La vérité sur le faux témoignage

 

Décalogue #9 - Message par Yanna Van de Poll, le 24 février 2013

Il était une fois un homme qui dit à ses voisins des choses méchantes sur le rabbin. Plus tard, il se sentit très mal d’avoir médit et il supplia le rabbin de le pardonner. Le rabbin répondit qu’il accorderait son pardon à l’homme … si celui-ci perçait un oreiller de plume et laissait celles-ci s’envoler au vent. L’homme fit ce que le rabbin lui demandait et, alors qu’il s’exécutait, les plumes s’envolèrent dans toutes les directions. Certaines volèrent au-dessus des maisons, d’autres empruntèrent les rues, ou atterrirent dans des buissons. Il y en eu même qui disparurent complètement.

« Vas-tu me pardonner maintenant ? » demanda l’homme.   

« Oui, je vais te pardonner », répondit le rabbin, « aussitôt que tu auras recueilli toutes les plumes. »

« Mais c’est impossible ! » s’écria l’homme en montrant du doigt les toits, les rues, les arbres et les buissons.   

« Tu as raison », répondit le rabbin, « quand on dit du mal de quelqu’un, le mal se répand comme ces plumes, dans toutes les directions. Il est impossible de récupérer complètement ce qui a été dissipé ».

Cette histoire nous amène au cœur du neuvième commandement : tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain : Ex 20.16. Ce matin je vous propose de réfléchir à la question : comment ce commandement s’applique-t-il à nous ?

 

1. Cadre juridique

D’abord, le premier cadre de ce commandement est le cadre juridique. Le langage utilisé dans notre commandement évoque un témoignage dans un tribunal. Or,  dans la Bible un jugement est basé sur les témoins.

Lisons-le en Deutéronome 19.15-19

Dans ce texte on ne peut pas accuser quelqu’un sans plusieurs témoins. La Bible parle de  deux ou trois témoins.  Pourquoi ? C’est pour nous protéger. Ceci est d'autant plus important que dans l'ancien Israël, les documents écrits relatant les cas déjà traités n'étaient pas nombreux. C'est aussi pour cette raison que la Torah prévoit au moins deux témoins. Des témoins fiables. Selon Deutéronome, le témoin qui dit des mensonges dans l'intention d'accuser son prochain est passible d'une peine très sévère :  « il était condamné à subir la même peine que celle qu'il voulait faire subir à son accusé ».

Dieu insiste dans sa Parole sur l’importance de l’intégrité et de l’honnêteté des témoins : « Tu ne colporteras pas de faux bruit. … tu t’abstiendras de toute parole fausse »  (Ex 23.1-7). Colporter une rumeur dans l'intention de nuire, c'est faire l'œuvre d'un faux témoin.

Notre commandement nous protège donc contre les faux accusateurs. Si tu veux que quelqu’un soit condamné, tu ne peux pas le faire comme ça,  non, il faut des témoins fiables. Si tu accuses ton conjoint de  t’avoir trompé avec quelqu’un d’autre, dans ce cas-là aussi tu as besoin des témoins fiables.

Même dans la société française. La loi française prévoit plusieurs sanctions à l’obligation de sincérité qui pèse sur le témoin. Outre le fait qu’il manifeste une atteinte au respect dû à l’autorité judiciaire, le faux témoignage constitue en effet une transgression du serment prêté par le témoin dont les conséquences judiciaires peuvent être dramatiques. J’ai lu quelque part que le témoignage mensonger fait sous serment devant toute juridiction est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.  

Malheureusement, il y a des gens qui veulent absolument que quelqu’un soit condamné et quand ils ne trouvent pas de témoins, qu’est-ce qu’ils vont ? Voilà, ils cherchent des faux témoins. Et comment les trouver ? Soit ce sont des gens de mauvaise foi, des incrédules qui sont prêts à tout. Soit, tu les trouves contre de l’argent ou contre des pots-de-vin. L’Ancien Testament en parle justement :  « Tu ne rapporteras pas de rumeur vaine.... Tu te tiendras éloigné d'une parole mensongère. Tu n'accepteras pas de pot-de-vin, car le pot-de-vin aveugle les clairvoyants et fausse les paroles des justes » (Ex 23.1-8).

Dans ce verset le faux témoignage est la cause de certains maux comme les pots-de-vin  ou de toutes choses qui font dévier le droit.

Dans les évangiles on trouve un flagrant exemple  de ce cas de figure quand le sanhédrin voulait condamner Jésus pour le faire mourir.  Le Sanhédrin était l'assemblée législative traditionnelle du peuple juif ainsi que son tribunal suprême qui siégeait à Jérusalem. Le sanhédrin voulait donc hypocritement conserver les formes de la justice que la loi exige, c’est-à-dire : avoir des témoins, en l’occurrence des faux témoins.

Lisons-le en Marc 14.55-56 : « Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient pas, car plusieurs rendaient de faux témoignages contre lui, mais les témoignages ne concordaient pas ».

