Ce que je ne supporte pas

 

Série, Pierre dans le livre des Actes # 5 - Message par Evert Van de Poll, le 5 mai 2013

Lire : Actes 4.23 - 5.16

Coup de projecteur sur la vie de l’Eglise primitive.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’unité des croyants dans le Seigneur, sur la libéralité des riches, sur le partage des biens et sur l’entraide  vis-à-vis des plus démunis, sur le témoignage dans la cité, sur les miracles accompagnant l’annonce de l’Évangile.

Puisque nous suivons les traces de l’apôtre Pierre dans le livre des Actes, nous allons nous intéresser plus particulièrement à son rôle dans les évènements dont nous venons de lire le récit.

Nous le voyons dans deux situations bien différentes.

D’abord, il se produit une confrontation entre l’apôtre Pierre et deux membres de l’Église, Ananias et Saphira, au sein de l’Église qui se solde par la mort soudaine de ce couple.

Mais quand ce même apôtre Pierre est au contact de la foule dans la cité, les gens trouvent guérison et liberté dans son ombre.

 

Deux situations en parallèle

Si Luc, sous l’inspiration du Saint-Esprit, met ces deux situations en parallèle, il est important de les lire dans leur contexte. Elles font partie d’une même histoire. Elles mettent en lumière deux aspects importants de la vie de l’Église, et de notre vie personnelle. Il faut les mettre en parallèle, comme deux aspects d’une même vérité.

C’est ce que nous allons faire ce matin.

 

Deux attitudes différentes

Au premier vu, l’attitude Pierre dans ces deux épisodes est très contrastée. Quand il a affaire à Ananias et Saphira, il est d’une sévérité extrême. Pourquoi n’accepte-t-il pas leur don sans doute considérable à l’Église au profit des pauvres ? Pourquoi dénonce-t-il leur mensonge qui ne semble pas être si grave que cela ? A toute évidence, il ne supporte pas la moindre déviance des principes de Dieu.

Mais il est d’une mansuétude incroyable par rapport à une pratique assez douteuse – les gens mettent les grabats sur sa route quotidienne vers le temple afin que son ombre tombe sur les malades. C’est de la superstition pure et simple, mais Pierre laisse faire. Il semble supporter la vénération dont il fait l’objet, sans aucun problème. Il n’en dit rien.

Comment expliquer ses deux attitudes ?

Exigence dans un cas, indulgence dans l’autre ?

 

Quand le Seigneur a repris Pierre…

Regardons ces deux situations de plus près. Elles ne sont pas sans rappeler des épisodes que Pierre a vécus pendant sa vie de disciple, à la suite du Seigneur Jésus.

Prenons la confrontation avec Ananias. Pierre lui dit :

Cela fait penser au moment où Pierre lui-même avait laissé infiltrer les pensées du diable.

A partir de ce jour, Jésus commença à exposer à ses disciples qu’il devait se rendre à Jérusalem, y subir de cruelles souffrances de la part des responsables du peuple, des chefs des prêtres et des spécialistes de la Loi, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. Alors Pierre le prit à part et se mit à lui faire des reproches : « Que Dieu t’en préserve, Seigneur! Cela ne t’arrivera pas ! » Mais Jésus, se retournant, lui dit : « Arrière, Satan ! Eloigne-toi de moi ! Tu es un obstacle à ma mission, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu; ce sont des pensées tout humaines (Matthieu 16.21-23)

 

Quel était le problème ?

La générosité des riches. L’exemple parlant d’un dénommé Barnabas.

La jalousie s’empare d’Ananias et Saphira. Ils veulent être aussi bien vus, aussi importants que Barnabas, en utilisant l’argent comme moyen d’y parvenir. Tout comme Simon le magicien le fera quelques années plus tard dans l’Église de Samarie.

Ananias et Saphira s’accordent à détourner et à mentir.

Ils n’en ont pas simplement mis de côté une partie, comme le disent certaines traductions. Non, ils en ont détourné une partie afin de la garder pour eux-mêmes. Il s’agit bien d’un détournement de fonds.

En plus, ils vont mentir.

Ce n’est pas un mensonge pour s’en sortir d’une mauvaise situation, ni d’un mensonge pour sauver la vie de quelqu’un, mais d’un mensonge sans contrainte de mentir. En grec, le mot utilisé signifié « acte trompeur », « acte frauduleux ».

Du fait qu’ils ont annoncé que le produit entier de la vente serait consacré à l’œuvre du Seigneur Dieu, tout l’argent appartenait à Dieu.

 

Le mort d’Ananias, à cause de quoi et pourquoi ?

Cette histoire est difficile à avaler. Pourquoi ce couple devait-il mourir ? N’y a-t-il pas d’actes beaucoup plus graves que cela ?

