Principe du sabbat – un temps pour Dieu et pour la liberté

 

Décalogue # 4 - Message par Evert Van de Poll, le 18 nov. 2012

Le quatrième des dix Commandements est le plus long de tous les dix. C’est aussi le commandement qui pose le plus de questions aux chrétiens/

Le voici, dans la version originale, que Moïse a transmise quand il est descendu de la montagne de Sinaï pour transmettre les paroles que Dieu lui avait communiqué sur la montagne, et que le peuple est entré en alliance avec Dieu :

Exode 20, à parti du verset 8 :

Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du sabbat de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes.

Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est arrêté (sabbat) le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

 

Deux versions

Quarante ans plus tard, quand la nouvelle génération du peuple est sur le point d’entrer dans le pays promis, et que Moïse est le point de les quitter – il va mourir juste avant – il fait un dernier discours. Nous en avons le compte rendu dans le livre de Deutéronome. Pendant son discours, il va réitérer les Dix Commandements – au chapitre 5.

Cette version et la version originale en Exode 20 se recoupent mot à mot. Sauf dans le 4e commandement, où l’on trouve trois différences. Ce sont des variantes qui se complètent d’ailleurs.

Sur l’image power point, j’ai fait la synthèse des deux versions :

Au lieu de dire : souviens-toi du jour de sabbat, le texte dit ici : « observe le jour du sabbat », c’est-à-dire, garde le, ne le laisse pas tomber dans l’oubli.

Deuxièmement, quand il dit que tous les hommes, et le bétail, et les étrangers doivent arrêter le travail, il ajoute : « afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi ».

Enfin, une modification. Dans la version originale le sabbat est fondé sur la création : Dieu s’est arrêté le septième jour. Ici, le sabbat est fondé sur l’exode : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du sabbat.

 

Repos dans le sens de « sabbat »

Si vous vos Bibles devant vous ou que vous avez en mémoire le texte de ce commandement tel qu’il apparait dans nos Bibles, vous avez remarqué que je n’ai pas mis : jour de repos.

Ce mot « repos » est la traduction d’un mot hébreu que nous connaissons bien et que j’ai retenu en tant que tel : sabbat.

En fait, si nous disons que le sabbat est un jour de repos, on peut facilement se tromper.

Le repos a souvent la signification de souffler après s’être épuisé au travail. On est fatigué, on doit s’arrêter, parce que l’on n’en peut plus.

Si nous pensons à ce genre de repos, on devrait dire que Dieu, lui aussi, était trop fatigué après six jours de travail, et qu’il avait besoin de se reposer.

Oui, parce que la Parole nous dit de prendre du repos tous les sept jours à l’exemple de Dieu, qui lui aussi a pris un jour de repos.

Mais ceci est un non sens, parce qu’il est inimaginable que Dieu soit fatigué.

Le mot hébreu, « sabbat » à une autre signification : s’arrêter, marquer la pause, interrompre son travail. Pas forcément parce que l’on est fatigué, mais pour une autre raison. Il faut savoir s’arrêter. Se limiter dans ses besognes. Faire une coupure. Prendre le temps pour autre chose.

Le Bible dit que Dieu a « fait sabbat », qu’il s’est arrêté dans son œuvre de création.

Sa dernière œuvre ? L’homme ? La femme ?

On peut aussi dire, son dernier ouvrage était le sabbat, le septième jour, un jour béni et sanctifié, ce qui veut dire, mis à part.

 

Le sabbat est créé pour les hommes

Justement, un jour mis à part pour qui ? On dit souvent, que c’est le jour du Seigneur, et c’est vrai. Mais je ne pense pas qu’il faille penser que Dieu avait besoin d’un jour de repos. Le sabbat est un jour du Seigneur, créé pour l’homme.

C’est Jésus, le Fils de Dieu, qui l’a dit : L’homme n’est pas créé pour le sabbat, mais le sabbat est créé pour l’homme.

C’est un bienfait de Dieu.

 

Laisser de la place au Seigneur

Tu ne feras aucun ouvrage. Pourquoi ne pas travailler un jour sur sept? On dirait que Dieu nous prive de quelque chose, qu’il ne nous laisse pas toute la liberté. La même question se pose au sujet des lois alimentaires : pourquoi ne pas être permis de manger tout et n’importe quoi ? Et des prescriptions sur les dîmes et d’autres dons pour l’œuvre du Seigneur : pourquoi ne nous permet-il pas d’utiliser 100% de nos revenus ? Pourquoi ses limitations ?

En les respectant, on laisser une place concrète à Dieu. Pour cela, il faut une discipline, une règle, sinon on court toujours après ses propres affaires.  C’est pourquoi Dieu nous commande de mettre à part le 7e jour, et qu’il donne tous les autres commandements d’ailleurs. Sinon, on sera submergé par ses propres affaires et oublier Dieu. Et quand on oubli Dieu, on ne vient plus puiser dans la source de vie, et finalement ont perd son humanité, et là, on aura tout perdu.

Si nous ne faisons pas attention, toute la vie sera consacrée à nos intérêts, à nous-mêmes, et finalement, nous devenons des esclaves du travail, de la nourriture, de l’argent. Sachant que cela finira par nous écraser, Dieu nous donne les commandements. C’est pour notre mieux !

