Fidèles éprouvés, couronnés (Smyrne)

 

Lettres aux sept églises en Apocalypse # 2 –  Message par Evert Van de Poll, le 16 juin 2013

Lire : Apocalypse 2.8-11

Smyrne, actuellement appelé Izmir, en Turquie, est une ville très ancienne. Déjà dans l’antiquité, elle était un port très bien situé en Asie Mineure un peu au nord d'Ephèse. Il n'a pas connu le problème de l'ensablement fréquent dans cette contrée, si bien que la ville est encore prospère aujourd'hui: Izmir, qui compte presque deux millions d'habitants.

Smyrne fut réputée pour le développement des sciences, la pratique de la médecine et la majesté de ses bâtiments. Son nom signifie « myrrhe ».

 

Mort et à nouveau vivant

Son origine remonte aux environs de l'an 1000 avant Jésus-Christ. Elle fut détruite par les Lydiens en 677 et reconstruite par les successeurs d'Alexander le Grand qui en avait tracé le plan. Une ville détruite et reconstruite, on dirait morte et ressuscitée.

C’est à cela que le Seigneur fait allusion, quand il se présente dans la lettre à l’Église dans cette ville. Voici ce que dit celui qui est le premier et le dernier, celui qui était mort et qui est à nouveau vivant (v. 8).


Centre du culte de César

Les dirigeants de la ville de Smyrne s’étaient tournés vers Rome, dont ils pressentent la puissance montante. En 26 après Jésus-Christ, la ville demande à l'empereur Tibère l'autorisation de construire un temple en son honneur, afin que les habitants puisent l'adorer comme un dieu, en disant César est Seigneur. César, Seigneur et Sauveur de Rome et du monde entier. Smyrne est devenu un centre du culte de César, une sorte de religion d’état à l’époque.

Juifs et chrétiens ne pouvaient pas y participer, puisqu’ils ne reconnaissent d’un seul Dieu, le Créateur de toutes choses, le Dieu d’Israël.

Les Juifs étaient permis de s’abstenir du culte du César.

Et les chrétiens ? Ils ont compris que Jésus est son Fils unique, un avec Dieu le Père. Ils le reconnaissent comme le Messie, le Christ, le Sauveur. Et ils le reconnaissent comme le Seigneur, Dieu fait homme.

Cela va à l’encontre des prétentions de l’Empire romain et son César.

Souvent, l’état laissait les chrétiens tranquilles, mais de temps à l’autre, les autorités forçaient les chrétiens à rendre un culte au César, Seigneur et Sauveur du monde. Quand cela arrivait, les chrétiens étaient soumis à une épreuve énorme. Poussés de tous les côtés d’apporter un sacrifice au temple et participer aux prières pour le César, ils devaient résister.

Dans la détresse et pauvre, pourtant riche

Les chrétiens de Smyrne ont connu une double répression : de la part des romains et de la part des Juifs.

Les romains persécutaient les chrétiens parce que ces derniers refusaient de rendre un culte à l'empereur romain, qui devait être adoré comme un dieu.

Les Juifs les calomniaient parce qu’ils s’offusquaient du message que Jésus est le Christ, le Messie, et qui plus est, le Fils de Dieu, notre seul Sauveur.

D'un point de vue humain, les conséquences ont été désastreuses sur le plan social et économique. Méprisés de la ville, les chrétiens trouvaient avec difficulté un gagne-pain et comme si cela ne suffisait pas, ils étaient expropriés. Devenir chrétien exposait à la pauvreté matérielle En réalité, le vocabulaire précise que ces fidèles croyants sont dans la misère la plus noire qui soit, dans le quasi total dénuement et même réduits à l’état de mendicité. C’est en effet, ce que signifie le mot grec (ptôcheian ) traduit par « pauvreté ». Un bon nombre des chrétiens de Smyrne sont des esclaves, ou des citoyens de la ville qui ont été destitués de tous leurs biens par leurs persécuteurs qui sont autant Juifs que Romains.