Pierre ne prononce pas de peine de mort.

Il n’annonce pas la punition de Dieu non plus.

Luc n’écrit pas qui a fait mourir Ananias.

Mais quand Pierre constate que monsieur tombe mort au moment où sa fraude est percé à jour, il comprend que le même sort sera réservé à madame si elle va mentir, elle aussi.

Donc, quand elle persiste et signe, il le lui dit clairement.

 

Un principe de Dieu

Pourquoi cette sévérité ? Pourquoi cette exécution presque sommaire ? J’avoue que j’aimerais bien parler d’autres histoires que celle-ci.

Mais à la lumière des Écritures on comprend ce qui s’est passé. Nous sommes au tout début de l’histoire de l’Église. Le diable essaye de détruire cette œuvre, par la pression de l’extérieur, et par les fausses doctrines venant de l’intérieur.

Au début de l’histoire d’Israël, une situation pareille s’est produite qui sert de leçon pour l’Église et qui explique la gravité des évènements.

Juste après l’entrée dans la terre promise, sous la direction de Josué, les Israélites ont pris la ville d’Aï. Josué avait voué le butin à l’interdit, c’est-à-dire que tout ce que l’on y trouvait de valeur devait être donné à l’œuvre du Seigneur.

Akan n’a pas résisté à la tentation d’en garder ne serait-ce que quelques biens et quelques pièces d’or.

Cet acte a occasionné tout une série de problèmes, de mésaventures et d’échecs pour le peuple entier. Après avoir été découvert, Akan fut condamné à mort.

Ainsi, le peuple devait comprendre que la fraude est intolérable puisqu’elle finit par détruire la société.

Si la Loi de Moïse a déjà mis en garde contre le faux témoignage, la fraude et toute forme de tromperie, les Proverbes sont encore plus précis sur ce sujet.

Il y a six choses que l’Eternel déteste, et même sept qui lui sont en horreur : les yeux qui regardent les autres de haut, la langue qui répand des mensonges, les mains qui font couler le sang des innocents, le cœur qui médite des projets coupables, les pieds qui se hâtent de courir vers le mal, le faux témoin qui dit des mensonges et l’homme qui sème la discorde entre des frères (Proverbes 6.16-19).

Il s’agit d’un principe de vie et de mort :

Le faux témoin ne restera pas impuni, et celui qui profère le mensonge périra (Proverbes 19.9)

 

Tôt ou tard

Voilà un principe moral que Dieu a institué, un principe fondamental dans l’univers entier. Le mensonge mène à la mort, puisqu’il s’oppose à la vérité qui seule garantit la vie.

Dans le cas d’Ananias et d’Akan, ce principe fut exécuté sans délai. En règle générale, les malfaiteurs ne meurent pas, en tout cas pas tout de suite.

Mais le principe demeure. Tôt ou tard, on en paiera les conséquences. Au final, le menteur ne se maintient pas.

 

Quand le Seigneur a repris Pierre…

Venons-en à la deuxième situation évoquée dans ce passage. Je disais que ces deux situations ne sont pas sans rappeler des épisodes que Pierre a vécus pendant sa vie de disciple, à la suite du Seigneur Jésus.

Maintenant, Pierre va au Temple où se réunit la communauté des croyants. Il passe chaque jour par les ruelles et les places de Jérusalem. Les gens ont mis des grabats sur la route, en espérant que Pierre s’arrêtera et priera pour eux. Mais Pierre ne s’arrête pas. Son objectif est ailleurs. Mais il paraît que les malades sur lesquels tombe son ombre, retrouvent la santé et la liberté intérieure. Alors, on dépose de plus en plus de grabats sur sa route, afin que tous ces pauvres malades guérissent.

Cela fait penser au moment où les gens essayaient de toucher Jésus et que Pierre n’avait pas compris :

Il y avait là une femme atteinte d’hémorragies depuis douze ans et qui avait dépensé tout son bien chez les médecins sans que personne n’ait pu la guérir. Elle s’approcha de Jésus par derrière et toucha la frange de son vêtement. Aussitôt, son hémorragie cessa.

 « Qui m’a touché ? » demanda Jésus. Comme tous s’en défendaient, Pierre lui dit : « Voyons, Maître, la foule t’entoure et te presse de tous côtés ».

Mais il répondit : « Quelqu’un m’a touché; j’ai senti qu’une force sortait de moi ».

En voyant que son geste n’était pas passé inaperçu, la femme s’avança toute tremblante, se jeta aux pieds de Jésus et expliqua devant tout le monde pour quelle raison elle l’avait touché, et comment elle avait été instantanément guérie. Jésus lui dit: « Ma fille, parce que tu as cru en moi, tu as été guérie, va en paix » (Luc 8.43-48).

