Tu ne tueras point - de la vengeance à la réconciliation

 

Décalogue # 6 - Message par Yanna Van de Poll, le 20 janvier 2013

Le sixième commandement, tu ne commettras pas de meurtre, paraît comme une évidence. Au premier vu, ce commandement semble s’adresser aux seuls assassins, ceux qui passent à l’acte et ceux qui ont l’intention de tuer un autre homme. Si tel est le cas, nous ne sentirons pas concernés. Cependant,  en étudiant ce commandement, je peux dire que cette conclusion est un peu hâtive et superficielle.  En écoutant cet interdit, nous serons tous interpellés. Allons voir dans quel sens.

 

1. Signification de ce commandement

D’abord : qu’est-ce que Dieu interdit exactement dans ce commandement ? Tournons aussi vers  d’autres  traductions et on trouve aussi : tu ne tueras point au lieu de tu ne commettras pas de meurtre.  Est-ce la même chose ?

En fait, en hébreu, il y a deux mots pour tuer : qatal (battre, au point de tuer) et ratsah (assassiner, meurtre). C’est le deuxième verbe qui est utilisé dans ce commandement : l’assassinat, meurtre.
Le sens exact de ce verbe est donc l’interdiction de tout assassinat, de tout meurtre prémédité. Le plus juste serait peut-être « tu ne te rendras pas coupable d'homicide ».

Le verbe utilisé dans le commandement, ratsah, assassiner, coupable d’homicide, n'est jamais utilisé dans la Bible pour la peine capitale que Dieu a instauré. Pas non plus pour les tueries en temps de guerre.

Mais alors,  comment comprendre les guerres dans l’Ancien Testament, Jéricho, la prise de la terre promise, les campagnes de David contre les Philistins, les batailles d’Ezéchias et de Josaphat contre l’armée assyrienne ? Au premier vu on pourrait penser que Dieu a amené son peuple à tuer, mais si on regarde de plus près, on constate que ces « guerres saintes » étaient très spéciales. Chaque fois, l’Eternel a limité l’armée d’Israël, presque de manière dérisoire, et parfois Dieu a même  interdit d’utiliser des armes, comme dans le cas de Gidéon. Il voulait que le peuple comprenne que Dieu n’a pas besoin de notre force militaire pour faire avancer son Royaume.

Ce qu’on constate aussi, c’est qu’au cours de la Bible, la lignée des guerres de l’Eternel devient de plus en plus « non violente » et va aboutir à la venue du Christ, qui a combattu les pires ennemis, le péché, le diable et la mort, dans une guerre sainte sans armes humaines. Il les a vaincus par la seule force de sa mort et sa résurrection. C’est pour cela qu’Il nous invite à devenir des artisans de paix : heureux ceux qui procurent la paix.

Le Seigneur interdit donc tout meurtre prémédité. Mais il n’est pas limité au meurtre, acte volontaire. Il concerne aussi le fait de donner la mort par négligence.

Ce qui est merveilleux dans la Parole de Dieu, le Seigneur ne nous donne pas cette interdiction sans nous donner des raisons, pour que nous soyons convaincus. Dieu nous donne deux raisons.

 

2. Non à la vengeance

Premièrement, Dieu veut nous faire comprendre au travers de ce commandement, de ne pas prendre la justice dans nos propres mains. C’est donc un interdit de nous  venger nous-mêmes.

Outre les cas relevant de la pathologie où l’assassin agit par pur sadisme, la plupart des assassinats sont provoqués par le désir de vengeance, notamment la jalousie. Nous avons le terrible exemple de Caïn et Abel, le premier meurtre dans la Bible et dans l’histoire. Caïn a assassiné son frère par pure jalousie. Par la suite, la question de la vengeance est abordée.
Caïn est chassé de sa terre et deviendra errant. Mais il a peur de vengeance car il dit à Dieu : « Si quelqu'un me trouve, il me tuera ». A son inquiétude Dieu répond : « Si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois ». On est bien ici dans le contexte traditionnel de la vengeance. Toutefois, et c'est ce qui constitue la nouveauté de ce texte, au verset suivant, l'auteur précise que Dieu met un signe sur le front de Caïn pour empêcher ceux qui le trouvent de le tuer. Ainsi, Dieu lui-même empêche le processus de la vengeance. Car en assassinant quelqu'un par vengeance, c'est prendre la justice dans ses propres mains, c’est prendre la place de Dieu. S’arroger le droit de vie et de mort sur quelqu'un, c'est se faire son dieu.

Ceci est aussi vrai en ce qui concerne le suicide. Décider de sa propre mort, c'est devenir son propre dieu.

