Respecter l'autre en respectant ses bien

 

Décalogue # 8 - Message par Evert Van de Poll, le 17 février 2013

Peter, un compatriote à moi, a élu domicile en Suisse. Un jour il lui est arrivé quelque chose de très étonnante. En retournant en voiture de l’un de ses multiples voyages, il ne peut se garer devant sa maison puisque la rue est bloqué par un grand camion d’une entreprise de déménagement.

— Tiens, se dit-il, les voisins vont déménager. Pourtant, ils ne m’en ont pas parlé.

Il se gare un peu plus loi, sort de sa voiture, se dirige vers sa maison et alors là : grande surprise : trois ou quatre hommes costauds entrent et sortent de sa maison à lui. Ils sont en train de vider de la vider de tout ce qu’il y a dedans.

Choqué, Peter reste comme surgelé devant le spectacle qui se déroule devant ses yeux.

— Ai-je voulu déménager, se demande-t-il ?

— Est-ce que ma femme a acheté une autre maison lorsque j’étais en déplacement, et organisé le déménagement ? Pas pour autant que je sache.

Apparemment, les gens autour de lui ne se sont pas inquiétés. Ils laissent faire. On voit leurs rideaux tirés, et on se les imagine bien en se disant : « Ah, les voisins vont déménager. Ils auraient dû nous le dire. On leur aurait donné un coup de main. »

Reprenant ses esprits, il se rend compte qu’il assiste à une forme de cambriolage très maligne et très répandu : les cambrioleurs se font passer pour des déménageurs et attaquent en plein jour, quand les habitants travaillent. Vous pouvez mettre les serrures que vous voulez, ils entrent et savent déjouer l’alarme.

Aujourd’hui, les déménageurs ne savent pas que ce monsieur qui s’approche d’eux, est le propriétaire. Qu’est-ce qu’il fait ?

Bon chrétien, il se souvient soudainement de la parole de Jésus de ne pas résister au malfaiteur qui prend votre tunique, mais de lui en proposer un deuxième.

Interpellé par cette pensée, il décide de la mettre en pratique. S’approchant des hommes, il dit : « Messieurs, je vois que vous travaillez dur. Est-ce que je peux vous donner un coup de main ? » Surpris, ils hochent de leur tête que oui, pourquoi pas.

Pendant les quelques heures qui suivent, Peter se démène pour aider les déménageurs dont il sait très bien qu’ils sont des voleurs. De surcroit, des voleurs de ses biens. Son piano, ses livres, son téléviseur, sa machine à laver, ses meubles Louis XIV… tout.

Quand le boulot est terminé, il s’assoit avec eux pour souffler et se désaltérer.

« Vous habitez dans le quartier, lui demande l’un des hommes ? »

« Oui, j’habite dans le quartier. Pour tout vous dire, j’habite ici. Vous êtes chez moi. »

Cela dure quelques secondes avant que les cambrioleurs se rendent compte de ce qui se passe, et là, ils prennent la poudre d’Escampette pour déguerpir le plus vite possible.

Pierre ne les en empêche pas, sachant qu’il n’est pas un champion de boxe. Que pourrait-il faire contre ses gaillards?

Quand le camion disparaît de sa vue, il se rend tranquillement chez le voisin.

« Est-ce que je peux utiliser votre téléphone ? Je veux appeler la police. »

Qu’est-ce que « voler » ?

Avec cette histoire vraie, nous sommes au cœur du 8e commandement, « tu ne voleras point ».

Cette loi nous demande de respecter nos prochains, et leurs biens. Le but est de garantir leur liberté aussi bien que la mienne, et de respecter ce dont ils ont besoin pour bien vivre.

Dans la société agricole des anciens Hébreux, le vol concernait avant tout le cheptel et la main d’œuvre humaine. Pas mal de tribus nomades vivaient des razzias effectuées aux dépens d’autres tribus. La loi de Dieu veut couper court à cette pratique.

En plus, le code de la propriété tel qu’il se dégage de la loi, est marqué& par un certain égalitarisme et par le sens de la réciprocité. Il est aussi grave de voler un plus fortuné que soi, que de léser un plus pauvre du salaire qu’on lui doit. L’hypothèque n’est pas parmise à n’importe quelle condition : si l’on a pris un vêtement en gage, il faut le rendre à son propriétaire avant la nuit, puisqu’il en a besoin. Sinon, c’est du vol. Quand au prêt à intérêt, il est strictement prohibé. Prendre de l’intérêt de quelqu’un qui n’a plus suffisamment de moyens pour vivre, et qui doit s’endetter par nécessité, c’est du vol.

