Inconduite, sévérité et miséricorde

 

Décalogue # 7 - Message par Evert Van de Poll, le 3 février 2013

Pour introduire le 7e commandement, je vous raconte une histoire de la tradition juive. Une anecdote :

Un jour, Dieu décide de se choisir un peuple élu. Il envoyait son ange, son messager pour faire le tour des peuples. Arrivé chez les Vikings, l’ange leur faisait la proposition : « voulez-vous être le peuple de Dieu ? »

Réponse, « Quelle en sera la condition ? » 

« Que vous mettiez en pratique les commandements de Dieu ».

Mais quand les Vikings apprenaient que l’un des commandements est « tu ne tueras point », ils ont décliné l’honneur d’être le peuple élu, puisqu’ils étaient en train, comme d’habitude, de mener une guerre féroce.

Alors, l’ange visita les Romains pour leur faire la même proposition. Eux aussi voulaient en connaître les conditions.

« Que vous mettiez en pratique les commandements de Dieu ».

Mais quand les Romains apprenaient que l’un des commandements est « tu ne commettras pas d’adultère », ils ont décliné l’honneur d’être le peuple élu, puisqu’ils n’avaient pas trop envie de changer cette habitude, ancrée dans la haute société.

Bref, aucun peuple ne voulait être le peuple élu. La condition était trop difficile.

Finalement, Dieu envoya son ange à un pauvre berger qui était avec son troupeau dans les montagnes du Sinaï : Moïse.

Il appartenait à un peuple d’esclaves en Egypte, et lui-même avait pris la fuite

L’ange lui proposa d’en peuple élu de Dieu.

« Que dois-je faire pour cela ? »

« Quelque chose de très sensible : écouter mes commandements ».

Suivant la coutume de son peuple, il répondait par une autre question, « Combien ça coute, un commandement ? »

« Ils sont gratuit ».

« Alors, tu m’en donnes dix ».

Par cette histoire, les Juifs expliquent pourquoi les commandements sont au nombre de dix.

Mais on en retient également la difficulté de les mettre en pratique. Notamment le septième, qui dit Tu ne commettras pas d’adultère ».

Comme le peuple d’Israël a découvert par la suite. Très vite, ils les ont transgressés tous. Il a fallu que Moïse et les sacrificateurs enseignent sans cesse au peuple, et le sens des commandements et leur application. Ensuite, il y avait des prophètes, que j’aime comparer au chien du berger : ils s’activent pour ramener le peuple à la loi de Dieu. Leur rôle était de faire en sorte que les brebis ne s’égarent pas, qu’ils suivent bien le berger d’Israël, c'est-à-dire le Seigneur.

Le 7e commandement interdit l’adultère. Nous le savons. Pas besoin de faire tout un message pour vous faire comprendre qu’il ne faut pas le faire.

Tous ceux que ne l’ont pas commis, et qui n’ont pas l’intention de le commettre, peuvent se dire : bon ce commandement ne me concerne pas.

Et quand cela arrive ? Alors là, les conséquences sont lourdes. On risque la lapidation, voire la peine de mort. Pour dire combien l’adultère est grave. Dieu ne la tolère pas, parce qu’il sait, mieux que quiconque, combien les conséquences en sont néfastes – et pour la personne qui ne pense qu’u plaisir d’un instant, et pour les conjoints trompés, et pour les enfants, et pour la vie de la famille. A la longue, personne ne sera plus heureux, bien au contraire. C’est une pratique qui, une fois tolérée, va se propager et finir par corrompre la morale de toute la société.

Bon, nous, les chrétiens que nous sommes, nous le savons. Faut-il encore le rappeler ?

Donc, je pourrais terminer mon message en disant : faut pas le faire. Passons à autre chose.

Mais c’est mal comprendre le sens de ce commandement que de s’arrêter là.

D’abord :

 

Qu’est-ce que l’adultère ?

Dans notre société occidentale, on le réduit au simple fait de coucher avec la femme d’un autre homme, ou avec le mari d’une autre femme ? Mais le sens du mot hébreu, na’af est bien plus large.  André Chouraqui explique :

L’adultère est l’un des cas où cette racine peut s’employer, mais elle ne recouvre pas la seule trahison de la fidélité que les époux se doivent.

