Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes

 

Série "Pierre dans le livre des Actes", # 4 - Message par Evert Van de Poll, le 21 avril 2013.

Lire : Actes 4.1-23

C’est la première confrontation entre Pierre et les autres apôtres d’un côté, et les dirigeants juifs du Sanhédrin de l’autre côté.

Après la guérison de l’homme paralysé devant l’entrée du temple, le mouvement de Jésus attire de plus en plus d’attention.

C’est réjouissant pour ceux qui croient en Jésus le Messie. C’est inquiétant pour les autorités juives, chargés de maintenir l’ordre public dans cette province de l’empire romain. Le peuple juif vit très mal l’occupation romaine, il y eu des mouvements de révolte. La situation est très inflammable.

Le Sanhedrin, le haut conseil juif, composé de grand-prêtres, de scribes et d’anciens, veille à ce que les Juifs puissent pratiquer leur religion librement, tout en étant soucieux de garder la paix avec les autorités romaines. C’est pourquoi ils se méfient de tout mouvement populaire susceptible d’alimenter les sentiments anti-romains et de renverser le statu quo.

De ce point de vue, il juge la prédication des apôtres très inquiétante.

Le Sanhédrin veut couper court à ce mouvement populaire. Il en va de leur autorité, de leur pouvoir, et de l’équilibre politique du statu quo.

En plus, ils estiment que ce mouvement de Jésus le prétendu Messie d’Israël met est dangereux pour la santé publique et pour l’ordre public.

Bref, le Sanhédrin craint des dérives sectaires. Tout comme aujourd’hui le MIVILUD, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre des dérives sectaires.

 

L’audace qui vient du Saint-Esprit

Pierre et Jean sont arrêtés et doivent comparaître devant le tribunal du Sanhédrin.

Les chefs religieux du Sanhédrin leur donnent l’ordre de ne plus diffuser le message de Jésus parmi le peuple.

Et voici Pierre donc qui prend la parole. On se souvient de sa peur, voire sa lâcheté, devant la servante pendant le procès de Jésus.

Maintenant il est comme transformé, plein d’assurance.

En tant que représentant principal de l’Église de Jérusalem, il s’exprime, au grand étonnement de l’assemblée, avec clarté et avec des arguments qui font mouche, alors que les grands-prêtres pensent avoir à faire à des gens simples et sans instruction.

Luc dit clairement d’où viennent cette audace et cette assurance : « Pierre était rempli du Saint-Esprit » (v. 8).

Jésus avait annoncé à ses disciples : « Quand on vous conduira pour être jugés dans les synagogues, ou devant les dirigeants ou les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez ou de ce que vous aurez à dire, car le Saint-Esprit vous enseignera à ce moment-là ce que vous devez exprimer » (Luc 12:11-12, voir aussi Luc 21:15).

Maintenant, les promesses de Jésus s’accomplissent. Le Pierre du reniement d’avant la croix et la résurrection, a été transformé par la grâce du Seigneur qui l’avait rétabli dans son ministère. Jésus n’est plus là, mais l’Esprit-Saint, l’Esprit de Jésus habite en lui. Habité par cette présence, il trouve l’audace de témoigner, la force de résister à l’opposition, les paroles justes pour répondre aux accusations.

Cette transformation, on le voit chez tous les autres disciples à Jérusalem, dont il est le pasteur.

 

Le principe

Retour à la séance du tribunal où Pierre et Jean sont jugés. Le Sanhédrin se contente de les intimider, en leur faisant des menaces effroyables. Si vous continuez comme cela, vous aurez des ennuis et votre vie sera en danger !

C’est mal connaître la force de conviction d’un Pierre transformé par l’Esprit de Dieu que de penser qu’il va se plier à l’exigence de faire de la foi en Jésus une affaire strictement privée dont on ne parle plus dans la sphère publique.

Le Sanhédrin n’a pas encore pris la mesure de ce que Pierre leur avait dit : « car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (v. 20). 

Ce n’est pas de la contestation, ce n’est pas de la provocation, c’est juste un positionnement, l’affirmation d’un principe, prononcée sous forme de question : « Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu » (v. 19).

