Un laisser-faire dui devient fatal (Thyatire)

 

Lettres aux sept églises en Apocalypse # 4 - message par Evert Van de Poll, le 7 juillet 2013

Pendant notre voyage d’été, nous faisons escale aujourd’hui à une petite ville, Thyatire, qui fut jadis le centre du commerce du pourpre.

Les ruines de l’antique cité de Thyatire se dressent au milieu de la ville moderne d’Akhizar, à quelque 60 km au nord-est d’Izmir (autrefois Smyrne). En l’an 190 av. J.-C., Thyatire fut conquise par Rome. Ce n’était pas une très grande ville, ni un centre administratif, et pourtant, la lettre écrite aux chrétiens de cette ville est le plus long des messages adressés aux sept Eglises d’Asie Mineure.
Dans la région de Thyatire, on cultivait une plante semblable à la garance, dont la racine servait à la préparation d’une teinture rouge, d’un brillant jusqu’alors inégalé. La production d’étoffes teintes en pourpre et exportées dans le monde entier assura la prospérité de la petite ville.

On trouvait aussi à Thyatire des poteries et des tanneries. La ville était donc un centre industriel. C’était également un centre de communication par où beaucoup de gens transitaient, ce qui faisait de la ville un lieu de commerce.
A la bourse, la chimie industrielle représente aujourd’hui des valeurs sûres. Autrefois déjà, les teinturiers de Thyatire étaient probablement de gros financiers qui exerçaient une influence prépondérante sur toute la région. Ils étaient toujours plus nombreux, les rois, les princes et les gouverneurs qui portaient des vêtements teints en pourpre et confectionnés à Thyatire. Les courtiers en étoffes vendaient partout ces tissus richement colorés.

 

Une église fondée par Lydie ?

Le livre des Actes nous relate l’histoire d’une marchande de pourpre, originaire de la ville de Thyatire justement. Elle s’appelait Lydie. Lors de son séjour à Philippes, une ville importante en Macédoine, où elle proposait sans doute de très beaux vêtements à l’élite de la colonie romaine, elle a rencontré l’apôtre Paul et son équipe. C’est alors que le Seigneur lui ouvrit le cœur et qu’elle accepta l’Évangile et devint chrétienne  (Actes 16:14-15)

Lydie fut la première convertie à Jésus-Christ sur terre européenne !

Il est fort probable qu’elle ait regagné sa ville d’origine pour y témoigner de sa foi, et qu’ainsi une communauté de croyants s’y soit développée. Lydie, la marchande de pourpre, fondatrice de l’Église de Thyatire. Ceci n’est pas si étonnant que cela. La plupart des églises à l’époque sont nées comme cela, plusieurs d’entre elles étant fondées par des femmes !

 

Faire face à la pression sociale et professionnelle

Maintenant, l’apôtre Jean reçoit un message de la part du Seigneur : « Écris à l’ange de l’Église de Thyatire », c'est-à-dire à son pasteur, son dirigeant, ou bien au collectif de responsables, et à travers eux, à toute la communauté.

Lisons : 2.19-29

« Je connais tes œuvres, ton amour, ta foi, ton service, ta persévérance et tes dernières œuvres plus nombreuses que les premières » (v. 19). Quel beau témoignage que le Seigneur rend à son Église à Thyatire.

Pour saisir la portée de cet éloge, il faut comprendre comment les chrétiens de Thyatire, artisans et commerçants pour la plupart, devaient gagner leur vie.

Les manufactures d’aujourd’hui n’existaient pas à cette époque. Les artisans pratiquaient leur métier à la maison ou dans des petites boutiques. Ils étaient toutefois très organisés à l’intérieur de ce qu’on appelait des guildes. Une guilde est une association de marchands ou d’artisans destinée à obtenir des avantages commerciaux. Les guildes étaient donc un moyen pour les manufacturiers et les ouvriers de s’unir pour faciliter le commerce. Les syndicats industriels et commerciaux d’aujourd’hui sont différents des guildes dans ce sens qu’ils ne s’occupent pas d’exploitation. Chaque guilde avait son dieu protecteur à qui l’on sacrifiait durant des fêtes en l’honneur des guildes. La viande sacrifiée à l’idole était mangée durant ces fêtes et les célébrations qui commençaient par l’idolâtrie finissaient dans l’immoralité et la fornication, comme la plupart des fêtes de ce temps-là.

