Le désir construit, la convoitise détruit

 

Décalogue # 10 - Message par Evert Van de Poll, le 3 mars 2013

« Au lieu de prendre plaisir de ce qu’il possède, l’homme souffre davantage de ne pas avoir ce qu’il désire » (Rémy Montalée).

Cette phrase nous renvoie au dixième commandement : «  tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni la femme de ton prochain…., ni quoi que ce soit appartenant à ton prochain ».

Dans cette dernière parole du Décalogue, le Seigneur condamne la convoitise sans donner des raisons ou des explications. Il nous dit, tout simplement, que la convoitise est une attitude à éviter à tout prix. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. Tu ne convoiteras les biens de ton prochain.

Après avoir donné les Dix Commandements, le Seigneur a donné plus de précisions par rapport à la convoitise, aussi bien par les prophètes dans l’Ancien Testament que par les apôtres dans le Nouveau Testament. Jésus, le Fils de Dieu, en a parlé à plusieurs reprises.

Tout cela nous permet d’y voir plus clair.

 

Particularité du 10e commandement

La plupart des Dix commandements, et de tous les commandements qui vont suivre, concernent des actes plutôt que des intentions. Seule l’interdiction d’adorer et de servir d’autres dieux, dans le 2e commandement, va plus loin, car elle ne concerne pas seulement les actes d’idolâtrie mais aussi la disposition du cœur.

Or, le 10e commandement ne vis que la disposition du cœur. Le cœur de tous les problèmes qu’il peut y avoir entre les hommes, c’est le problème du cœur. Le cœur des tous les problèmes dans le domaine religieux, c’est le problème du cœur.

Tant que l’on n’attaque pas ce problème, on n’arrivera jamais à respecter les commandements.

C’est pourquoi il fallait y ajouter un dernier, qui ou rend attentif à ce qui se passe en nous. Nos intentions. Nos rêves. Nous aspirations.

Invisibles aux autres, mais bien réelles. Cachés derrière toute une façade de comportement respectable, de bonnes œuvres, de piété et je ne sais pas combien de choses tout à fait louables. La convoitise nous renvoie à l’univers psychique de l’âme. Elle s’y est introduite quand Adam et Eve se sont laissé séduire par la tentation de porter leur désir sur un objet interdit : le fruit de l’arbre. Ce fruit symbolise les limitations imposées par le Créateur. Les frontières à ne pas transgresser. Dans les traditions juive et chrétienne, ce fruit représente les commandements de Dieu.

Les premiers humains ont porté leur désir sur l’interdit. Cette convoitise est devenue le talon d’Achille de l’humanité. La porte d’entrée de tous les maux que nous propose le diable.

 

Convoiter et désirer

Convoiter, c’est la volonté obsessionnelle d’avoir ce qui appartient à autrui. La convoitise émane de la jalousie, et c’est là un sentiment destructeur.

Or, il faut bien préciser. On peut avoir le désir de réussir sa vie comme son prochain. Un désir de vivre une vie de couple aussi heureuse que celle de son frère. Un désir d’avoir autant de biens que son voisin. Tout cela n’est pas forcément une question de jalousie. On peut prendre un exemple à quelqu’un d’autre. On peut s’inspirer de sa façon de vivre. De tels désirs nous sont naturels. Ils sont tout à fait permis. Plus encore, ils nous permettent de construire notre vie.

Mais quand on devient jaloux, quand on n’est pas content pour l’autre qui a plus que moi, le désir d’être comme lui ou d’avoir ce qu’il a, se transforme en quelque chose de négatif que la Bible appelle convoitise

En fait, il faut distinguer la convoitise et le désir. Déjà parce que La Bible emploie différents mots, tahmod pour la convoitise et hèphèts pour le désir. La différence fondamentale entre les deux réside dans l’objet que l’on poursuit.

Le 10e commandement n’interdit pas le désir, mais nous montre les limites de nos désirs. On ne peut pas tout avoir. Il y a des choses que l’on ne doit pas désirer.

La convoitise est l’ambition de jouer de l’objet convoité, de vouloir posséder ce qui ne nous appartient pas.

Dans le grec du Nouveau Testament il y un seul mot pour les deux, epithumia. C’est un mot ambivalent, puisqu’il se traduit, tantôt par désir légitime et louable, tantôt par désir interdit, néfaste, ou bien convoitise.

Toute la question donc est de savoir sur qui ou sur quoi nous allons porter nos désirs.

 

Désirer est une fonction de vie

Désirer est quelque chose de naturel. L’homme est un être de désir ; l’humain ne peut vivre sans désirer assouvir ses besoins naturels.

Le nourrisson réclame le sein de sa mère, le lait qui le nourrira.

Devenu grand, la quête pour assouvir ses besoins naturels et ceux de sa famille le conduira à parcourir son propre cheminement.

L’homme, la femme ne peuvent vivre et survivre sans avoir de désir et sans les satisfaire : j’ai soif ou j’ai faim, ces désirs me poussent à boire ou à manger. Le désir et comme un appel à la vie. Il nous pousse à nous défendre, à développer de bonnes conditions de vie, à chercher des solutions aux problèmes pratiques, à inventer, à construire des choses, à apprendre sans cesse, à enseigner et à transmettre ce qui a de la valeur pour nous.