Le commandement vise toute inconduite sexuelle, tous les rapports en dehors du mariage. Plus encore, le mot na’af désigne toute adultération de la conduite de l’homme ou de la femme, dans ses rapport vis-à-vis d’autrui ou d’elle même. L’adultère est donc la violation des règles admises, non seulement au sein du mariage, mais de toute bonne conduite.

Le mot adultère vient d’altérer, c'est-à-dire, changer la pureté, falsifier. Nous en avons gardé le sens dans le mot adultérateur, un falsificateur de monnaie.

Un adultère (no’ef) est un brigand, un escroc, un dévoyé, un débauché en tous genres de malversations… en tous sexes, toutes inconduites ou toutes déloyautés (Les Dix Commandements aujourd’hui, p. 177s.).

En d’autres termes, l’adultère ou l’inconduite sexuelle n’est pas un cas isolé, mais une forme d’infidélité parmi d’autres.

Ceci étant dit, le commandement vise plus particulièrement l’inconduite sexuelle – adultère ou autre. C’est dans ce sens qu’il a été compris dans les traditions juive et chrétienne. 

Deuxièmement :

 

Pourquoi cet interdit et pourquoi cette punition grave ?

A l’époque des Dix Commandements les sociétés étaient polygames, et les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes. Leur sort n’était pas à envier. Les hommes pouvaient se permettre de prendre plusieurs femmes, sans aucune sanction. Mais quand femme avait des rapports avec plus d’un homme, elle était sévèrement sanctionnée, voire tuée.

Le 7e commandement protège les femmes des hommes qui les traitent comme un objet, un bien, une personne inférieure, une esclave.

Troisièmement, ce commandement a pour objectif :

 

Eviter la naissance d’enfants illégitimes.

On ne connaissait pas encore les méthodes de contraception d’aujourd’hui, donc l’adultère se soldait très souvent par une grossesse. Par ailleurs, depuis que la pilule a rendu les rapports sexuels beaucoup moins risqués, en ce qui concerne le risque de tomber enceinte, l’adultère s’est généralisé. On parle d’une révolution sexuelle. Aujourd’hui, on a du mal à s’imaginer les problèmes par rapport à un enfant qui n’avaient pas de père légitime. C’était très douloureux pour l’enfant concerné. L’enjeu du 7e commandement est aussi d’éviter de tels drames.

Quatrièmement, il faut rappeler que

 

La Bible donne une image positive de la sexualité.

Dans la tradition chrétienne, on a souvent donné l’impression que, pour être saint, il fallait s’abstenir. Un serviteur de Dieu devrait être célibataire. Dans l’Église il ne faut pas parler de sexualité.

Mais c’est une aberration.

Par conséquent, la sexualité est un sujet chargé de culpabilité et de tabou.

Heureusement que la Bible contient le Cantique des cantiques, ce chant d’amour qui parle sans complexe du bonheur d’une femme et d’un homme qui se donnent l’un à l’autre pour vivre ce précieux cadeau de notre Créateur qui s’appelle la sexualité.

Mais, nous vivons dans un monde dominé par le mal. Dans notre condition humaine après la chute d’Adam et Eve, ce cadeau de la sexualité a le potentiel de devenir une véritable bombe dans notre vie. Difficile à contrôler.

C’est aussi pour cela que notre Créateur a donné un cadre où ce cadeau est en sécurité, et ce cadre s’appelle mariage (Genèse 2.24). On peut aussi dire union civile, ou mariage traditionnel ; mariage à la coutumière. Peu importe le nom et les coutumes ; ce cadre consiste en quoi ? Un homme et une femme qui se sont engagés à vie, pour construire une vie de couple et fonder une famille.

C’est dans ce cadre que la sexualité est en sécurité.

La Bible compare le mariage à une alliance. L’inconduite sexuelle est une rupture de cette alliance.

En somme, on voit bien l’intention bienveillante des commandements qui, au premier vu, ont l’air très sévère.