Le 8e commandement vise la justice sociale. Il veut nous empêcher de tirer profit de la difficulté de l’autre, de vivre du produit de son travail.

Il nous enseigne le respect de l’autre, et le contentement avec ce que le Seigneur nous donne.

C’est beau, et on peut louer Dieu pour sa merveilleuse Loi.

L’ennui est que l’homme ne le respecte pas.

Quelqu’un a dit que le 8e commandement est le moins respecté de tous les dix commandements. Moi, je n’ai pas fait le calcul, mais force est de constater que jour après jour, il est violé, d’une multitude de manières. L’homme est d’ailleurs passé maître dans l’art de voler, il en existe une multitude de manières, du simple cambriolage à la fraude, en passant par toutes sortes de tricherie.

 

Priver

Respecter le 8e commandement est d’une telle évidence, que tout commentaire semble être superflu. Tout croyant qui se respecte, respectera les biens de son prochain. Or, ne nous trompons pas. Nous sommes tous concernés, soit activement, ne serait-ce que par des vols qui ne disent pas leurs noms.

Dans la société occidentale moderne, on a tendance de l’interpréter comme étant une loi qui protège la propriété privée, mais dans la Bible, comme dans beaucoup de sociétés encore, il s’agit plutôt de la propriété familiale. On n’est pas dans l’individualisme du chacun pour soi. Abraham était riche, mais c’était une richesse partagée avec sa famille étendue et de nombreux serviteurs et servantes. Tous en bénéficiaient.

Notez bien le double sens du mot priver. En Latin, privare signifie, entre autres, « voler ».

Privatiser quelque chose, c’est s’approprier quelque chose qui ne va plus être disponible à la communauté. Le privé, c’est le repli sur soi.

Dans notre société marquée par l’individualisme, nous sommes attachés à notre vie privée, à notre épanouissement et à notre sécurité à nous, mais cela peut nous amener à priver l’autre de quelque chose dont il a besoin : du temps, de l’attention, des moyens de subsistance.

Trop soucieux de sa propre tranquillité, on peut priver son épouse de ce dont elle a besoin, ou alors ses enfants d’une éducation parfois difficile et fatigante.

 

Voler quelque chose qui appartient à Dieu

L’homme peut aussi voler quelque chose qui appartient à Dieu. Comment ?

Lisons Malachie 3.7-12.

Retenir les dons obligatoires, ne pas soutenir l’œuvre du Seigneur, c’est s’approprier quelque chose qui ne nous appartient pas. La traduction Segond porte « vous frustrez Dieu », la Bible du Semeur : « vous volez ». Or, le mot hébreu ici n’est pas le verbe « voler » (nagab) du 8e commandement, mais un verbe dont la signification est plus forte encore : « dérober » (qaba’).

Autrement dit, retenir ce qui revient à Dieu, c’est du larcin.

Malachie a prononcé son message prophétique après le retour d’une partie du peuple d’Israël de l’exile en Babylone. Tout était à reconstruire : les maisons, les champs, les puits d’eau, les routes, les murs de Jérusalem, et le temple de Dieu. Malachie reproche au peuple qu’il est trop concentré sur ses propres besoins matériels, de telle sorte que les Lévites étaient laissés pour compte.

La tribu des Lévites était dispensée du travail quotidien, afin de pouvoir se consacrer à des ministères spirituels : le culte, l’enseignement de la Parole de Dieu, l’accompagnement des gens dans leur relation avec Dieu, rendre justice en cas de litiges. Une partie des Lévites était chargée d’apporter les offrandes du peuple – les sacrificateurs.

Les Lévites n’avaient pas de terres et pas de moyens de subsistance. Ils devraient vivre des prélèvements des récoltes et des revenus du reste du peuple, les fameuses dîmes – soit en monnaie liquide, soit en vivres et en matériaux (cf. Lévitique 27.30-32, Nombres 18.21-29 et Deutéronome 14.24-27, 28.8-12).