Il est certain qu’il était difficile de gagner sa vie si l’on n’était pas prêt à se joindre à la guilde. La vie économique et sociale était dominée par les guildes. Pour avoir de l’avancement, il fallait devenir membre d’une guilde. Le simple fait d’en être membre impliquait qu’on adorait son dieu protecteur. On s’attendait de la part des membres qu’ils participent aux fêtes en l’honneur de la divinité de la guilde; la nourriture reçue à table devait être considérée comme un cadeau de ce dieu.

Et bien entendu, une fois le repas terminé, c’est là que le plaisir immoral commençait. Si l’on voulait quitter à ce moment-là, on faisait rire de soi et on était persécuté.

Les guildes exerçaient une forte pression sociale et professionnelle sur les chrétiens de Thyatire. Qu’est-ce qu’un chrétien doit faire dans une telle situation? S’il quitte le syndicat, il perd sa position et son statut social. Il manquera du nécessaire et souffrira la persécution. Si par contre il reste dans la guilde et qu’il participe aux sacrifices aux idoles et à l’immoralité sexuelle, il renie son Seigneur.

Le témoignage rendu par le Seigneur dans cette lettre, montre que, malgré la tentation de renier la royauté du Christ en se joignant à des guildes antichrétiennes et en participant à leurs péchés, l’Église est demeurée fidèle à son Seigneur. Ils n’étaient pas des chrétiens du dimanche. 

Vous et moi, que faisons nous dès lors notre entourage familial et professionnel met la pression, en exigeant des choses qui vont à l’encontre de notre engagement avec le Seigneur ?

 

« Jézabel »

Dans cette ville où il faisait bon vivre, la communauté de croyants était tranquillement, paisiblement séduite par un enseignement qui plaisait beaucoup aux gens. On leur disait : Le Seigneur veut que vous soyez heureux. Alors, prenez plaisir à votre vie chrétienne et aux plaisirs du monde. Aux plaisirs de l’esprit et aux plaisirs de la chair. Dieu a tout créé, alors, célébrez, mangez, buvez.

Et quand les gens se laissaient aller sur ce chemin, et que leurs sentiments excités les amenaient à tromper leur mari ou leur femme, on leur disait : ce n’est pas grave. Cela peut arriver à tout le monde. Et puis, Dieu est bon, il vous pardonnera.

Voilà un enseignement qui avait de quoi séduire les fidèles à Thyatire, confrontés à une pression sociale forte de suivre les coutumes et l’idolâtrie de leur ville.

Qui avait introduit cette merveilleuse idée que l’on peut être chrétien et vivre pleinement dans le monde, que Dieu pardonne tout que nous irons tous au paradis, pour reprendre une expression bien française ?

 « La femme Jézabel », dit le Seigneur, et il reproche aux responsables de la laisser faire, elle qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs pour qu’ils se livrent à l’inconduite et qu’ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles » (v. 20). 

Le Seigneur appelle cette personne « Jézabel ». Ce n’est pas dire son vrai nom. Le Seigneur mais la représente comme une Jézabel, la reine dans l’histoire d’Israël dont la notoriété est devenue proverbiale. Originaire de la Phénicie (l’actuel Liban), elle était l’épouse d’Achab, roi d’Israël au VIIIe siècle av. J.-C.  (Voir  1 Rois 16:30-33; 18:4,13; 19:11-2,21; 2 Rois 9:30-37).

La reine Jézabel avait incité le roi Achab et tout Israël à adorer Baal, la divinité des phéniciens. Ce nom est synonyme de séduction à pratiquer l’idolâtrie et l’immoralité.

Par le nom « Jézabel », le Seigneur dresse un lien entre l’enseignement qui avait cours à Thyatire et la crise grave du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament. Ainsi, il montre la gravité de la situation et de les amener à prendre des mesures disciplinaires concrètes contre cette fausse enseignante (ou ces faux enseignants si cette femme représente un groupe de personnes).

 

Ce nom symbolise quoi ?