Nous savons qu’ils ont finalement trouvé une parole de Jésus sur laquelle ils ont basé leur faux témoignage : « Détruisez ce temple  et en trois jours je le relèverai » (Jn 2.19). Cette parole fut retournée contre Lui, mais détournée de son sens. Il reposait sur une fausse interprétation, voire une falsification de sa pensée. Nous savons la suite de ce procès, Jésus est condamné à mort.

Dans la Parole un faux témoignage est grave. Dieu condamne sévèrement cette pratique. Nous lisons  par exemple dans le livre des Proverbes : « Le faux témoin ne sera pas tenu pour innocent, et celui qui profère des mensonges n’échappera pas » (Pr 19:5) ; ou encore dans le même livre :  « Le témoin menteur périra …» (Pr. 21:28) ; et « Les lèvres fausses sont en horreur à l’Éternel, mais ceux qui agissent avec fidélité ont sa faveur » (Pr. 12:22).

 

Cadre fraternel

Voilà pour le cadre juridique. Maintenant on va voir comment Jésus rebondit sur notre commandement en Matthieu 18.15-17. Il va beaucoup plus loin dans l’application.

Lisons ce passage.

Jésus évoque le principe de deux ou trois témoins. C’est en fait loi d’application du 9ième commandement que nous trouvons en Dt 19 que nous avons lu tout à l’heure. Mais ici Jésus l’applique non seulement au cadre juridique, mais aussi au cadre de l’église, de la communauté.

Les versets 14 et 21 utilisent l'expression "ton frère" ou "mon frère", cette expression incluant bien sûr aussi les soeurs. Ce que Jésus nous enseigne ici concerne donc les relations dans l'église. Et même si au moment où Jésus parle, il n'existait pas encore d'église, il parle néanmoins au verset 17 de l'assemblée, au sein de laquelle les problèmes relationnels doivent être réglés.

De quoi parle Jésus ? Il parle d’un péché et comment traiter le péché. D'une manière générale, rappelons-nous trois choses :

 

1) Nous sommes tous pécheurs :

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous », écrit l’apôtre Jean (1 Jean 1.8). Ou encore l’apôtre Paul : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom 3.23). Donc, Jésus parle dans ce passage à nous tous.

Donc, si nous devons reprendre quelqu’un, nous devrions le faire dans un esprit de douceur, comme propose l’apôtre Paul : « Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté ». (Galates 6:1)

 

2) Jésus n'est pas venu pour juger et condamner les pécheurs 

En revanche, il « est venu dans le monde pour  sauver des pécheurs ». (1 Timothée 1:15).

Ce qui est tout à fait remarquable dans ces versets c’est que le Seigneur ne veut pas que le pécheur soit montré du doigt,  puni ou condamné, mais au contraire qu'on l'aide à se relever. Comme quelqu'un qu'on aime et à qui on veut faire du bien et surtout pas du mal, même si lui nous en a fait.  Il est important de le préciser, parce que cela ne nous est pas naturel.

Dans ce passage Jésus explique que l’objectif de reprendre un frère ou une sœur est de le gagner.   Pas pour le condamner. Comme l’apôtre Jacques écrit plus tard: « Mes frères et soeurs, si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, sachez que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » ( 5.19-20).

 

3) Dans ce texte, Jésus nous apprend à ne pas dissimiler les péchés, mais à les traiter.

Pour le régler, on doit reprendre le pécheur pour qu’il reconnaisse son péché pour obtenir le pardon. « Si nous reconnaissons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de tout mal » écrit l’apôtre Jean (1 Jean 1.9).

Mais dans le cas où  le frère en question ne t’écoute pas, il faut prendre des témoins, afin que toute l’affaire soit réglée sur la déclaration de deux ou de trois témoins. Et quand Jésus parle des témoins, Il parle des témoins fiables, car l'objectif reste toujours de gagner le frère. Il faut donc retourner le voir, mais cette fois-ci en prenant une ou deux personnes avec soi. Des personnes dont le rôle est de d'aider les deux parties à y voir clair, en toute discrétion et impartialité. Ces personnes doivent donc être choisies pour les qualités qui permettent de répondre à cet objectif.

La présence des témoins est très importante. L’apôtre Paul reprend cet enseignement de Jésus quand il dit à Timothée : « ne reçois pas d’accusation contre un ancien, si ce n’est pas sur la déposition de deux ou trois témoins » (1 Tim 5.19). S’il n’y a pas de témoins, il ne faut pas accepter l’accusation contre un ancien. Cela nous amène au troisième point : le regard de l’apôtre Paul sur  notre commandement.

