quelles œuvres ? Certainement, les œuvres de la foi ou encore les œuvres de l’amour. Jésus trouvait les œuvres de l’église de Sardes pas parfaites : « car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu » (vs 2).

La volonté de Dieu c’est que nos œuvres soient parfaites. Cela veut dire quoi ? Dans le mot parfait, j’entends le mot perfection, c’est-à-dire être mature dans la foi. La Parole nous encourage sans cesse à grandir spirituellement. Par exemple l’auteur des Hébreux : « Tendons vers la perfection » (Hébr 1.6). Ou encore l’apôtre Paul aux Ephésiens : qu’ils doivent grandir « jusqu’à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph 4.12-15). Ce que Dieu attend de nous, ses enfants, c’est que nos œuvres soient de plus en plus parfaites.  Elles peuvent l'être si elles sont accomplies dans la foi en Jésus-Christ par l’Esprit Saint. Car, finalement c’est Lui qui accomplit cette œuvre de perfection en nous, par son Esprit.

Ce qui manquait à l’église de Sardes c’est qu’elle n'a pas continué sa croissance spirituelle jusqu'à sa perfection, sa maturité.

Une petite parenthèse : à quoi reconnait-on un chrétien mature ? Je pense par sa soumission à la volonté de Dieu et à sa Parole, par son amour pour Lui et ses frères et sœurs, par sa douceur, sa sainteté, sa patience, sa persévérance et par toutes sortes d’œuvres bonnes. Jésus cherche des hommes et des femmes qui tendent vers la perfection. Sinon, écoutons la suite.

 

La belle endormie

Car justement, ce qui est le plus troublant dans la lettre, c’est la suite : « tu as le renom d’être vivant, mais tu es mort ».

C’est une Eglise qui avait une belle réputation. Dans le passé, elle était peut-être composée de membres engagés, enthousiastes, vivants, zélés. Ses œuvres étaient remarquables et florissantes. Elle portait haut le drapeau de l’Evangile. Puis, peu à peu, il y a eu des affaiblissements individuels, des lassitudes et la vie s’est ternie, voire éteinte ! L’Eglise n’est pas restée dans les hauteurs sinon celles des apparences. Extérieurement, elle semblait toujours prospère, mais aux yeux de Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles, c’est une ‘belle endormie’.

Cette église me fait penser au moulin de Maître Cornille, une belle histoire d’Alphonse Daudet ! Tout le monde voyait qu’il tournait et s’en étonnait puisque tous les moulins de la région avaient cessé leur activité. Seul maître Cornille semblait avoir encore du grain à moudre, mais en fait, il faisait semblant.

Pareillement, l’église de Sardes faisait semblant : « Tu as la réputation de vivre, mais tu es mort ! » Quelle condamnation ! Pourtant, ce n’est pas un jugement, mais un avertissement empreint de pitié. C’est grave qu’une Eglise ne se rende pas compte qu’elle est morte tandis qu’elle se croit vivante parce qu’elle a une réputation ! L’église de Sardes comptait sur son excellente réputation parmi ses Églises sœurs, mais Jésus fait comprendre qu’elle n’était qu’une belle endormie.

Car l’amour du monde et des choses de ce monde avaient pris la place de l’amour pour Dieu et pour ses frères et sœurs.  Le résultat était la présence d’une forme religieuse sans contenu, des cérémonies, des coutumes, des traditions, des rituels, alors qu’il manquait l’essentiel : la vie, la foi vivante, l’espérance vivante, un amour authentique et sincère, un enthousiasme pour Dieu. À Pergame et à Thyatire, une petite proportion de l’Église était tombée dans la tentation de suivre le monde. À Sardes, c’est pratiquement toute l’Église qui a souillé ses vêtements. Elle s’est repliée sur elle-même, elle ne regarde plus autour d’elle pour aider les faibles, pour soutenir ceux qui en avaient besoin. Petit à petit, les chrétiens pensaient qu’à eux-mêmes. Bref, la belle église d’antan s’est endormie.

 

Affermis les reste... - Portes Ouvertes

Mais Jésus sonne la trompette, Il les réveille : « Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir » (verset 2). Par cette parole, Jésus les pousse à sortir de leur petit monde et à regarder autour d’eux : « affermis le reste qui est près de mourir ». Regarde autour de toi, tu n’es pas seul, tu as des frères et sœurs qui ont besoin de toi. Occupes-toi des faibles.

Alors,  il y aura une bénédiction. 

En juillet 1955, le jeune hollandais Anne van der Bijl, connu plus tard comme Frère André, voyageait pour la première fois dans un pays derrière le «Rideau de fer». Il prenait part à un festival des Jeunesses socialistes en Pologne dans le but de pouvoir parler avec d’autres jeunes de la foi chrétienne. Il voulait aussi comprendre ce qui motivait ces jeunes à suivre avec autant d’enthousiasme les idéaux socialistes, communistes.
Arrivé à Varsovie, il se mettait à la recherche de chrétiens et participait à un culte dans une église. C’est là qu’il a réalisé  la pression sous laquelle vivaient les chrétiens en Pologne et l’encouragement que cela représentait pour eux d’avoir la visite d’un chrétien d’Europe de l’Ouest qui s’intéressait  à leurs problèmes. Il s’est posé alors cette question: « Que puis-je faire pour eux? »
La réponse lui est venu du passage que nous avons lu ce matin :  « Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir ».