Quelque soit la motivation pour mettre fin à la vie de quelqu’un, le commandement intervient et parle  haut et fort : non à toute atteinte à la vie de quelqu’un et de soi-même, ou d’un enfant pas encore né. Non à toute sorte de vendetta et toute sorte de vengeance.

 

3. Cadre juridique

A part de cela, on découvre que Dieu inscrit tous les commandements dans un cadre juridique, un système de justice, que Dieu a mis en place pour son peuple d’Israël. Dieu a instauré des juges. Il y avait des rois. Il y avait des sacrificateurs, des anciens. Il fallait toujours traduire des malfaiteurs devant un tribunal de juges et de sacrificateurs, où leurs actes passent au crible et où ils peuvent se défendre.

Ce qui est important aussi :  nul ne pouvait jamais accuser quelqu’un d’un meurtre ou de quoi que ce soit sans témoin. Lisons-le en  Deut 19.15-19 : « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater une faute, un forfait, un péché, quelconque qu’on peut commettre, un fait ne pourra s’établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. Lorsqu’un un témoin à charge se dressera contre quelqu’un pour l’accuser d’un crime, les deux hommes en contestation se tiendront devant l’Eternel, devant les sacrificateurs et les juges en fonctions ces jours-là.  Les juges feront une enquête sérieuse. Le témoin est-il un faux témoin, a-t-il fait contre son frère une fausse déposition, alors vous le traiterez comme il avait dessein de traiter son frère. Tu extirperas ainsi le mal du milieu de toi ».

Donc, vous voyez, le Seigneur a mis en place tout un système de justice. C’est aux juges d’examiner l’accusation et de dire qu’ils sont passibles de la peine de mort ou non.

Jamais on ne pouvait prendre en main sa propre justice et tuer quelqu’un par vengeance.

Au cas où quelqu’un a tué son frère sans raison, sans préméditation, mais par accident, Dieu a fait en sorte qu’il y ait trois villes de refuge : « Voici le cas du meurtrier qui s’enfuira là pour conserver la vie, lorsqu’il aura tué son prochain par mégarde, sans l’avoir haï auparavant….de peur que le vengeur du sang, dans l’ardeur de sa colère, ne le poursuive et ne l’atteigne.. » (Deut 19.4-6).

A travers ce commandement, Dieu nous protège contre toute vengeance, contre toute tentative de se faire justice soi-même. L’apôtre Paul le répète encore dans sa lettre aux Romains : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai » (Rom 12.19).

 

4. La vie est sacrée

Deuxième raison pour cette interdiction : « tu ne commettras pas de meurtre ».

Dans la Bible la vie est sacrée. Ce commandement nous parle de la vie. La vie humaine est précieuse car l'homme est créé à l’image de Dieu. Et cela est vrai pour toute vie humaine, y compris  pour la vie d’un enfant qui n’est pas encore né, y compris pour la personne handicapée, malade, pauvre, âgée ou mourante...
Porter atteinte à l'homme, qui est créé à l'image de Dieu, c'est porter atteinte à Dieu lui-même !  Au travers de ce commandement, Dieu nous invite à choisir la vie, à choisir  Dieu Lui-même qui est la source de toute vie. En Deutéronome 30.19 Dieu le dit clairement : « J'ai mis devant toi la vie et la mort... Choisis la vie ! »

Le caractère sacré de la vie humaine est l’une des plus anciennes valeurs morales de la Parole. Elle implique aussi les criminels qui demeurent des personnes humaines dont il faut sauvegarder les droits.

Et les lois œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie ? Elles aussi, elles protègent la vie  car on ne pouvait jamais aller au-delà du dégât : œil pour œil,  donc pas plus qu’un œil, pas un bras ou une jambe ou une main, pas une peine plus lourde que l’œil ou la dent. Dieu souligne l’égalité dans la peine, même envers les esclaves ou les étrangers. On ne pouvait jamais laisser libre cours à sa colère et frapper plus fort que le dégât causé envers qui que ce soit.

Plus j’étudie les lois, plus je suis impressionnée par la compassion qui se dégage des lois de Dieu. Elles protègent les faibles, les veuves, les orphelins, les lévites, les immigrants. Elles invitent à la justice, à la générosité lors des moissons, au respect des personnes et des biens,  au souci des étrangers, au paiement sans délais des salaires, aux soins des animaux domestiques et sauvages et des arbres fruitiers.  Le sixième commandement « tu ne commettras pas de meurtre »  s’inscrit dans la même optique.

Découvrons-le en écoutant Jésus quand Il a commenté ce sixième commandement.

 

5. Explication de Jésus

Jésus a commenté ce commandement dans son Sermon sur la Montagne. Ce qui frappe tout de suite c’est que Jésus radicalise ce commandement, et ce de deux manières.