Or, les gens à l’époque de Malachie, après le retour de l’exil, considéraient qu’ils n’étaient pas en mesure d’apporter une partie de leurs biens aux Lévites. « On a trop de charges, trop de dépenses, se disaient-ils ». Privés de leurs revenus « normaux », les Lévites se voyaient contraints de délaisser leur ministère et de travailler pour gagner leur vie. Le culte, les sacrifices, l’enseignement furent négligés. La priorité du peuple était la reconstruction matérielle, pas les choses spirituelles ! Accaparés par la nourriture du corps, ils négligeaient la nourriture de leur âme. Quand on néglige à ce point l’entretien spirituel de sa vie, on en subira tôt ou tard les conséquences néfastes : perte de repères, épuisement psychique, problèmes relationnels non résolus, pas de réponses aux questions éthiques, pratiques immorales, et au final, un vide dans le cœur, une vie perdue pour l’éternité.

Par ailleurs, les Lévites devaient apporter leurs dîmes, eux aussi. A quoi ces dons étaient-ils destinés ? Aux besoins matériels des autres, surtout des pauvres !

 

Sanctions pour le voleur

Un deuxième développement de notre commandement est de voir comment il se traduit dans des situations où il y a vol. Chose remarquable, la Loi de Dieu s’intéresse pas tant à la punition du voleur qu’au dédommagement des victimes. C’est dire combien le Seigneur est soucieux de nous aider. Un simple vol peut déclencher des réactions violentes, un engrenage de coups et de contrecoups, et au final jusqu’au meurtre et à la guerre !

Dans les chapitres qui suivent directement le Décalogue, différents cas de figure sont évoqués pour mettre en application le 6e et le 8e commandement (« tu ne tueras point, tu ne déroberas point »). Lire : Exode 21.16-22.17

Par rapport au commandement dont il s’agit ce matin, tu ne déroberas point, le Seigneur nous donne quelques principes pour éviter que les victimes de vol se vengent et fassent justice eux-mêmes.

  1. Le principe « œil pour œil, dent pour dent ».

Selon la charia islamique, c’est main pour main, donc on doit couper la main du voleur. Or, ce texte n’est pas à prendre au pied de la lettre. Ce sont des métaphores pour dire qu’il doit y avoir une juste mesure entre dommage et dédommagement. Pour le vol d’un bœuf, « œil pour œil » veut dire : rendre cinq bœufs. Pour le vol d’une chèvre, quatre chèvres.

Il faut restituer le bien volé, dédommager la perte de revenus. Pas moins, pas plus.

  1. Le principe de la justice.

Au lieu de se venger, les victimes du vol doivent s’en remettre à la justice. C’est à eux que ces lois d’application s’adressent. Le juge est une tierce personne, pas directement concernée, pas biaisée par la blessure et la colère qu’éprouvent les victimes, et donc capable d’un jugement « neutre », juste, équitable et mesuré.

 

L’attitude du croyant envers le voleur

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a commenté plusieurs commandements du Décalogue. Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre… Comme nous l’avons constaté dans les messages précédents, Jésus a radicalisé ces interdits.

Est-ce qu’il a commenté le 8e commandement également ? On dirait que non, puisqu’il ne le cite pas. C’est-à-dire, pas explicitement. Moi, je suis persuadé de ce qu’il l’aborde bien, puisqu’il cite la loi « œil pour œil, dent pour dent ». Comme nous venons de voir, c’est le principe des lois d’application du 8e commandement. Jésus radicalise ce commandement.

Lire : Matthieu 5.38-42

Est-ce que Jésus met à l’écart l’œil pour œil, dent pour dent ? Aucunement. Ce principe demeure, mais attention, il s’applique à l’état de droit, aux juges, aux autorités dans la cité. Ils ont vocation à punir le mal et à promouvoir le bien. C’est une institution de Dieu (Romains 13).

En revanche, ce principe ne s’applique pas à chacun individuellement. Une victime d’un vol n’a pas le droit de se faire justice lui-même, et d’appliquer l’œil pour œil, dent pour dent.

Peter, la victime d’un vol déménagement, a donc bien fait d’appeler la police.

Jésus s’adresse à nous en tant que victimes du mal. Quelle sera notre attitude personnelle ?

Jésus donne quatre cas de figure. Ils ne sont pas à prendre au pied de la lettre mais comme des illustrations d’un principe. Quel principe ?