C’est à Varsovie que Frère André prend conscience de son appel à encourager les fidèles qui vivent dans un environnement hostile. A partir de 1957, il traversait régulièrement les frontières du bloc de l’Est avec sa Volkswagen Coccinelle, dans laquelle des bibles étaient cachées. Il faisait la contrebande, pour répondre au grand manque de la Parole de Dieu dans leurs propres langues. C’est ainsi que la fondation de l’œuvre de Portes Ouvertes était posée.
Aujourd’hui, 56  ans plus tard, le ministère d’un homme s’est transformé en une œuvre internationale au service de l’Eglise persécutée dans quelque 50 pays. Des millions de bibles ont été apportées par contrebande ou imprimées clandestinement. A cela s’est ajouté la formation des chrétiens et plus tard l’aide à l’autonomie.

Et tout cela est parti de ce verset :  « Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir ».

Jésus appelle les chrétiens à Sardes au travers de ce verset : debout, réveille-toi, sois vigilant !  Comme le dit l’apôtre Paul aux Ephésiens : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ resplendira sur toi » (Éphésiens 5:14). Voilà l’exhortation dont cette Église avait besoin pour vivre à nouveau sa vocation d’être la lumière du monde.


 Le chemin de retour

Le Seigneur leur donne encore un chemin plus précis pour sortir de leur marasme. Un chemin qui consiste en 4 étapes :  souviens-toi ! garde la parole ! veille et repens toi ! (verset 3).
Je commence par le dernier, le plus important peut-être et certainement le plus classique. Repens-toi. C’est un ordre un peu surprenant pour la communauté de Sardes qui semble penser n’avoir rien fait de mal. Il est facile à comprendre qu’une communauté doive se repentir de ses crimes ou de ses idolâtries, ou des faux enseignants. Mais à Sardes : aucun crime, aucune idolâtrie, aucune fausse doctrine.

Par contre,  elle est appelée à se détourner d’elle-même pour se tourner vers son seul Seigneur Jésus Christ et vers ses frères et sœurs qui avaient besoin d’eux. Comme elle l’a fait dans le passé : souviens-toi. Dans la Bible le souvenir n’est pas seulement un regard vers le passé, c’est un regard inspiré du passé sur le présent. Souviens-toi qu’il y a un Dieu tout puissant, souviens-toi qu’il t’a appelé en Jésus Christ pour porter du fruit. Souviens-toi que Dieu ne t’abandonne jamais. Souviens-toi de ce que tu as reçu en sa Parole et conserve-le, garde-le. Veiller.

Sinon,  si l'église continue d’être la belle endormie, Jésus viendra comme un voleur, et elle ne saura pas à quelle heure. Cette image est prise dans plusieurs passages bibliques dont je cite celui de 2 Thess :  « Pour ce qui est des temps et des moments, vous n'avez pas besoin, frères, qu'on vous en écrive.  Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les hommes diront : Paix et sûreté ! Alors une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l'enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n'échapperont point. Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur » (2 Thessaloniciens 5 : 1-4).

Lorsque Jésus reprend l'image de l'arrivée par surprise d'un voleur, Il met en garde son église : impossible de se mettre en règle au dernier moment. L’église de Sardes se croyait bien en sécurité, mais elle s’est trompée. L’église croyait que la paix de Dieu règne dans l’église, mais elle manquait de vigilance.  Heureusement que le Seigneur  la secoue pour qu’elle se réveille.

En revanche, pour les chrétiens éveillés, le retour du Seigneur n'est pas une surprise. Ils sont prêts. Ils n'attendent que ça.

 

Promesses au vainqueur

La lettre se termine comme toutes les lettres dans l’Apocalypse par des promesses au vainqueur. Le Seigneur promet deux choses : ils auront un vêtement blanc et leurs noms seront inscrits dans le livre de vie.
Dans le livre d'Apocalypse, ce vêtement blanc symbolise la pureté obtenue à travers le pardon divin. Cette purification fait de tout chrétien un bienheureux, selon qu'il est écrit : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer par les portes dans la ville ! » (Apocalypse 22 : 14).

Deuxièmement, le Seigneur parle du livre de vie.  Ce livre symbolise tous ceux qui appartiennent au Seigneur. Quand le Seigneur menace d’effacer les chrétiens du livre de vie c’est très grave. Cela  ne rentre pas dans son objectif car Il a dit : « Or, la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jean 6 : 39). Jésus ne veut pas nous perdre, ce n’est pas sa volonté, mais si nous laissons mourir notre foi, si nous nous retirons, Dieu nous avertit, comme le dit l’auteur des Hébreux : « s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui » (Hébr 10.38).

Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux églises, ce que l’Esprit dit à l’église de Partage.

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