« Jézabel » à Thyatire, était-elle une femme, une personne individuelle ? C’est possible. Certains commentaires pensent qu’il s’agissait de l’épouse du pasteur de l’Église, mais cette hypothèse ne trouve pas d’appui dans le texte.

Nous pouvons aussi comprendre que le nom « Jézabel » désigne un groupe dans l’Église de Thyatire. Mais le texte n’en donne pas de détails. Au lieu de nous parler de la personne ou du groupe de personnes, le Seigneur met en garde contre leur enseignement. Il se montre très préoccupé par le fait que cet enseignement séduit tant de fidèles. Il va les frapper d’une maladie et d’une tribulation.

Ainsi, le Seigneur met en garde contre toute une série de courants dans les Églises de tous les temps, qui ont amené les chrétiens à faire des compromissions, à se laisser aller dans des pratiques que la Parole de Dieu a pourtant clairement interdites.

On a beaucoup glosé sur ce nom « Jézabel ».

Selon une certaine interprétation, les sept Églises dans l’Apocalypse signifient sept périodes de l’histoire de l’Église. L’enseignement de « Jézabel » serait alors une allusion à l’Église catholique romaine au Moyen Age, avec sa vénération des saints et surtout sa vénération de Marie, la mère de Jésus.

Or, cette interprétation me semble un peu tirée par les cheveux. Mieux vaut entendre dans cette lettre à Thyatire un message à toutes les Églises de tous les temps.

Dans les milieux évangéliques et charismatiques on parle souvent d’un « esprit de Jézabel », qui signifie un leadership autoritaire, ou alors la domination de certaines femmes dans l’Église. Or, le texte n’en dit rien.

D’autres utilisent cette lettre à l’Église de Thyatire pour s’opposer aux ministères féminins, pour dire qu’une femme ne peut ni enseigner la Parole, ni être responsable d’une Église. Mais encore une fois, ce n’est pas ce que le texte dit.

Le reproche fait à l’Église n’est pas : vous laissez faire les femmes. Pas non plus : vous laissez une femme enseigner ou exercer un ministère quelconque, mais : vous laissez faire une fausse prophétesse. Le problème de Jézabel n’était pas qu’elle était femme, ni qu’elle enseignait, mais qu’elle colportait une hérésie dans le nom du Seigneur.

Dans cette lettre, le Seigneur n’interdit pas aux femmes d’exercer les dons qu’il leur a confiés par son Esprit. Le sujet n’est tout simplement pas là. Ce qu’il condamne est l’imposture de ceux qui se disent serviteurs de Dieu mais qui en effet servent l’esprit du monde. Qu’ils soient des femmes, comme « Jézabel », ou des hommes, comme « Balaam » dans la lettre précédente à l’Église de Pergame, le verdict sera été tout aussi sévère.

Dans l’histoire, nous en avons maints exemples d’hommes et de femmes qui se sont comportés comme la personne dans l’Église de Thyatire, appelée « Jézabel », en faisant un mélange du vrai et du faux, de la pensée biblique et de la pensée antichrétienne.

 

Ce que « Jézabel » enseignait à Thyatire

Quel était l’enseignement cette prophétesse ou cette secte ou ce groupe des personnes prétendaient connaître la solution.

Rappelons la pression que devaient subir les fidèles à Thyatire. Or la solution proposée était aussi simple que séduisante. Pour pouvoir vaincre Satan, il faut le connaître. On ne sera jamais capable de vaincre le péché tant qu’on n’aura pas parfaitement pris connaissance du péché et qu’on ne l’aura pas expérimenté à fond. En somme, un chrétien devrait connaître « les profondeurs de Satan » (v. 22). Oui, vous pouvez certainement participer aux fêtes en l’honneur des guildes et commettre la fornication, tout en restant chrétiens. Cela vous aidera même à devenir de meilleurs chrétiens! Tel était l’enseignement de cette fausse prophétesse. Les hauteurs de la grâce ne peuvent être comprises que si les profondeurs de Satan sont connues. Afin de vaincre Satan, il faut bien le connaître. Raisonnement pieux en apparence, mais tellement diabolique. Cette théorie justifiait la participation aux péchés païens, mais en réalité, c’était une attaque en règle contre la loyauté du croyant envers son Seigneur ainsi qu’une route certaine vers l’enfer.

