Vivre le premier amour (Ephèse)

 

Lettres aux sept églises en Apocalypse # 1 – Message de Yanna Van de Poll, le 2 juin 2013 

Nous venons de célébrer Pentecôte. C’est la fête du don du Saint-Esprit, comme nous le savons tous. Mais ce que nous ignorons souvent, c’est que cette fête nous a aussi donné quelque chose de très précieux : la communauté des chrétiens. Depuis la Pentecôte l’église est née. J’aimerais bien réfléchir avec vous sur l’importance de l’église, comme nous pouvons le comprendre dans les lettres aux sept églises dans l’Apocalypse de la Bible.

Même si nos églises actuelles ne sont pas des répliques des sept Églises, le message que le Seigneur transmet aux sept Églises par ces lettres-ci vise toutefois les Églises de tous les temps et de tous lieux, car les lettres terminent chaque fois avec les paroles suivantes : “celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Églises” (pluriel). J’aimerais commencer une nouvelle série sur les lettres aux sept églises en Apocalypse 2 et 3. A commencer par la première lettre, adressée à l’église d’Ephèse.

Lisons : Apocalypse 2.1-7.

Qu’est-ce que nous pouvons apprendre de cette lettre ?

 

1.       La ville d’Ephèse

D’abord, la ville d’Ephèse. Avec ses trois cent mille citoyens, Éphèse était la principale ville de la province d’Asie. Elle était l’une des villes les plus importantes du monde antique. C’était une ville très prospère. Elle était dotée du plus grand port de mer d’Asie Mineur donnant accès aux marchés de l’orient. En plus, toutes les grandes routes commerciales à l’intérieur de l’Asie Mineure convergeaient vers elle.

A l'époque romaine, Ephèse était l'un des centres les plus brillants de la culture hellénistique.  

La ville abritait d’importantes  écoles de philosophie et de rhétorique. Une foule de magiciens, d'astrologues, et de charlatans de toute espèce y exerçaient leurs activités lucratives.

Mais le renom d'Ephèse venait surtout de son culte d'Artémis ou de Diane, la déesse de la fertilité. L’origine de ce culte est une pierre noire qui est tombée du ciel, un météorite, qu’on a trouvée. On en faisait une déesse dont les prêtres étaient des eunuques fourbes et cupides. Les fêtes religieuses dégénéraient toujours en orgies. Dans toute l’Antiquité, Ephèse avait la réputation d’une ville superstitieuse et immorale

Le temple d’Artémis possédait des proportions gigantesques : 138 m de long, 72 m de large, et des colonnes de 20 m de haut, dont la construction dura 120 ans. On l’appelait l'une des sept merveilles du monde. Il était une attraction pour des milliers de pèlerins qui venaient de partout.

Dans ce contexte l’apôtre Paul  a fondé l’église,  vers l’an 53. Luc décrit ce début en Actes et comment il s’est heurté violemment à Démétrius, qui fabriquait des temples d’Artémis en argent et qui procurait aux artisans un profit considérable (Actes 19.24).

C’est à Ephèse aussi que vint demeurer l’apôtre Jean en compagnie de Marie, la mère du Seigneur Jésus-Christ.

Après la mort de l’apôtre Paul, l’église d’Ephèse ont choisi Jean comme leur ancien principal.  A la suite de la violente persécution, l’apôtre Jean fut emmené à Rome où il fut torturé. Plus tard, il fut exilé sur l’île de Patmos, sur la mer Egée, et c’est là qu’il écrivit l’Apocalypse.

 

2.       Présentation de Jésus

Les lettres aux églises commencent toujours avec une présentation de Jésus. Dans notre lettre, Jésus se présente de la manière suivante: “Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d’or.” Il reprend ainsi des éléments de la vision initiale qui se trouve dans le chapitre précédent (1:13,16). Il se décrit comme accomplissant deux actions importantes: Il tient et Il marche.

Les sept étoiles représentent les messagers qui communiquent la Parole de Dieu aux Églises. Ce sont  les anges ou encore les responsables des églises. Le fait que Jésus tient les sept étoiles dans sa main droite met l’accent sur sa protection : personne ne peut nous arracher de ses mains comme Jésus a dit : « Mes brebis entendent ma voix, …. elles ne périront jamais, et personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10.27-28). Nous sommes en complète sécurité entre ses mains.  A la fois, cela signifie que le Seigneur a toute autorité sur son église, c’est Lui qui gouverne, c’est Lui qui dirige, c’est Lui la tête des églises et Il nous demande à nous soumettre à Lui.

Le fait que Jésus “marche” au milieu des chandeliers souligne son implication active dans la direction de son Église et indique que rien n’échappe à son attention. Comme il dit au verset 2, “je connais tes œuvres”. Jésus est parfaitement informé de ce qui se passe dans son Église. Ce qu’Il dit à l’église d’Ephèse ce qui peut nous encourager, nous aussi.