Je ne crois pas que Jésus en appelle ici au pacifisme total, ni à la non-violence dans toutes les situations. Ceux qui nous gouvernent ne portent pas l’épée en vain, mais pour punir le malfaiteur (encore Romains 13).

La Bible nous dit à plusieurs reprises de résister au mal. Et de résister au Malin.

Mais, et c’est ça ce que Jésus souligne, nous ne devons résister de la même manière intransigeante la personne qui nous fait mal. Il est notre ennemi, bien évidemment, mais Jésus nous invite à ne pas faire de moi-même son ennemi. Au lieu de chercher la vengeance et la rétribution, je dois cherchera le bien du voleur. Comme dans l’histoire de Peter.

 

Le discernement

Si le vol est occasionnel pour certains, il est systématique pour d’autres. C’est une habitude. Une manière de gagner la vie, presque. Bien sûr, ils ne disent pas que c’est du vol. Sur le marché financier, par exemple, on va spéculer avec l’épargne des autres, on dit que c’est jouer avec l’argent. Mais tant que le produit de ce jeu ne revient pas aux épargnants, c’est bien du vol.

Ou encore : on achète de la viande de cheval et on le vend en mettant sur l’étiquette « viande de bœuf » pour laquelle le consommateur va payer plus cher.

D’autres font preuve de la même inventivité dans le domaine des allocations. On ne compte pas les gens qui en bénéficient à injuste titre. Et que dire de la fraude fiscale, à grande ou à très petite échelle ?

C’est à de telles personnes que l’apôtre Paul s’est adressé. Que celui qui dérobait… Le verbe grec est un imparfait duratif, cela veut dire : il le faisait et il continue à le faire.

Apparemment, il y avait des gens comme cela dans l’Église. Une catégorie très intéressante : des chrétiens qui avaient – qui ont – l’habitude de ne pas respecter leur prochain en dérobant leurs biens.

Quand le vol est devenu un style de vie, et que l’on ne considère pas que ce soit du vol mais quelque chose de « normal », on peut se dire chrétien et continuer ses fâcheuses habitudes.

Comment leur faire comprendre qu’ils sont en train de violer, en effet, la 8e  parole de la Loi de Dieu ?

Bon pédagogue, Paul explique la signification de ce commandement par son opposé.

Voler, c’est le contraire de… Qu’est-ce que le contraire de voler ? Écoutez comment Paul le définit : Que celui qui dérobait ne dérobe plus; mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses mains ce qui est bien, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin (Ephésiens 4.28).

Alors là, si tel est la signification du 8e commandement, nous avons tous des questions à nous poser. Il ne s’agit pas d’un simple interdit, mais d’une interrogation :

— Est-ce que je respecte mon prochain ?

— Est c’est mon habitude de vivre de mon propre travail au lieu d’abuser des efforts de l’autre ?

— Est-ce que c’est mon objectif de produire quelque chose de bien, quelque chose de bénéfique, non seulement pour moi mais pour ma famille, mes amis, la société ?

— Est-ce que c’est mon habitude de donner à celui qui est dans le besoin ?

Sinon, je suis effectivement en train de dérober, c'est-à-dire de priver les autres de ce que je devrais leur apporter, dit l’apôtre.

Cette explication permet de discerner ce qui se passe dans notre vie, et de faire la part des choses. Et là, on peut se découvrir voleur, quelque part, à sa grande et mauvaise surprise.

 

La repentance

Mais ne découragez pas. Laissez Paul terminer sa phrase.

Il ne prononce pas de verdict. Il ne condamne pas. Ne stigmatise pas, en disant : tel frère est un voleur, telle sœur est une voleuse. Attention. Il n’avertit pas les autres. Il n’appelle même pas la police, ni le contrôleur du fisc. Au contraire, il en appelle à la repentance.

...Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, et toute espèce de méchanceté, disparaissent du milieu de vous. Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ (v. 31-32).

Comment être transformés en des personnes qui visent le bien des autres ? Par le chemin du pardon que nous offre le Christ, et par l’action de l’Esprit Saint dans le cœur.

Que le Seigneur nous vienne en aide pour discerner ce qui est vol dans ma propre vie, et pour montrer aux voleurs dont nous sommes victimes, le pardon et le salut en Jésus-Christ.