Un Dieu juste, peut-Il « punir » les enfants pour les péchés de leurs parents ?

 

Message par Yanna Van de Poll – le 7 octobre 2012 - Série Dix Commandements # 2b

Nous sommes en train de réfléchir aux commandements, le résumé de la loi morale de Dieu. La dernière fois, Evert a commencé avec les premiers deux commandements. Aujourd’hui nous allons méditer le commandement suivant qui se trouve en Exode 20.4-6

D’abord, le premier commandement : « tu ne feras pas d’autres dieux devant Moi » rejoint le deuxième : « tu ne feras pas d’image de Dieu ». Tous les deux commandements interdisent l’idolâtrie. Parfois on considère ces deux commandements comme un seul commandement. C’est pourquoi je laisse cette partie et je vais me concentrer sur la suite : «  Je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent et qui use de bienveillance jusqu’à mille générations envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements ».

L’affirmation : Je suis un Dieu jaloux, peut être considérée ici comme un commandement à part entière, qui fait référence à une vérité qui se rapporte à tous les commandements. Si nous ne les respectons pas, si nous tournons le dos à la Loi de Dieu, alors il faut savoir que Dieu est un Dieu jaloux.

 

1.     La jalousie de Dieu 

Réfléchissons d’abord à cette affirmation,  comment comprendre cette phrase, Dieu est un Dieu jaloux ? Dans le langage courant, nous confondons souvent les mots de jalousie et d'envie. Nous disons d'une personne qu'elle est jalouse de sa voisine parce que cette voisine possède plus d'argent qu'elle. Or, c'est là un sentiment d'envie et nullement de jalousie. Et il va sans dire que la jalousie dont parle notre texte n'a jamais le sens d'envie, mais doit être comprise dans son sens le plus strict : c’est-à-dire que c'est le sentiment d'un homme pour la femme qu'il aime. Il ne partage pas sa femme avec quelqu’un autre. Et la femme ne supporte pas que son mari parte avec une autre femme. Même les non-croyants éprouvent le même sentiment : cela ne passe pas. Voilà la jalousie. La jalousie, c’est donc quelque chose de positif. C’est la fidélité dans l’alliance.

Le terme hébreu véhicule ici la même connotation. Il vise la disposition ou l’attitude de celui qui tient à l’exclusivité dans une relation.

Le vrai Dieu jaloux, c'est Celui même qui a tant aimé le monde, qu'Il a donné son Fils unique.  Il y a tellement de déclarations d’amour de Dieu envers son peuple et envers nous : « Je t'ai aimée d'un amour éternel - Dieu a fait éclater son amour envers nous - Il nous a aimé le premier. »

Cette déclaration est vraiment le premier et le dernier mot de la Bible. Dans tout ce qu’elle affirme, la Bible ne nous dit jamais rien d'autre que : Dieu est amour, et elle n'a rien autre à nous annoncer que Dieu nous aime tant qu’Il a donné son Fils unique : Jésus-Christ.

Conclusion : l’Eternel, notre Dieu est un Dieu jaloux, parce qu'il nous aime vraiment, parce qu'il est vraiment amour. Un véritable amour est celui qui donne tout, mais aussi qui demande tout, qui dit: « Tu es à moi », et : « Je suis à toi » ! C'est ainsi que Dieu révèle son amour à notre égard en nous donnant tout, en se donnant Lui-même en Jésus-Christ. C'est le cœur de l'Évangile, Dieu nous donne tout, et Il nous demande tout, Il nous veut nous-mêmes. Son désir c’est qu’on  l’aime de tout son cœur, de toute sa force, de toute son âme et de toute son intelligence. Son amour donne tout et son amour demande tout. Donc, Dieu jaloux veut dire que Dieu ne supporte pas un rival à côté de Lui. On ne peut servir Mammon et Dieu à la fois, disait Jésus. Celui qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu, répète l’apôtre Jacques (Jacq 4.4)

Plus tard je reviens sur cette notion, après que j’ai expliqué  la suite, car tout se tient.

Ce qui nous frappe au premier bord dans ce commandement, c’est justement la suite : est-ce que Dieu « punit » les enfants à cause des péchés de leurs parents ?

 

2.     Les enfants, sont-ils « punis » à cause des péchés de leurs parents ?

Dans le commandement il est écrit que Dieu  punit la faute des pères sur les fils et sur les fils des fils sur la troisième et la quatrième génération, ... cela gâche un peu ce commandement.

Comment se fait-il que Dieu punit les enfants pour les fautes de leurs parents ? N’est-ce pas injuste ? Comment Dieu, qui est un Dieu juste, peut-Il faire cela ? Une comparaison des traductions ne nous aide pas vraiment pour comprendre ce passage.

Car j’ai remarqué que beaucoup de  traductions françaises ont ce même verbe : punir.