Tout comme la Jézabel de l’Ancien Testament l’avait fait dans son temps, cette « Jézabel » était capable de conduire à la ruine de l’Église. Car si son enseignement était suivi, l’Église ne se distinguerait plus du monde, et elle devrait même capituler aux péchés du monde.

 

Manque de discernement, de courage, et  de discipline

Mais ne passons pas trop de temps sur cette hérésie. Dans la lettre, le Seigneur ne s’adresse pas à « Jézabel » mais à l’Église, et à ses dirigeants en particulier. C’est à eux qu’il fait le reproche : « vous laissez faire… » Il y a là un problème de leadership spirituel.

Pourquoi le ou les responsables laissent-ils faire ?

Ou bien, parce qu’ils n’ont pas de discernement. Ils ne voient pas le mal qui se cache derrière les propos de cette personne ou de ce groupe appelé « Jézabel ». Ou bien, ils savent que cet enseignement n’est pas conforme à l’Évangile, mais ils n’ont pas le courage de le dire ouvertement et fermer la bouche à ceux qui sont en train d’égarer les fidèles. Que ce soit un manque de discernement ou de courage,  le résultat est que la discipline fait défaut. U final, le laisser-faire devient fatal

Discipline. Correction. En général, les chrétiens ne sont pas très enthousiastes quand le pasteur les reprend. Il est vrai que tous les pasteurs ne font pas preuve de sagesse et d’humilité en la matière. Toujours est-il que nous avons parfois besoin de correction. Quelle est alors notre réaction ? Combien souvent, une tentative de corriger se solde-t-elle par le départ de la personne concernée ! Au lieu d’écouter, on claque la porte.

De telles réactions, on peut s’y attendre, et cela fait peur aux responsables. Ils préfèrent être en bonnes termes avec tout le monde. Face à une situation difficile, ils hésitent d’intervenir, sachant trop bien que cela peut mal se terminer. Combien il est difficile, pour ne pas dire délicat de dire la vérité dans l’amour. Et pourtant, c’est un service rendu à la communauté, un service précieux et nécessaire, un service dans l’intérêt du plus grand nombre.

Et combien il nous est difficile d’accepter une parole de correction, apportée par un frère ou une sœur qui se fait vraiment des soucis pour notre bien spirituel, pour l’amour de Dieu.

Cependant, nous en avons besoin.

 

Discipline divine

Là où les hommes fait défaut, Dieu intervient en exerçant sa discipline divine. Si les responsables ne protègent pas la communauté d’un enseignement séducteur, le Seigneur ne laisse pas faire cette Jézabel. « Voici que je la jette sur un lit ainsi que dans une grande tribulation ». Elle est désormais clouée à son lit où elle pratiquait son immoralité sexuelle. Le Seigneur est vraiment d’une grande patience ! Au lieu de frapper cette personne de la mort, ce qu’elle méritait, il lui donne encore une chance, et encore, et encore. Il n’aime pas que le pêcheur meure, il veut que le pêcheur se repente. C’est pourquoi il permet que ses enfants égarés soient frappés d’une souffrance, d’une maladie, ou d’une calamité. Le but est toujours de les sortir de leurs égarements. Ain

Ceux qui se sont laissé séduire par cet enseignement et qui se sont laissé aller dans l’immoralité sexuelle et dans les pratiques occultes, font également l’objet d’une discipline divine. Ils seront frappés de maladies,  « à moins qu’ils ne se repentent de ses œuvres » (v.22-23).

 

La promesse de Dieu

Or, le dernier mot du Seigneur n’est pas sa condamnation du péché, mais l’encouragement et la promesse. C’est une vérité à retenir. Si le Seigneur permet de graves difficultés, le but est toujours de rappeler les uns à l’ordre, et de montrer aux autres, combien il est capable de les garder dans la paix intérieur, dans la foi et dans l’espérance. Au vainqueur, à celui qui accomplit mes œuvres jusqu’à la fin, je donnerai autorité sur les nations. Il les dirigera avec un sceptre de fer, comme on brise les vases d’argile, ainsi que moi-même j’en ai reçu le pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l’étoile du matin.  (v. 24-29).

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