 

3.     Les éloges

La structure de toutes les lettres se ressemble : il y a des éloges et il y a des reproches. Aussi dans notre lettre. Jésus commence à faire des éloges. L’Église est complimentée pour ses œuvres, son travail, sa persévérance, ainsi que pour sa loyauté envers la vérité et pour son rejet des faux apôtres.

Cette Église les a éprouvés et elle a reconnu qu’ils étaient des loups, comme l’apôtre Paul les avait exhortés à faire (voir Actes 20:29-30). Même s’ils étaient déguisés en apôtres du Seigneur, elle a su reconnaître leurs erreurs doctrinales et elle a rejeté ces faux enseignants qui étaient menteurs.

Leur expulsion a causé des problèmes; c’est pourquoi Jésus parle des œuvres et du travail de l’Église. Même s’il n’est pas toujours facile de détecter les erreurs et de les arracher du milieu de l’Église, le Seigneur nous demande d’être vigilants face aux faux enseignants et fidèles dans notre pureté doctrinale (1 Timothée 1:3-11; 4:18; 6:2-7,20-21; 2 Timothée 3:1-17).

L’Église reçoit également des éloges pour son “intolérance » : « Je le sais, tu ne peux supporter les méchants » (2:2). L’intolérance n’est pas toujours mauvaise, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire. Le Seigneur complimente son Église d’être intolérante à l’égard des méchants! Le Seigneur voit également d’un bon œil que son Église a « de la haine pour les œuvres des Nicolaïtes, pour lesquelles moi aussi j’ai de la haine » (2:6). Les Nicolaïtes, qui seront présentés un peu plus en détail dans les lettres suivantes, mélangeaient le service de Dieu avec l’amour du monde (voir 1 Jean 2:15-17). Ils pensaient qu’une certaine participation à la culture idolâtre d’Éphèse était permise. Les Nicolaïtes étaient adeptes d'une doctrine qui, en raison du principe de la "Liberté", leur permettait de manger des viandes offertes aux idoles, et de se soumettre aux actes immoraux.

Bref, à  tous ces égards, aussi bien dans sa fidélité à la bonne doctrine que dans sa persévérance dans les bonnes œuvres, l’Église d’Éphèse est un excellent exemple pour nous aujourd’hui. On dirait : elle est irréprochable, stable et pure. Cependant, ces éloges sont immédiatement suivis d’une vive réprimande.

Ca fait mal, très mal. Ecoutons ce que Jésus leur reproche :

 

4.       Le reproche

« Mais j’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour » (2:4). Voilà un reproche qui nous fait trembler ! Tu as abandonné ton premier amour. Dans toutes leurs luttes, dans toutes leurs épreuves, dans toutes leurs tentations auxquelles ils ont résistés, ils reçoivent cette parole dure : j’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour. Cela nous fais réfléchir à la question : c’est quoi le premier amour ?

A Castelnaudary où j’étais pasteur, j’ai visité régulièrement  une sœur âgée, qui était un pilier dans l’église, une femme de prière, une femme de foi. C’était toujours une joie de passer chez elle.

Pourtant, chaque fois quand je lui rendais visite, elle se plaignait de ce qu’elle aurait perdu son premier amour, elle pleurait, et elle me suppliait de prier pour elle, car elle avait honte de rencontrer le Seigneur au jour de son départ et d’entendre de sa bouche ce reproche qu’elle avait perdu son premier amour.

Comment comprendre alors cette parole ? Ce qui est important à noter, c’est que ce reproche est adressé à l’église toute entière et pas à une personne seulement.

Retour à Ephèse. Quand Paul y est passé pour prêcher l’évangile, il y avait un grand réveil : « Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu’on appliquait des linges ou des étoffes qui avaient touché son corps, alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais sortaient. Beaucoup de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait …..Un assez grand nombre de ceux qui avaient pratiqué la sorcellerie apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tous…. C’est ainsi que par la force du Seigneur, la parole se répandait efficacement » (Actes 19.11-20).

C’est merveilleux ce qui se passait à Ephèse. Cela fait rêver, n’est-ce pas ? Un vrai réveil.

Les Ephésiens étaient enflammés pour leur Sauveur et leur Seigneur. Aucun sacrifice n’était trop grand pour eux, aucun effort n’était trop pénible. Cet amour rayonnait autour d’eux dans leur témoignage pour Jésus dans le monde. Mais cet amour ardent a progressivement diminué. L’Église s’est établie dans une obéissance routinière. Elle était toujours fidèle à travailler, à persévérer, à enseigner la bonne doctrine, elle était prête à souffrir pour le nom de Jésus, mais elle avait abandonné son premier amour!

Nous pouvons penser à un premier amour d’un couple marié qui se répand dans toute leur vie conjugale et qui ensuite perd de son éclat. Le mariage continue, les époux sont toujours fidèles l’un à l’autre; on peut en dire beaucoup de bien, mais le rayonnement n’est plus là et le cœur des deux conjoints ne vibre plus autant. De même, il est possible qu’un membre de l’Église soit assidu aux célébrations, fidèle dans son service, persévérant dans sa foi, mais qu’il ait perdu la flamme et l’enthousiasme du début. Il est facile pour chacun de nous de tomber dans cet état.