Mais alors, est-ce que Dieu « punit « des enfants pour la faute de leurs parents ? Pour moi c’est difficile à admettre, car Dieu est juste et sa justice est véritable. Une règle pour comprendre un passage difficile est de comparer ce passage à d’autres passages dans la Bible qui nous parlent de la même chose pour trouver un éclairage. C’est ce que nous allons faire. Je vous amène vers un autre passage, qui se trouve en Ezéchiel : Ez 18.19-20.

Souvenons-nous que quand Ézéchiel a écrit ce passage, il est sur les bords de l’Euphrate, en Mésopotamie, l’actuel Irak. Il tient compagnie aux exilés israélites qui ont le sentiment de payer pour les fautes de leurs parents et de leurs grands-parents. Ils sont exaspérés et las de s’entendre toujours reprocher des fautes commises par leurs ascendants. Ils en viennent à douter de la justice divine, puisque selon eux des innocents paient à la place des coupables. Eux, ils sont captifs dans un pays étranger et pas leurs parents et grand-parents.

Ils invoquent le vieux dicton « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils ont été agacées » pour en quelque sorte accuser leurs pères et leurs ancêtres des fautes dont eux croient subir la punition, l’exile.

Qu’est-ce que Ezéchiel écrit ?  Ézéchiel rejette clairement cette pensée. Il explique que tous les hommes sont absolument égaux devant Dieu, et qu’avant d’être le fils de son père, un homme est créature de Dieu. Pour Dieu, un père et son fils sont deux êtres différents et le pécheur ne doit assumer que les conséquences de ses propres péchés.

Les  enfants ne sont pas punis à cause des péchés de leurs parents et les parents ne sont pas punis à cause des péchés de leurs enfants. Pour Dieu chacun est personnellement responsable de ses propres actes. C’est à chacun de nous qu’appartient le choix soit de marcher avec Dieu soit de lui tourner le dos. C’est à nous que ce dernier choix sera reproché.

Donc, pas de doute, Dieu ne punit pas les enfants à cause des péchés de leurs parents. Mais alors, revenons maintenant sur notre commandement. Si Dieu ne punit pas les enfants pour les fautes de leurs pères, comment comprendre  notre texte ?

Je vous propose une étude du verbe utilisé dans le texte qui peut nous aider à y voir plus clair.

 

3.     Dieu nous visite

En hébreu : le verbe qui est traduit par « punir » ne se trouve pas dans le texte, ce sont les traducteurs qui l’ont traduit ainsi. Le verbe qui est utilisé en hébreu, est « PaQaD » qui signifie au sens premier : « visiter », « surveiller », ce verbe a pu dériver dans le sens de « punir », parce qu’un surveillant peut en effet punir... mais pas forcément, c’est secondaire. On retrouve le même verbe en Exode 4:31 : « Le peuple apprit que l’Éternel avait visité les enfants d’Israël, qu’il avait vu leur souffrance, et ils se prosternèrent ». Là c’est bien traduit : visiter. David utilise le même verbe dans Ps 106.4 : « Visite-moi (intervient) par ton salut ».

Il n’y a donc pas forcément dans ce texte l’idée d’un Dieu qui punit, mais plutôt d’un Dieu qui visite, qui accompagne, qui surveille. Comme il a visité les enfants d’Israël dans leur souffrance, comme Il a visité David dans sa détresse. Dieu ne nous laisse pas seuls dans les conséquences graves des péchés de nos ancêtres, Il visite les fils des fils, des fils des fils jusqu’à la quatrième génération...

Pourquoi ?

Je reviens maintenant sur la première partie : parce que Dieu nous aime, parce qu’Il est un Dieu qui ne supporte pas de rival, parce qu’Il est un Dieu jaloux. Il nous aime tant, qu’Il ne veut pas que nous partageons notre amour avec d’autres dieux. Il ne veut pas que nous suivions d’autres valeurs, d’autres idéologies, d’autres façons de vivre, parce qu’Il ne sait que trop bien que cela nous amènera dans des difficultés sans cesse.

Il ne veut pas que les enfants s’égarent à cause des fautes de leurs parents, à cause de leur mauvais exemple. Il intervient, Il visite, Il surveille.

Vous voyez, c’est tout autre chose. C’est pour cela que je trouve ce commandement une vraie source d'espérance.  Dieu ne nous laisse pas à notre sort. Il nous visite, Il nous parle, Il nous interpelle au travers des péchés de ceux qui nous ont précédés. Comme s’Il nous dit  en quelque sorte : réfléchissez-y, combien c’est néfaste d’agir ainsi. Car Dieu désire avant tout restaurer des choses qui n’ont pas été bien fait par nos ancêtres. Dieu nous donne une nouvelle chance pour s’en sortir, Il nous visite.

Jérémie 18 confirme en effet cette interprétation. Il y a toujours une possibilité de retourner vers Dieu, dit-il, puisque sa fidélité s’étend jusqu’à la « millième génération ».