Dans la lettre à l’Église dans cette ville, nous voyons qu'il n'y a aucun reproche. Est-ce à dire que cette église est parfaite ? Non, tant qu'ils sont sur terre, les chrétiens ont besoin de grandir chaque jour.
Ceci étant dit, cette lettre est un message d’encouragement. Les fidèles sont dans la tourmente.

Le Seigneur leur dit : « Je connais… ta pauvreté bien que tu sois riche » ? Quelle est la richesse que le chrétien possède ? Cette richesse que le chrétien possède est le royaume de Dieu.

Les chrétiens de Smyrne sont un modèle pour les chrétiens de tous les temps parce qu'ils ont préféré le vrai trésor aux richesses de ce monde.
Je connais

Or, le Seigneur indique aux chrétiens de Smyrne qu'Il sait tout cela.

Je connais….

Il a bien choisi ce mot. Connaître est plus qu’être au courant. Connaître veut dire : savoir par expérience. Ce que vivent les fidèles dans la détresse, il ne sait pas seulement, il le connait. Dans l’épreuve nous sommes encouragés par le fait que le Seigneur lui-même a connu les tribulations par lesquelles ils passent maintenant.

Je connais. Connaître en hébreu veut dire aussi : avoir une relation, se connaître personnellement, être solidaire.

Je connais. Cela veut dire, donc, je vous comprends. Je suis à vos côtés. Dans l’épreuve nous sommes encouragés par le fait que le Seigneur comprend parfaitement ce que nous ressentons, nos faiblesse, notre désespoir. Il est à nos côtes.

Puisqu’il a résisté, nous pouvons résister. Puisqu’il s’en est sorti, nous allons nous en sortir.

Puisqu’il a vaincu la mort, il va nous garder jusque dans son Royaume éternelle.

 

Qui se disent Juifs mais ne le sont pas

L'Eglise de Smyrne doit supporter les calomnies. On invente du mal qu'on répand pour nuire à la réputation des fidèles de cette Eglise. Cela blesse et c'est difficile à supporter. La Bible précise l'origine de ces calomnies, elles proviennent de gens qui se disent juifs, mais ne le sont pas. Ils en ont probablement l'extérieur, mais pas le cœur, selon la définition de Dieu (Cf. Romains 2.28-29).

C'est pourquoi, il est dit de ces calomniateurs: ils ne sont pas vraiment juifs. Ne faisons pas dire à la Bible ce qu'elle ne dit pas. Il ne s'agit pas du tout ici d'une attaque contre la race ou la nation juive, mais de la pensée de Dieu par rapport à un défaut de quelques-uns de Smyrne. Cela ne nous permet en aucune manière de développer des sentiments antisémites. Cependant, Dieu va loin dans son jugement contre cette minorité: elle est une synagogue de Satan.

Pourtant, Jésus-Christ et Paul se sont particulièrement bien servis de l'institution des synagogues pour y annoncer l'Evangile. Mais victime d'un cléricalisme anti-église, la synagogue peut devenir très exceptionnellement un endroit d'opposition à la foi biblique.

L'histoire nous enseigne que d'autres systèmes religieux, y compris des hiérarchies prétendues chrétiennes ont également joué des rôles détestables.

 

N’ayez pas peur du diable

Bien que nous ayons affaire à des hommes et des femmes qui font opposition à l’Évangile et à l’Église, il ne faut pas se tromper de cible. Ceux qui nous rendent la vie dure, sont à leur tour manipulés par les pensées qui viennent du diable. Voilà notre vrai adversaire. Nous n’avons pas à lutter contre des ennemis en chaire en en os, mais contre les puissances des ténèbres (Éphésiens 6).

Mais nous croyons, justement, que Jésus a battu cet adversaire redoutable quand il a donné sa vie en sacrifice et qu’il est ressuscité de la mort. Il est vainqueur. Et il se porte garant pour tous ceux qui croient en lui.