L’avertissement du Christ nous montre bien que l’Église ne peut pas vivre sans ce premier amour. Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité. Dieu est amour et les enfants de Dieu sont appelés à s’aimer les uns les autres. L’amour fraternel est le cœur de la vie chrétienne. L’amour ne consiste pas en paroles, mais, elle est visible par nos actes. Le premier amour dont parle la Bible, n’est pas un sentiment fort dans le cœur comme le pensent plusieurs, c’est plutôt un engagement véritable qu’on a avec Dieu, un engagement qui nous conduit à l'obéissance totale à Dieu, à pratiquer la parole de Dieu sans se compromettre dans le péché, à œuvrer pour Son Royaume. Lorsqu’une église perd son amour, l’église est vouée à l’échec. Jésus le dit bien: « Sinon je viendrai à toi et j’écarterai ton chandelier de sa place » (2:5). 

Mon souhait et ma prière depuis ma venue dans l église Partage c’est qu’elle déborde d’amour pour Dieu et les uns pour les autres. Un amour plein de fraîcheur qui ne faiblit pas. L’église d’Ephèse avait perdu son premier amour sans qu’elle l’aperçoive je pense. Et c’est un danger qui nous guette tous.

 

5.       Le chemin de retour

Pour retrouver son premier amour, Jésus propose à l’église d’Ephèse un chemin de retour en trois étapes : souviens-toi, repens-toi, et fais, c’est-à-dire : pratique tes premières œuvres. Il fallait regagner l'amour qu'ils avaient perdu. Il ne fallait pas attendre jusqu'à ce que les sentiments soient rétablis mais il fallait changer l'attitude et agir à nouveau comme avant.

D’abord : souviens-toi. Jésus dit à  l'église d'Éphèse de se souvenir de la façon dont elle aimait le Seigneur. Elle confessait sa foi, elle brûlait ses livres, elle s’attachait à la Parole. Se souvenir n’est pas un retour à la nostalgie et regretter  ce que l’église avait perdue. Se dire combien le passé était magnifique et combien le présent est morne. Non, se souvenir de ses glorieux jours pour revenir sur les anciens sentiers.  Souviens-toi d'où tu es tombé et repens-toi. C’est la deuxième étape : repens-toi.

Un retour à notre premier amour implique  une tristesse selon Dieu, un cœur qui se repent humblement car on se rend compte combien on a perdu. Et par la suite, la dernière étape, pratiquer de nouveau ses premières œuvres.  Ce qui est rassurant c’est  que Jésus tient ses brebis entre ses mains. Son église peut être assurée que Jésus est là pour l’aider à se relever et à raviver cette première flamme par la puissance de son Esprit.

Il ne condamne pas l’église, mais Il la corrige pour qu’elle soit sans reproches. Comme l’apôtre Paul l’a expliqué dans sa lettre aux Ephésiens : « pour faire paraître devant Lui cette église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut » (Eph 5.26).

Et comment être sans tache ? En aimant les uns les autres, car « si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous » (1 Jean 4.12).

Vous connaissez l’expression : un amour thermomètre ou un amour thermostat ? Un amour thermomètre dépend des relations autour de nous : il monte quand les relations sont chaleureuses, il descend quand elles sont froides. Tandis qu’un amour thermostat reste constant, durable, malgré les hauts et les bas dans les relations. Avons-nous un amour thermomètre ou thermostat ? Avoir un amour thermostat demande un effort.

 

6.       La promesse

C’est pour cela que la lettre se termine par une belle promesse. Une promesse pour le vainqueur. Le vainqueur est celui qui combat le bon combat de la foi et qui est victorieux. La promesse, nous la lisons au verset 7 : « Manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu ».

 Cela signifie : recevoir la vie éternelle qu’Adam a perdue par sa révolte. L'arbre dont l'accès a été barré par les chérubins après la chute d'Adam et Eve de peur qu'ils ne mangent de ses fruits et vivent éternellement, cet arbre sera donc donné aux vainqueurs.
Manger de l’arbre de vie est un fruit tellement plus délicieux que manger le fruit défendu, ou encore manger de la viande sacrifiée aux idoles dans les temples païens d’Éphèse et participer aux fêtes de la culture païenne. Le vainqueur mangera de l’arbre de vie! Pardonné sont tous ses péchés. Il héritera la vie éternelle dans le paradis promis et vivra dans une communion éternelle en présence de son Dieu! (22:2-4).

Pour une église pressée de tous les côtés, cette vision aurait été un grand encouragement. Malgré les circonstances apparentes, il y a une espérance bien au delà des difficultés. La vie éternelle dans la présence de Dieu attend les vainqueurs.

Quelle belle promesse. Elle est aussi pour nous aujourd’hui, car Jean écrit vers la fin de ses révélations : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville ! » (Apoc 22:14).

Que nous soyons parmi ces heureux qui ont droit à l’arbre de vie, afin d’entrer par les portes du paradis.

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