Le désir est une fonction de la vie.

 

Désirs spirituels

En plus des désirs naturels, il y a des désirs spirituels. La Parole de Dieu nous encourage à porter notre désir sur Dieu, sur sa Loi, sur sa présence, sur la connaissance de sa volonté, sur la justice, sur la miséricorde, sur tout ce qui est bon et agréable.

Je désire ardemment une chose, c’est de demeurer dans la maison de Dieu (Psaume 27).

Cherchez avant tout le Royaume de Dieu, c'est-à-dire désirez le règne de Dieu dans votre vie et dans le monde, et toutes les autres choses vous seront donné (Matthieu 6.31).

Je désire vous voir, afin de partager des encouragements (Romains 1.11).

Désirez les dons spirituels (1 Corinthiens 11).

Je désire quitter la tente terrestre et être auprès du Seigneur (2 Corinthiens 5).

De tels désirs nous donnent la motivation de progresser, ils vont porter de bons fruits.

 

La convoitise, source de toutes les transgressions

Par contre, si le désir porte sur un objet interdit, il se transforme en convoitise.

Puis, la convoitise peut se dégénérer en rancune, amertume, aigreur, jalousie, et de tels sentiments peuvent nous pousser au meurtre, à l’adultère, au vol, au faux témoignage.

Ils peuvent nous amener également à ne plus jamais prendre du temps pour le Seigneur, à maudire nos parents, à tourner le dos au Seigneur, à servir d’autres dieux, le dieu de l’argent, le dieu du plaisir, le dieu du matérialisme, et j’en passe.

Ainsi, la convoitise est-elle à l’origine de toutes les transgressions de la loi de Dieu.

Renforcée par la jalousie, la convoitise peut être considérée comme la mère des vices.

De même que le désir est une fonction de la vie, la convoitise peut devenir le courtier de la mort.

David désirait Batséba, nous connaissons la suite de cette histoire. David a transgressé toute une série de limites imposées par Dieu. Sa convoitise a eu des conséquences dramatiques.

Cette histoire est  bien connue, et quelque peu exceptionnel.

 

Conséquences spirituelles

Quand on est mangé pour un désir charnel, comme David, ou par un désir matérialiste, un désir de revanche, ou n’importe quelle autre convoitise, cela a toujours un effet spirituel : notre désir pour la Parole de Dieu s’étouffe, notre vie spirituelle s’étiole, nous n’avons plus le désir ardent de suivre le Seigneur.

Jésus l’a clairement dit dans la parabole du semeur : certains reçoivent la semence parmi les épines. Ces personnes ont accueilli l’Évangile, elles font partie de l’Église, mais petit à petit elles perdent la flamme de la foi. Pourquoi ? Jésus dit :

Ce sont ceux qui entendent la parole, mais en qui les soucis du siècle, la séduction des richesses et l`invasion des autres convoitises, étouffent la parole, et la rendent infructueuse (Marc 4.19). 

L’apôtre Jacques résume que le mal ne vient pas de Dieu mais de la disposition de notre cœur : Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu`elle a conçu, enfante le péché; et le péché, étant consommé, produit la mort. (Jacques 1.14-15).

 

Consommation

L’économie de marché repose sur la convoitise. La publicité dans les magasins, dans la presse, à la radio, à la télévision, sur Internet vise à faire naître et à entretenir le désir d’objets dont nul ne se soucierait s’il n’y avait pas de publicité.

La Bible nous apprend d’être contents avec ce que l’on a.

La publicité a pour objet d’arracher l’homme à ce bonheur d’être content de ce que le Seigneur nous donne à vivre, pour le pousser à a consommation de ce qu’il n’a pas et que son voisin n’aura probablement pas encore.

Il est intéressant de noter que consommer vient de la même racine latine que le mot consumer. Quand on ne vit que pour la consommation de biens matériels, on finit par être consumé !


Les apparences et le cœur – qui suis-je pour juger l’autre ?

Comment Jésus nous enseigne-t-il ce 10e commandement ? Les semaines passées, nous avons évoqué ses commentaires par rapport aux commandements précédents. Nous avons vu que Jésus va systématiquement plus loin que les actes de transgression. Si quelqu’un passe à l’acte, c’est qu’il y a quelque chose derrière, quelque chose qui le pousse à transgresser telle ou telle loi.

Or, beaucoup de gens qui ne passent pas à l’acte connaissent les mêmes mauvaises pensées et les mêmes pulsions que les personnes qui vont jusqu’à voler un bien d’autrui, ou jusqu’à coucher avec l’épouse de leur prochain. Cela veut dire qu’au fond, ils ne sont pas meilleurs. Dans l’imaginaire de leurs pensées, ils ont déjà fait ce que d’autres font concrètement. Par conséquent, les apparences sont trompeuses. A l’apparence, une personne peut sembler tout à fait respectable, tout en ayant des pensées tout aussi détestables que celles des meurtriers, des voleurs et de menteurs. Elle aurait honte si tout le monde les connaissaient.