N’ayez pas peur, dit le Seigneur. Si les hommes peuvent toucher vos biens terrestres, s’ils peuvent parfois tuer votre corps, ils sont incapables de toucher à votre âme.

Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, nul ne pourra nous arracher de la main de Dieu.

 

Ne parlez pas du diable mais priez pour vos « ennemis »

Il faut faire très attention quand on évoque l’action du diable. On risque d’être mal compris. Comme si on voudrait diaboliser telle ou telle personne. Diaboliser telle ou telle communauté.

Non, ne disons jamais que les personnes qui s’opposent à notre fois, sont du diable. Ils ne le sont pas. Tout comme nous, ils sont des hommes et des femmes créés à l’image de Dieu.

Dieu les aime, au point d’avoir donné son Fils unique pour eux. Ils sont destinés au salut, à la vie, à connaître Dieu.

Mais le monde est corrompu. Nos pensées sont brouillées. Nous sommes dans la confusion de ce qui est le bien et ce qui est le mal.

C’est dans cette confusion que le diable sème ses idées, ses mensonges en fait. Et les gens y croient commet si c’est la vérité. Mais ils ne savent pas ce qu’ils font. S’ils avaient su, dit Paul, ils n’auraient pas crucifié Jesus.

Ils se trompent quand ils s’en prennent à la foi en Jésus. Ils sont manipulés, sans s’en rendre compte.

Donc ne dites jamais à quelqu’un : c’est par le diable qui vous faites ceci, cette idée vient du Satan.

Gardez cette connaissance dans votre cœur. Ce discernement vous permet de ne pas vous tromper de cible. Nous ne sommes pas contre les hommes, mais contre l’adversaire de Dieu qui essaye de les remonter contre nous.

Résistez aux œuvres du diable, résistez à ses tentations, mais priez pour les hommes et les femmes qui vous rendent la vie dure !

Ce discernement nous permet d’aimer nos ennemis humains, de prier pour ceux qui nous persécutent. Sans s’en rendre compte, ils sont victimes d’un jeu diabolique. Pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

Je vous transmet la demande d'un frère en Christ vivant dans un pays où l'on persécute les chrétiens :
« Ne prie pas pour moi. Prie avec moi. Tu vois la différence ? Quand tu pries pour moi, tu pries pour ma sécurité, pour mon bien-être. Non, simplement, prie avec moi pour que --mes compatriotes religieux-- viennent à Jésus ».


Dix jours de détresse

Sans doute, le nombre de dix est-il symbolique, comme beaucoup de nombres dans la Bible. Ici, « dix jours » signifient un temps limité.

Nous ignorons la durée effective de la souffrance annoncée, mais nous savons que ces temps difficiles ont eu une fin. Ainsi, ces fidèles gardaient l'espoir de temps meilleurs. Nous aussi, nous savons que l'épreuve est limitée dans le temps et mesurée dans son intensité. Nous devons toujours garder l'espoir d'en sortir, quand notre vie est difficile et que nous gémissions sous le fardeau de l'épreuve.

 

Jusqu’à la mort – le martyre de Polycarpe

Soyez fidèles jusqu’à la mort, dit Jésus à son Église. A l’époque du Nouveau Testament et dans les siècles suivants il y eu des périodes de persécution. D’innombrables chrétiens ont été jetés en prison. Et à l’époque, une prison était presque toujours l’antichambre de la mort.

Il est enrichissant de savoir encore que Polycarpe fut évêque de cette ville et qu'il quitta cette terre frappé de mort violente vers 160 après Jésus-Christ.

Polycarpe avait été disciple de Jean, l’apôtre qui a reçu la révélation du Christ glorifié dans le ciel, et qui a communiqué le message du Christ aux sept églises, dont celle de Smyrne.