 

Libéré de l’esclavage

Même pensée en Deutéronome 5.12-15, où le sabbat est relié à l’exode de l’Egypte. « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Egypte et que l’Eternel ton Dieu t’en a fait sortit à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Eternel ton Dieu t’a commandé de célébrer le jour du sabbat » (v. 15).

Rappelons les conditions de vie en Egypte. Tandis que le Pharaon et les riches et les prêtres menaient la bonne vie, la grande partie de la population travaillait dur. Et pour les esclaves la vie était pire encore. Forcés de trimer sans relâche, ils n’avaient pas le temps pour autre chose que le boulot. Puis métro, puis dodo.

En revanche, le Seigneur interdit de rejeter le fardeau du travail aux autres. Il faut un jour de libre pour tous. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui réside chez toi.

Dans le contexte d’Egypte, c’était révolutionnaire !

 

Un jour de ressourcement

Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier… l’Eternel a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Selon une idée reçue, Jésus aurait abrogé le sabbat, le remplaçant par le dimanche. En fait, Jésus a critiqué les scribes, qui avaient ajouté des dizaines de règles au commandement de Dieu par rapport au sabbat. Dans leur système, le sabbat était devenu un lourd fardeau. « Le sabbat est créé pour l’homme, non pas l’homme pour le sabbat », a-t-il dit (Marc 2.27). Mais, Jésus n’a jamais supprimé le sabbat. Oui, il a guéri des malades, oui, il a permis à ses disciples de manger des épis de blé, le 7e jour, mais cela ne veut pas dire que désormais, le sabbat n’avait plus de valeur. Bien au contraire. Jésus a voulu ramener les gens à la vraie signification de ce jour : libérer les hommes, guérir, prendre du temps pour Dieu et sa Parole, permettre de prendre plaisir de ce que le Seigneur a créé. Bref, un jour de ressourcement.

 

Quel jour ?

Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Le Sabbat est un signe entre dieu et son peuple Israël (Exode 31). Dans la tradition juive, le Sabbat est très important, un marqueur de l’identité juive.

Est-ce que ce commandement est encore en vigueur pour les chrétiens, les disciples de Jésus ?

Les croyants Juifs en Jésus vont dire : bien sûr, parce que nous sommes des Juifs, nous appartenons au peuple d’Israël.

Mais qu’en est-il des croyants non-Juifs ? Voilà une question qui a fait débat tout au long de l’histoire du christianisme, et aujourd’hui encore.

On distingue : jour de repos (ne pas travailler) et jour de culte.

Il y a, grosso modo trois positions :

-        En vigueur mais reporté sur le dimanche, jour de résurrection – catholiques, orthodoxes, protestants

-        Septième jour encore en vigueur– les adventistes par exemple

-        Seulement un jour de culte est nécessaire (dimanche) – nombre d’évangéliques

 

L’apparition et la disparition du jour de repos dans la société

Il est vrai que les premiers chrétiens se retrouvaient le premier jour de la semaine, jour de la résurrection. En effet, c’était soit samedi soir soit dimanche de bonne heure, avant d’aller au travail. Rappelons que le jour biblique commence au coucher du soleil et pas à minuit !

Plus tard dans l’histoire de l’église, le sabbat fut abrogé et remplacé par le premier jour de la semaine, que les Romains appelaient ‘jour du soleil’. (D’où Zondag, Sonntag, Sunday – d’autres  langues ont retenu ‘jour du Seigneur’ : Dimanche, Domingo.)

C’est comme ça que dans le monde occidental est apparu ce jour de repos pour tous, soit il le dimanche au lieu du samedi (encore sabbado en Espagnol). Même rythme également dans l’islam. Mahomet a d’abord adopté le sabbat des Juifs, mais quand les Juifs ne voulaient pas suivre sa religion, il s’est tourné contre eux et fait du vendredi le jour de repos.

Dans la société moderne on réduit le temps de travail, mais en même temps on installe une économie de 7 jours sur 7, et de 24 heures sur 24. Les travailleurs se relayent afin de faire tourner la production et le commerce sans interruption. On doit toujours être disponible. Ainsi retourne-t-on au système d’Egypte : l’homme devenu esclave de la production et de la consommation.

En plus, on veut consacrer tout le temps libre à ses propres affaires. Plus un jour de libre pour penser à Dieu et se laisser alimenter par sa présence et sa Parole. Le jour de repos est en voie de disparition. En se rendant esclaves de l’économie, on perd sa liberté intérieure

 

Principe du sabbat – prendre du temps pour Dieu et pour la liberté

Ce qui compte avant tout, je dirais, c’est le principe du sabbat. Le principe de prendre du temps pour Dieu, la discipline de s’arrêter pour se nourrir de la parole de Dieu et trouver sa liberté en lui.

En relevant ce défi, on va à contre-courant de la société, et ce n’est pas évident. Mais, il y aura une bénédiction particulière du Seigneur, quand on ne néglige pas ce commandement. Venir au culte, se nourrir des paroles de Dieu, vivre la relation avec lui, c’est un ressourcement de l’esprit, c’est trouver l’équilibre.

Chose importante : le jour du Seigneur, les distinctions dans le monde du travail disparaissent, nous sommes tous égaux devant le Seigneur. Le sabbat permet de vivre la liberté, l’égalité, et la fraternité, dans le vrai sens du terme, dans la communauté, dans la présence du Seigneur.

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