 

Jésus nous juge selon ce qui se passe dans notre cœur

Nous savons que Dieu ne juge pas selon les apparences, mais selon ce qui se passe dans nos cœurs.

Jésus, le Fils de Dieu, Dieu devenu homme, juge selon les critères de Dieu le Père. Il regarde notre intérieur, notre cœur. Lors d’une discussion avec les pharisiens, qui étaient soucieux de respecter la loi, Jésus dit clairement : « Car c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Matt 15.19).

Ici, Jésus mentionne explicitement le meurtre (6e commandement), l’adultère et les impudicités (7e commandement), le vol (8e commandement), les faux témoignages et les calomnies (9e commandement).

 

Mauvaises pensées : la convoitise

Jésus évoque également les mauvaises pensées. Je pense que l’on peut rapporter au 10e commandement, qui nous met en garde contre la convoitise. Ainsi, son affirmation couvre toute la deuxième Table de la Loi – celle qui concerne les rapports entre les humains dans la société : les commandements 6 à 10.

Si Jésus mentionne les mauvaises pensées et donc la convoitise du 10e commandement en premier, c’est que ce dernier commandement fonde tous les autres commandements.

Le 10e commandement nous amène au cœur de tous les problèmes dans ce domaine, que ce soit l’atteinte à la vie d’autrui, le non respect de ses biens, l’infidélité dans le mariage, l’inconduite sexuelle, ou les diffamations de tous genres. Le cœur de tous ces problèmes est le problème du cœur. C’est là que se trouvent les sources de toutes les transgressions de la loi de Dieu.

 

Le remède contre la convoitise

Nous sommes tous assaillis, voire envahies pour les convoitises de ce monde. En tant que chrétiens, cela nous donne de la peine.

Mettre en garde contre le danger de la convoiter ne suffit pas. Le 10e commandement, comme toute la Loi nous rend conscient de notre penchant pour le mal. Ils nous font comprendre que nous avons besoin de l’aide.

La convoitise est comme un virus, elle envahit nos pensées et nous rend malades, spirituellement, psychiquement, moralement. Quand le virus est entré, il faut un remède, un traitement.

Eh bien, Jésus a dit : je suis venu pour ceux qui se savent malades dans leur âme.

C’est lui qui nous apporte le remède. Ce remède s’appelle la grâce. La grâce de son pardon. La grâce d’une relation avec Dieu. La grâce de vivre sa paix et sa présence, par le don du Saint Esprit qui habite en nous.

Quand la jalousie et la convoitise surgissent dans le cœur, nous pouvons nous ouvrir humblement à la présence de Dieu, en priant :

« Seigneur, j’avoue cette convoitise en moi, je te demande pardon, et je te demande de m’aider à porter mes désirs sur ton Royaume, ta volonté ».

Quand on entre dans cette relation de grâce avec Dieu, on a tout ce que l’âme désire.

Le Seigneur est mon Berger, rien ne me manque (Psaume 23.1)

La présence du Seigneur apaise notre cœur.

Elle nous permet d’être contents, quand nous n’avons pas tout ce que nous voudrions.

Certes, cela prend un effort. Il faut activement Rejetez donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l`envie, et toute médisance, dit l’apôtre Pierre. Cela nous donnera de nouveau envie de ce que Dieu veut nous donner.

Désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon (1 Pierre 2.1-3).

Parfois, cela prend toute une période. Des jours, des semaines, voire des années pour être libérés d’une convoitise tenace.

Mais il faut toujours espérer, ne jamais désespérer. Toujours faire confiance. Progressivement, la présence du Seigneur va nous rendre plus fort. Ainsi, le cœur se rétablit. Ainsi, la convoitise se transforme en désir positif.

 

Une discipline pour la santé spirituelle

Ceci étant dit, le Seigneur nous demande, comme un bon médecin, de coopérer à notre rétablissement. La santé, cela se travaille. Par des exercices, et par une certaine discipline.

Plus on est faible, plus on est vulnérable. Plus on est en forme, plus on y résistera.

Comment maintenir nos désirs en bonne forme ? L’apôtre Paul nous donne un conseil très important : 

Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.

Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l`approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l`objet de vos pensées (Philippiens 4.6-8).

Faisons-en un programme quotidien, un exercice pour notre santé spirituelle. Au lever du jour, se donner un moment de prière et de silence. Pendant ces quelques instants nous pouvons consciemment penser à des choses qui vont nous construire, des choses positives, les bienfaits de la création, les bienfaits de Dieu.

Ces pensées vont nous accompagner tout au long de la journée.

Enfin, juste avant de vous coucher, prenons encore un moment de prière pour dire à Dieu notre reconnaissance, pour laisser les soucis et les souffrances entre ses mains, et puis, avant de vous endormir, nous pouvons encore une fois penser à des choses qui nous ont fait du bien, des choses positives, les bénédictions de Dieu, et sa présence pendant le repos de la nuit.
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