Passons maintenant à l'enseignement de Jésus par rapport à la Loi de Moïse. Il va radicaliser ce commandement, en soulignant que :

 

La source de l'adultère est en nous tous

Matthieu 5.27-30. Vous avez appris qu`il a été dit: Tu ne commettras point d`adultère.Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu`un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne.Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi; car il est avantageux pour toi qu`un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n`aille pas dans la géhenne.

Qui suis-je pour juger ?

Les parties visible et invisible d’un iceberg

Qu’est-ce qui se passe dans nos cœurs ?

Nous connaissons tous les mêmes sentiments et les mêmes fantasmes qui sont à l’origine de l’adultère. Nous sommes tous tentés

Jésus a souvent utilisé cet image, je dirais chirugicale, pour illustrer qu'il faut parfois se faire violence pour sauver la vie.

Matthieu 18.7-9. Malheur au monde à cause des scandales! Car il est nécessaire qu`il arrive des scandales; mais malheur à l`homme par qui le scandale arrive! 8 Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d`avoir deux pieds ou deux mains et d`être jeté dans le feu éternel. Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n`ayant qu`un oeil, que d`avoir deux yeux et d`être jeté dans le feu de la géhenne.  

L’œil : c’est par là ou tout commence

La main : des attouchements, et puis...

Les pieds : aller dans les endroits où on sera tenté, s'exposer à des images et une ambiance qui nous entraine de sorte que nous ne retenons plus la pulsion de notre coeur.

Géhenne. Est-ce que c'est l’enfer ? La déchetterie de Jérusalem


Couper l'oeil, la main, les pieds, c'est un Métaphore. Comme un chirurgien qui va parfois amputer un membre pour sauver le corps entier, un membre qui risque de contaminer tout le corps en d'entrainer la mort.

Il ne faut pas exagérer, comme Saint Origène qui s'est fait émasculer pour résister à la tentation.

Jésus ne mentionne pas le sexe d'un homme, mais son oeil, puis ses mains !

 

Le but final

Entrer dans la vie, déjà maintenant, et dans l’éternité

 

Sévérité envers soi-même, grâce envers les autres

Ce n'est pas l'autre que va me dire si je vais trop loin dans mes pensées ou mes regards. Et moi, qui suis-je pour le dire aux autres ?

En revanche, je dois être honnête avec moi-même et discerner mes faiblesses.

L'un supporte mieux des images érotiques que l'autre. L'un est plus fort dans la proximité des prostituées, des personnes lubriques. Il faut se connaître.,

Si votre œil, si votre main, si votre main au cas où. Si je suis honnête, je sais quand je vais trop loin. Ne vous mettez pas en situation de tentation.

Donc : sévérité envers soi-même mais grâce envers les autres. Pour soi même: mortifier les tendances de la chaire, les mettre à mort. Envers les autres : à toute péché miséricorde


De la culpabilité à la miséricorde

Jean 8.1-11

Se réclamant de la Loi de Moïse, les Pharisiens disent qu’il fallait lapider la femme. Or, la Lois dit qu’il fallait lapider et la femme et l’homme. On peut penser que c’est ça que Jésus a écrit dans la sable : où est l’homme qui a couché avec elle ?

Si la Loi stipule une peine de mort, c’est de dire combien cet acte est grave, mais non pas pour dire qu’il faudrait à tout prix et dans tous les cas l’appliquer effectivement. La grâce va au-delà du commandement, et Jésus est tout à fait en droit de faire prévaloir la grâce. Dieu n’est pas plu quand le pécheur meurt, il veut que le pécheur vive. En tant que Fils de Dieu, Jésus partage ce même désir. C’est pourquoi il rétabli la fidélité dans le cœur de la femme, en disant : ce que vous avez fait, ne le faites plus jamais.

L’histoire évoque le message des prophètes, qui ont qualifié le comportement spirituel du peuple d’Israël d’adultère, dans le sens spirituel du terme. Ainsi, la femme représente le peuple, tombé dans le péché. Ou alors, chaque homme ou femme qui a commis d’adultère. Ou enfin, tous ceux qui se sont éloignés de Dieu, leur Créateur. Tout cela est condamnable, mais quand on s’appuie sur Jésus, on n’est pas condamné. On est gracié.

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