En prenant une telle position devant le Sanhédrin, Pierre a montré le chemin aux apôtres et à toute la communauté chrétienne : Quand il y conflit entre les intérêts des autorités et la cause de l’Évangile, c’est la dernière qui prime.

On ne pouvait que s’y attendre : un peu plus tard, Pierre est de nouveau arrêté. Deuxième procès. Mêmes accusations, mêmes menaces, et même prise de position de la part de Pierre, cette fois-ci sous forme d’affirmation claire et nette : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes « (5.29).

 

Évident et problématique

On peut dire que Pierre prend le Sanhédrin au piège. Les chefs religieux sont certainement d’accord avec lui pour affirmer que l’homme est appelé à aimer Dieu par-dessus-tout, et qu’il doit obéir avant tout à sa volonté divine.

Sur ce point, ils sont du même avis que Pierre.

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes «

On peut paraphraser ce principe ainsi :

« Il faut respecter les valeurs et les lois morales de Dieu plutôt que la volonté des hommes qui ne les respectent pas «

Ce principe biblique est sacrosaint, dans le judaïsme aussi bien que dans le christianisme. Si la loi des hommes va à l’encontre de la loi de Dieu, c’est la dernière qui prime.

Partout où l’Évangile a été répandu et trouvé accueil, ce principe a été adopté. Il fait partie de l’héritage chrétien de la culture occidentale. C’est là le fondement de la liberté de conscience et la liberté d’expression, deux libertés inscrites dans le marbre des constitutions et des lois.

 

Ce principe est à la fois problématique dans un monde où la vérité de Dieu est contestée, où sévit la méchanceté des hommes.

Problématique, déjà pour le Sanhédrin, face à Pierre et Jean. Leur problème était là : comment interdire la liberté de conscience et la liberté d’expression à ces personnes qui se réclament de Dieu en ce qui concerne leurs convictions ?

 

Pour nous aujourd’hui, le principe qu’il faut obéir à Dieu, c’est-à-dire à ses lois morales, plutôt qu’aux hommes qui ne les respectent pas, semble évidente quand il s’agit de défendre les droits de l’homme face à des régimes oppresseurs. Nous sommes vite d’accord pour dire que dans ce domaine-là, les principes éthiques de Dieu sont les plus importants à respecter. Chaque homme est créé à son image et donc digne de respect.

Or, la même affirmation devient problématique lorsque nous sommes confrontés à des contraintes de tous genres qui nous placent devant un choix difficile, lourd de conséquences.

Le patron qui me demande de travailler le dimanche, tandis que c’est là le moment de se réunir en tant que communauté de croyants.

Mon entourage qui fait pression afin que je me conforme à une façon d’agir que tout le monde, ou presque trouve normal mais qui m’oblige de passer sous silence certaines principes de la Parole de Dieu.

Le gouvernement qui m’oblige d’accepter des lois qui me posent des problèmes de conscience.

Pierre nous montre qu’il est des situations dans lesquelles il faut désobéir aux autorités humaines afin d’obéir à la volonté Divine, et être prêt à en assumer toutes les conséquences.

 

Conflit entre la foi et ce que nous demande la société

Nous devons toujours tenir compte de la possibilité d’un conflit entre notre foi et des lois, des mots d’ordre, des slogans, des intérêts qui seraient, pour dire vite, ceux de la société civile et de la vie en société.

Il y a toutes sortes de lois, de règles, d’obligations, d’interdits, dans tous les domaines de la vie ordinaire, qui tous ont une omerta, une loi du silence, du non-dit, des convenances, des intérêts supérieurs, des solidarités qui font se fermer les bouches, se détourner les yeux et se taire les consciences. Si nous regardons bien, chaque jour nous pouvons nous trouver face à ce rappel : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes «. Oui, chaque jour, au travail, dans la famille, dans la vie associative ou civique, dans l’Eglise même... Chaque jour. Et toujours au risque d’y perdre beaucoup. Cette parole-là pourrait, à la limite, nous faire tenir la tranquillité et la respectabilité de nos vies et de nos Eglises pour une anomalie.