Donc, sur la base de ce texte on ne peut pas reprocher à Dieu de nous « punir » pour des péchés que nous n’avons pas commis. Tant pis pour toutes les traductions, mais Dieu est un Dieu qui cherche notre salut, qui nous visite, pour que nous revenions vers Lui.

 

4.     Nos actes ont des conséquences

Quatrièmement, ce passage nous apprend à la fois que nos actes ont des conséquences.  C’est un fait, que chaque génération profite des bienfaits des générations précédentes, mais, peut aussi subir les conséquences des méfaits de leurs parents. Des bienfaits, nous en oublions le plus souvent les origines, mais, des malheurs, nous en recherchons dans le passé la cause ou la faute, comme une sorte de « péché originel ».

Bien sûr, la vérité du dicton familier « les parents boivent et les enfants trinquent » n’est plus à démontrer. Mais aussi, à propos des problèmes de nos sociétés modernes, nous trouvons, par exemple, des banlieues remplis des blocs d’immeubles sans âme,  aux dimensions absolument inhumaines, que les urbanistes et les autres responsables ont construit dans les années 1950-60. Ainsi ils ont créé les conditions de la violence, dont les banlieues souffrent aujourd’hui.

C’est vrai, dans nos jours on a tendance à dire que c’est la faute du gouvernement, ou c’est la faute de l’économie, ou notre famille ou encore quelqu’un d’autre, mais jamais notre faute.

Cependant,  Dieu corrige cette erreur humaine par la bouche d’Ezéchiel. Dieu répond aux Juifs qui se croient punis pour les péchés de leurs pères. Non, dit-il : chacun est personnellement responsable de sa propre désobéissance ou de sa propre obéissance aux commandements. Celui qui les respecte, vivra.

Donc,  ce qu’on peut retenir de notre passage c’est qu’il faut distinguer mes péchés des  conséquences de mes péchés. Moi, je suis le seul responsable de mes péchés, mais, hélas, les conséquences de mes péchés se répercuteront sur d’autres, sur des générations suivantes.

Quand on subit des conséquences des fautes des autres, on peut se plaindre de ce que « eux » ont fait, mais nous savons tous que cela ne change rien à la situation.

Dieu veut que l’homme vive et cela ne dépend que de moi ; malgré les fautes et les errements que j’ai pu commettre dans le passé ou que j’ai hérité de mes ancêtres. Dieu veut que je vive et Il me tend la main en m’invitant à revenir à Lui. Il a fait le premier pas en m’offrant le pardon. Maintenant c’est à moi de faire le pas, de revenir à Lui et de vivre.

Il y a quelques années un sondage, vite étouffé, avait révélé que 71 % des français trouvaient la corruption normale. Si, par malheur, nous avons, en son temps, fait partie de ces 71 % disposés à corrompre ou à se laisser corrompre, rien ne nous oblige de continuer dans cette attitude toute notre vie. Car Dieu dit : « Si le méchant se détourne de tous les péchés et s’il accomplit le droit et a justice, on ne se souviendra plus de toutes ses révoltes ; mais, c’est à cause de la justice qu’il accomplit maintenant qu’il vivra ».

Le prophète Ezéchiel ne faisait qu’entrevoir l’immensité de la miséricorde et de la grâce que Dieu nous accorde en son Fils Jésus-Christ.

 

5.     Pas de situations désespérées : bienveillance jusqu’à mille générations

Dieu use de bienveillance jusqu’à mille générations envers ceux qui l’aiment. Une promesse impressionnante : jusqu’à mille générations. J’ai fait un simple calcul :1 000 fois 25 ans (environ une génération) égal  25 000 ans !  Cela montre à quel point la durée de la bonté de Dieu dépasse largement la mémoire d’homme !

Donc, aussi lourd et douloureux que puisse être le poids des erreurs que d’autres ont commises, et dont nous subissons encore les conséquences,  il ne s’agit pas de se laisser abattre par ce poids, mais de faire en sorte qu’il ne pèse plus sur les générations à venir. Car il y a de l’espoir. Dieu nous visite. Il nous interpelle  en nous disant : cessez de répéter le mal que vos pères ont fait. Ainsi vous allez laisser une bénédiction à vos enfants et aux futures générations.

Il n’y a pas de situations désespérées pour Dieu. Sa miséricorde dépasse tout désespoir. Nous ne pouvons pas changer notre passé si le passé a eu des conséquences douloureuses pour nous, mais aujourd’hui il y a un espoir, car la bienveillance de Dieu n’est jamais épuisée. Elle s’étend jusqu’à mille générations.

Notre seule consolation, notre seul espoir, notre seule joie dans la vie et dans la mort, est d'appartenir au seul vrai Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, un Dieu qui nous aime ardemment, un Dieu qui nous cherche  car et Il  est jaloux de nous. « Dieu aime jusqu’à la jalousie l’Esprit qui habite en nous », écrit l’apôtre Jacques (Jacq 4.5).

Heureux sommes nous si nous nous laissons convaincre par l’amour de Dieu qui nous aime tant.

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