 

Cadre personnel

Le troisième cadre de notre commandement est le cadre personnel. Car d’où vient un faux témoignage ? Quand Jésus parle des commandements, Il dit clairement : « Car c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, mes calomnies » (Matt 15.19). Dans notre cœur se trouvent les sources de tous les mensonges ; la rancune, la jalousie, la colère, le ressentiment, la volonté de revanche, l’orgueil. Bref, tout ce qui nous amène à mentir et à tordre la vérité, à inculper les autres au lieu d’être honnête. Dans ses épîtres l’apôtre Paul va dans le même sens, il nous met  en garde contre toute parole malsaine et contre tous les mensonges. Lisons-le en Eph 4.25, 29-32 : « Rejetez le mensonge et que chacun de vous parle avec vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres… qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole malsaine, mais s’il y a lieu, quelque bonne parole qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent. N’attristez pas le Saint Esprit… » (Ephésiens 4.25, 29, 30).

Paul   donne de précieux conseils aux Éphésiens pour parler selon la vérité pour ne pas  attrister l’Esprit de Dieu. Dire la vérité, mais avec amour : « En disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ » (Ephésiens 4.15).

Le faux témoignage, dont le mensonge est un des avatars, est ce qui nous dresse les uns contre les autres.

Avouons-le,  lorsque nous entendons quelque chose de mal à propos de quelqu’un ou qui le place sous un mauvais éclairage, nous avons tendance d’avaler ces paroles comme des friandises pour citer Salomon. Il a écrit : « Les paroles du médisant sont comme des friandises, elles pénètrent jusqu’au fond des entrailles ». (Prov 18.8).

Est-ce que nous le reconnaissons ? Est-ce que ce n’est pas vrai ? Oui, mais nous savons aussi que c’est trompeur, car combien de relations sont empoisonnées par des commérages. Combien de gens souffrent des conséquences des calomnies ?

Des commérages détruisent la réputation de quelqu’un, comme dans notre histoire du début. Même si la vérité est établie par la suite, même si le fauteur s’est repenti, la réputation de cette personne est pour toujours entachée. Comme un ancien proverbe dit : « Vous pouvez toujours calomnier, même que la vérité soit rétablie, il reste toujours des traces de la calomnie ». C’est pour cela que Dieu a en horreur les lèvres fausses.

Par amour pour notre prochain, nous devrions donc refuser  la calomnie et les mensonges dans l’église. Car nous sommes membres les uns des autres, disait Paul.

L’amour pour notre prochain est finalement l’objectif de notre commandement. Si on garde cela en tête,  on peut comprendre que dans des situations de persécution exceptionnelles, un mensonge peut s’imposer. Ainsi, Rahab a trompé les persécuteurs des espions israélites (Josué 6). Lors de la Seconde Guerre Mondiale bien de gens qui avaient caché des Juifs, ont menti afin de les protéger. « Quand il est une question de vie ou de mort, et qu’un mensonge peut sauver une vie, il est permis de mentir », a dit Corrie ten Boom, chrétienne et victime du régime nazi. Je pense qu’elle avait raison, puisque dans de tels cas le mobile du mensonge n’est pas le mépris du prochain mais le contraire : l’amour du prochain.

Cet objectif :  l’amour pour son prochain rejoint la traduction littérale de notre commandement par  Chouraqui (en 1985) : « Tu ne répondras pas contre ton compagnon en témoin de mensonge. ». Tu ne répondras pas contre ton compagnon. En d’autres termes tu ne répondras pas à la place de ton prochain en témoin mensonger.  En fait, c'est de parler à la place d'autrui que l'on devient un faux témoin.  Le fond du problème est bien de dénier à autrui sa place et de refuser de l'entendre. On discrédite quelqu’un aux yeux des autres qu’on ne peut plus restaurer.

Donc, porter un faux témoignage est la preuve qu’on n’aime pas son prochain.


La vérité sur le faux témoignage

En clair, la vérité sur le faux témoignage se trouve en Christ. Lui seul peut nous donner l’amour pour notre prochain par son Esprit. C’est seulement par cet amour que nos témoignages seront vrais et fiables.  Car la seule vérité se trouve en Jésus-Christ, Il est la vérité et la vie. En dehors de Lui, il n'y a pas de vérité.

C'est à travers Jésus que nous pourrons juger en vérité tout ce qui se passe autour de nous. Il serait vain de notre part de pouvoir porter un jugement « objectif » sur quelqu’un, sur le monde ou encore sur l'histoire, alors que seul en Christ nous connaîtrons la vérité sur notre prochain, sur le monde et l'histoire.

Que le Seigneur nous aide à mettre en pratique le principe : dire la vérité avec amour. Car ce principe s’applique à tous les aspects de notre vie quotidienne : notre vie de couple, notre vie de famille, notre vie professionnelle, etc. Là où le Seigneur nous a placés. Chaque jour nous avons besoin de son Esprit pour nous aider à marcher dans la vérité.  

J’aimerais terminer avec  quelques versets du Ps 15.1-3 : « Eternel, qui séjournera dans ta tente ? Qui demeurera sur ta montagne sainte ? Celui qui marche dans l’intégrité, qui pratique la justice. Et qui dit la vérité selon son cœur. Il ne calomnie pas de sa langue. Il ne fait pas de mal à son prochain et ne jette pas le déshonneur sur ses  proches ».

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