 

Se réclamer de Dieu peut être dangereux

Dire qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, c’est se réclamer de Dieu. Mais soyons prudents, car il nous faut bien prendre en compte que ce mot d’ordre n’est pas sans risque. On peut invoquer le nom de Dieu pour se donner le droit de faire des choses qui ne sont pas du tout conforme à la volonté divine.

Parfois, se réclamer de Dieu devient dangereux. Ce fut au nom de Dieu qui les croisées ont brulé une foule de catholiques et d’hérétiques dans la cathédrale de Béziers, en disant que le Seigneur qui reconnaîtra les siens. C’est au nom de Dieu que certains croyants ont interdit tout rapport avec les soi disant infidèles. C’est au nom de Dieu que les femmes ont été reléguées au deuxième rang, que les Juifs furent discriminés, et que les soldats partaient en guerre contre un pays dont les soldats étaient des chrétiens, eux aussi.

Quel est le problème ?

C’est que ce sont des hommes qui disent ce que Dieu veut, c’est que ce sont des hommes qui se font ses porte-parole et qui interprètent sa loi.

Pensons à ces hommes pieux dans le Sanhédrin.

C’est pour obéir à Dieu qu’ils ont exigé que les femmes infidèles soient lapidées sans procès de justice. C’est pour obéir à Dieu qu’ils ont livré aux Romains et à leur croix ce Jésus qu’ils considéraient comme un blasphémateur, un imposteur, un contestataire.

Alors oui : obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Mais cette réclamation peut devenir dangereuse, quand on confond intérêts humains et la volonté de Dieu. Ce cocktail est parfois criminel, fou, perverse.

L’histoire est remplie d’exemples. Excommunier celui dont le comportement n’est pas conforme, et brûler celui dont la croyance est déviante – tout cela au nom de la présumé volonté divine.

Pierre se met en opposition à des autorités religieuses qui se croyaient investis du droit de décider comment on obéit à Dieu. Du point de vue de Pierre et des apôtres, ces autorités se sont opposées à Dieu en éliminant Jésus, et elles persistent dans cette opposition en cherchant à interdire la prédication du nom de Jésus ressuscité. Elles s’opposent au Dieu de vie. En s’octroyant de droit de vie et de mort, le droit de décider ce qui est vraie obéissance, en inventant même de nouvelles règles et de nouveaux interdits, ces autorités chargées d’interpréter la volonté de Dieu ont pris la place de Dieu lui-même.

Mais Pierre leur rappelle : vous n’êtes que des hommes. Votre autorité est seulement humaine, vos règles sont seulement humaines. Or la tentation permanente des autorités religieuses, c’est de confondre leur pensée, leurs règles, leur action avec celles de Dieu, c’est d’ériger des lois, des observances, des interdits comme s’ils venaient de Dieu.

 

De la soumission à la désobéissance,

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Voilà ce que Pierre dit au Sanhédrin. Ainsi rappelle-t-il à ces hommes que malgré l’autorité et le pouvoir que Dieu leur a confiées afin de gouverner le peuple, il lui est impossible de leur obéir car son obéissance est due à Dieu et non point à une autorité humaine quelle que soit sa dignité ou sa compétence.

Cette prise de position ne veut pas dire qu’il est un anarchiste chrétien, ne reconnaissant aucune autre autorité que celle de Dieu.

Pierre n’est pas un rebelle non plus. Il ne conteste pas la position du Sanhédrin en tant que telle, ni la nécessité d’un pouvoir politique dans la société humaine.

Dans son premier Épître, il revient sur les rapports entre les chrétiens et la société. En particulier les apports avec le pouvoir politique dans la cité. Son enseignement rejoint presque mot à mot celui de l’apôtre Paul dans le fameux chapitre Romains 13. Écoutons ce que dit l’apôtre Pierre : « Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés, étant libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté, mais agissant comme des serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde; aimez les frères; craignez Dieu; honorez le roi » (1 Pierre 2.12-17).