D’une part, il met à jour les sentiments qui précèdent la violence et finalement l’atteinte à la vie d’autrui. Sentiments qui se manifestent dans le cœur de tous les hommes, ne serait-ce que de temps à autre. Lisons-le en Matthieu 5.21-26 : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d’être puni par le feu de la géhenne. Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande ».

Vous avez remarqué que Jésus applique notre commandement aux sentiments qui précèdent l’acte. L’acte même est détestable bien sûr, mais les sentiments qui vont avec le sont aussi. Jésus nous fait comprendre que tout ce qui se passe dans notre cœur :  la colère, la soif de vengeance, le mépris de quelqu’un qui m’a fait tort, ou dont je pense qu’il m’a fait tort, est condamnable et passable d’une peine lourde.

 

6. Et nous ?

C’est Jésus qui parle, donc cette parole nous concerne nous aussi. Bien sûr, nous ne commettrons pas de meurtre j’en suis sûre, mais les sentiments qui en sont la racine nous sommes tous naturels. Qui n’a jamais « tué » quelqu’un d’un mot blessant, d’un geste méchant, d’une volonté maligne ? Il y a des paroles fortes qui tuent... ou pour le moins blessent, humilient, dégradent !  « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue », écrit Salomon dans ses proverbes (Pr 18.21).

Les paroles blessantes portent atteinte à la dignité, elles portent atteinte à l'image de Dieu. La haine, la colère, sont les étapes qui précèdent immédiatement les actes violents.

Au lieu de crier vengeance et de nourrir les ressentiments, laissons le jugement au Juge divin. Si l’autre m’a vraiment fait tort, Dieu fera justice. Il est le Juge qui sonde les cœurs de nous tous. En même temps, Il est le Médecin divin, qui guérit le cœur. Par son Esprit Il peut extirper de nous les sentiments qui aboutissent à la haine, et finalement à la mort.

 

7. Du sens négatif au sens positif : la réconciliation

Ensuite, Jésus change le commandement du sens négatif : non à la vengeance, au sens positif : oui à la réconciliation. Voilà le médicament probant. Jésus nous invite à prendre le chemin de la réconciliation. C’est même plus important que la prière et l’offrande. On ne peut s’approcher de Dieu tant que l’on porte un regard négatif et dépréciatif sur l’autre.  Va d’abord te réconcilier, Jésus nous dit dans ce passage  que nous avons lu (v. 24). 

Bien entendu, il ne vise pas les victimes d’un tort, puisque dans ce cas-là le commandement serait impraticable. Si je dois penser à tous qui pourraient avoir quelque chose contre moi, je n’ai plus le temps de faire autre chose.

Jésus vise celui qui a fait tort à quelqu’un, de sorte que cette personne-là « a quelque chose contre lui », c’est à dire quelque chose de justifiée (v. 23). En général, quand je suis allé trop loin, je le sais. Si je suis encore insensible à la blessure que j’ai infligée, l’autre va me le faire comprendre, et Dieu va me parler dans l’intimité de mon cœur, lorsque je lui présente mon offrande. Alors je sais…

Suit la réconciliation, qui commence par un autre regard sur l’autre. Il, ou elle, n’est plus mon ennemi, mais « mon frère » (v. 24), ou ma sœur. A pied d’égalité. Un enfant de Dieu, comme moi. Si je me laisse changer par cette prise de conscience, je serai en mesure de m’approcher différemment de lui. Avec un autre regard, avec une vraie demande de pardon, avec amour, avec miséricorde. C’est cela que  Jésus demande.

Dans ce commandement on trouve donc une nouvelle mission : une mission de réconciliation.

 

8. Aimer nos ennemis

Et cette mission dans le monde exclut tout usage de force et de violence, même dans un contexte de persécution ou les gens nous haïssent sans raison. Dans le même Sermon de Montagne Jésus poursuit son commentaire :  « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même. Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5: 43 -48).

 « Soyez donc parfaits, comme votre Père Céleste est parfait! ».

Le Seigneur cherche la perfection. Et cela passa par l’amour. Aimez vos ennemis. Bénissez ceux qui vous maudissent. L’amour est l’accomplissement de notre commandement. Jésus poursuit cette lignée quand Il continue : « Vous avez appris qu’il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. »

Que pensez-vous maintenant : est-il possible d’obéir à ce commandement ? Moi, je dirais : yes we can ! Comment ? Par l’Esprit de Dieu qui agit puissamment en nous. C’est Lui qui verse l’amour dans notre cœur et par amour pour Dieu et pour les autres, nous pouvons obéir à ce  commandement de Dieu.

Que le Seigneur nous aide dans ce travail.

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