Nous sommes à Smyrne en l’an 156. La persécution, sous les Antonins, était modérée et venait moins d’une politique systématique que des dénonciations de païens, qui répandaient force calomnies sur les cultes nouveaux. Les autorités, sans être dupes, mettaient à mort les chrétiens arrêtés ; à leurs yeux, ils commettaient au moins un crime de lèse-majesté en ne sacrifiant pas aux dieux, c’est-à-dire en ne reconnaissant pas la souveraineté absolue des Césars.
Le martyre de Polycarpe émane ainsi de pressions populaires, et des autorités locales, mues par un esprit de démagogie et la volonté de faire un exemple. Ce supplice représente cependant un cas relativement isolé à cette période.

Polycarpe, qui nous a laissé une épître (peut-être deux) aux Philippiens, était, dit-on, un disciple de saint Jean. Évêque de Smyrne, il avait fréquenté Ignace d’Antioche. Le récit de son martyre est le plus ancien récit de martyre qui nous soit parvenu. Il fut diffusé dans toute la chrétienté. Le passage qui relate ses derniers moments nous dit ceci :

On disposa autour de lui les matériaux rassemblés pour le feu. Mais, quand les gardes voulurent le clouer au poteau : « Laissez-moi comme je suis, leur dit-il. Celui qui m’a donné la force d’affronter ces flammes me donnera aussi, même sans la précaution de vos clous, de rester immobile sur le bûcher. »  Alors, il leva les yeux au ciel et disait sa dernière prière.


La prière de Polycarpe

Parenthèse : si nous en avons cette trace écrite, c’est que Polycarpe l’a sans doute priée pendant les jours et les semaines qui précédaient son supplice, vraisemblablement avec son entourage. C’est pourquoi nous en avons une trace écrite.

Écoutons cette prière émouvante :

« Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton Fils béni et bien-aimé, à qui nous devons de te connaître, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et du peuple entier des justes qui vivent sous ton regard, je te bénis parce que tu m’as jugé digne de ce jour et de cette heure, et que tu me permets de porter mes lèvres à la coupe de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint. Accueille-moi parmi eux devant ta face aujourd’hui ; que mon sacrifice te soit agréable et onctueux, en même temps que conforme au dessein que tu as conçu, préparé et accompli. Toi qui ne connais pas le mensonge, ô Dieu de vérité, je te loue de toutes tes grâces, je te bénis, je te glorifie au nom du Grand Prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, par lequel la gloire soit à toi comme à lui et à l’Esprit Saint, aujourd’hui et dans les siècles futurs. Amen ! »

Quand il eut prononcé cet « amen », qui achevait sa prière, les valets allumèrent le feu.

 

La couronne de vie

Jésus rassure les fidèles éprouvés, ils recevront la couronne de vie. L’apôtre Jacques l’a dit également « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation ; car après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (1.12). Le grec n’utilise pas le mot diadème, la couronne royale, mais stephanos, la couronne de lauriers mise sur la tête d’un général vainqueur, ou d’un sportif qui avait remporté une victoire. Nous serons couronnés par la vie éternelle en relation avec Dieu, la vie que Jésus nous a procurée pas sa victoire sur toutes les forces du mal.

 

Au vainqueur, la seconde mort ne causera pas de mal

La promesse que le Seigneur accorde à ses fidèles est que la seconde mort ne les concernera pas. Avant de parler de la seconde mort, voyons ce qu'est la première. Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement (Hébreux 9.27).

La Bible nous dit que tous les hommes mourront physiquement une fois. Suite à cette mort, nous rencontrerons tous Dieu de deux manières différentes.
Si de notre vivant nous avons cru en Jésus-Christ, il sera notre avocat et nous serons ressuscités pour la vie éternelle. Si nous avons rejeté le Messie de notre vivant, nous aurons Jésus-Christ comme juge et à cause de nos péchés, nous connaîtrons la seconde mort : le tourment éternel, selon qu'il est écrit : Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n'a point de pouvoir sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans (Apocalypse 20.6).
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