Les autorités dans la cité sont des serviteurs de Dieu. C’est-à-dire, ils servent le dessein de Dieu pour protéger les hommes les uns contre les autres, pour établir une justice sociale, pour défendre le peuple contre des attaquants et pour maintenir la paix.

En tant que chrétiens, nous devons obéissance à ceux qui nous gouvernent. Mais ce n’est pas une obéissance totale, puisque le roi n’est pas Dieu. La sphère politique n’est pas absolue.

C’est parce que nous craignons Dieu que nous honorons le roi. Pierre l’écrit clairement dans cet ordre-là, à l’instar de Jésus qui avait enseigné : rendez à Dieu ce qui revient à Dieu, et rendez à César ce qui revient à César. Notre fidélité principale est à Dieu, tandis que nous payons les impôts et le respect dus au gouvernement.

C’est parce que nous reconnaissons que Dieu est l’autorité suprême que nous reconnaissons qu’il a confié une autorité aux pouvoirs publiques pour gouverner la société.

C’est parce que nous obéissons à volonté de Dieu, que nous nous soumettons aux autorités dans la cité.

Toujours faut-il que leur autorité est légitime et que l’ordre n’est pas évidemment contraire à la loi divine.

Formes subtiles de dictature

La société moderne et ses dirigeants laïques cherchent l’autonomie de l’homme et la liberté en se dédouanant de Dieu. Or, cette autonomie est un mensonge ontologique, parce que l’homme n’existe ni par lui-même ni pour lui-même.

Si Dieu n’existe pas, si Dieu n’est pas une instance accessible à l’homme, comme le prétendent tant d’intellectuels et de dirigeants politiques, il ne reste comme instance suprême que le consensus de la majorité du peuple. Par conséquent, le consensus de la majorité devient le dernier mot auquel nous devons obéir.

L’histoire du siècle dernier nous a appris que le consensus de la majorité du peuple peut aussi être un ‘consensus dans le mal’.

Les temps ont certes changé. Grâce à Dieu, nous ne vivons plus sous des dictatures telles le nazisme, le fascisme ou le communisme, mais il faut se méfier des apparences. Aujourd’hui, il existe une forme subtile de dictature, à savoir le conformisme, le politiquement correct, l’opinion publique, les thèses de la science laïque, etc. qui rendent obligatoire de penser comme tout le monde, d’agir comme tout le monde. On assiste à des agressions subtiles contre l’Église, ou parfois moins subtiles, qui montrent que ce conformisme peut vraiment être une dictature.

Pour nous voici ce qui compte : il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

 

Ce que nous réclamons

Comment concilier : Dieu est au-dessus de nos lois, fussent-elles démocratiques, et : Tout le monde doit se soumettre aux lois et aux principes de la démocratie ?

Je pense qu’on peut trouver quelques pistes dans le comportement de Pierre devant le Sanhédrin.

Premièrement, Pierre demande juste une liberté, un droit à la liberté d’expression. Il faut distinguer le « droit-liberté » du « droit-créance ». Le « droit-créance » demande une action, une prestation de la part du pouvoir. Le droit au travail, le droit au logement sont des « droits-créances ».

En revanche, les « droits-liberté » demandent une abstention de la part du pouvoir : s’abstenir d’empêcher ou de réprimer. La liberté d’expression que demande Pierre ne demande pas de prestation, juste de ne pas être empêché de parler.

Deuxièmement, cette liberté d’expression n’est pas contraignante pour les autres, elle n’oblige pas à rester pour écouter. Chacun reste libre d’adhérer ou pas au message de Pierre.

Ce conflit entre autorités religieuses et Pierre persiste encore aujourd’hui entre les autorités civiles et les demandes religieuses, entre la pensée dominante et les courants minoritaires. Le partage n’est pas facile à faire, nous le voyons souvent dans nos journaux.

Rappelons-nous que la pratique de la foi chrétienne dans son essence, à la suite de Jésus, a toujours été de chercher des voies d’ouverture et de non-violence où le chrétien renonce à son droit plutôt que de devenir intolérant.

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