 

Pierre n’est pas un guérisseur

A la différence de Jésus qui sentait une puissance sortir de lui, Pierre ne transmet aucune énergie spirituelle ou physique, aucune puissance occulte. Il n’est pas un guérisseur.

C’est Jésus qui guérit les gens et qui les délivre des mauvais esprits.

Je ne suis pas sûr si tout le monde avait la même compréhension des choses. On a l’impression que les gens cherchaient vraiment l’ombre de Pierre, car il était la personne la plus importante de l’Église, en tout cas aux yeux du peuple. On lui attribuait la force de guérir. Comme cela se fait dans toutes les religions populaires, qu'elle soit "chrétienne" ou autre.
En plus, on  lui attribuait la force d’exécuter la punition de Dieu dans le cas d’Ananias et de Saphira. Luc écrit que cet évènement a fait une impression profonde sur le peuple, une grande crainte (v. 10-11).

Ce phénomène est connu dans toutes les religions : on vénère des hommes et des femmes considérés exceptionnellement saints, on cherche à entrer en contact avec des personnes ayant un pouvoir spirituel. On essaye de capter un peu de leur rayonnement, on essaye de profiter de leur sainteté, on cherche leur intercession, leur intervention.

Cela relève de la religion populaire, toutes sortes confondues. Aussi dans les cultures christianisées christianisme, ou des vestiges païennes demeurent.

 

Ni pour

Pierre ne se prononce pas en faveur de cette pratique. Si moi, si quelqu’un d’entre nous avait cette expérience… ! On serait tenté d’en faire tout un ministère. D’organiser des réunions afin de prier pour les malades. D’organiser des rassemblements d’évangélisation sous le thème : Jésus guérit et il sauve.

Rien de tel chez Pierre. Sa tâche est ailleurs. Son objectif n’est pas de nourrir la religion populaire mais d’annoncer l’Évangile et d’édifier les croyants dans la foi.

Comme l’a dit Jésus dans le mandat d’évangélisation : les signes vont suivre les croyants quand ils répandent l’Évangile. La tentation est là pour les croyants et les non croyants de suivre les signes, mais ce serait une inversion de l’ordre donné par le Seigneur.

 

Ni contre

Pierre ne se prononce pas contre cette pratique non plus. Au lieu de s’en préoccuper, il laisse faire. En fait, il laisse la place à la grâce de Dieu. Si le Seigneur veut guérir ces pauvres gens, à quoi bon s’y opposer ?

 

Pierre n’y est pour rien

L’apôtre ne pouvait pas empêcher la lumière du soleil de jeter l’ombre de sa présence sur les gens sur le bas côté de la rue.

Sinon, il aurait dû arrêter le soleil de briller !

 

Deux mouvements

Comment expliquer son attitude dans ces deux situations ? Exigence et indulgence ?

A toute évidence, il est rempli du Saint Esprit qui lui donne le discernement. C’est pourquoi il sait comment réagir à deux situations différentes.

Maintenant, nous pouvons mieux comprendre les paroles et les gestes que l’Esprit lui a inspirés. La différence s’explique par deux mouvements opposés.

Dans le dernier cas, les gens de l’extérieur cherchent à s’approcher des apôtres qui annoncent l’Évangile. Ils ne savent pas trop, ils ne comprennent pas trop, ils sont en train d’en savoir plus sur l’œuvre de Dieu au travers de Jésus, le Seigneur ressuscité et glorifié.

C’est un mouvement de rapprochement. Pierre ne les empêche pas. Il ne met aucune barrière sur leur route. Il faut leur laisser du temps. Ils ne comprennent pas tout d’un seul coup, donc pas besoin de dénoncer tout de suite tel ou tel comportement. Cela va venir. L’essentiel est qu’ils aient une rencontre avec Dieu, dans le Nom de Jésus, le Fils de Dieu. Ensuite, tout va couler de source. Quand ils mettent leur confiance en lui, la repentance va se produire, et leur vie va changer.

Dans le premier cas, il y a un mouvement opposé. Des croyants sont en train de s’éloigner de la volonté du Seigneur. Apparemment, Ananias et Saphira étaient des personnes importantes et connues de tous dans la communauté de l’Église. Ils étaient en train de se créer un espace de liberté, un espace pour faire ce qu’ils voulaient, un prétexte pour dévier de la volonté du Seigneur. Face à la tentation, ils voulaient le fruit offert par le diable tout en restant dans le paradis de Dieu.

Nombre de chrétiens aujourd’hui se mettent dans le même mouvement. Au lieu de rompre carrément avec la foi, ils se veulent encore croyants tout en faisant ce que la Parole déconseille.

Alors là, Pierre est sans équivoque. Cela ne marchera pas !


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