Notre Libérateur nous a donné Dix Repères

 

Message par Evert Van de Poll – le 2 septembre 2012 - Série Dix Commandements # 1

A cette rentrée 2012, nous allons commencer la nouvelle saison par une série de réflexions sur un texte qui figure parmi les plus importants jamais écrits. Un texte fondateur du peuple d’Israël et du judaïsme, et un texte de base du christianisme, un élément clé de tout enseignement chrétien. La feuille de route de celles et de ceux qui croient en Dieu. Vous l’aurez compris, je parle des Dix Commandements

Lire Exode 20.1-17

Nous disons souvent les Dix Commandements, mais mieux vaut les appeler les Dix Paroles, puisque l’hébreu dit bien que ce sont des « paroles ». Les spécialistes les appellent Décalogue, du grec deka, dix, et logoi, paroles. Ce sont en fait des instructions pour la vie de tous les jours. On peut les appeler, donc, les Dix Repères.


Les deux paramètres, « Moi » divin et « prochain » humain

Les Dix Paroles sont un condensée, si j’ose dire, de toute la Loi de Dieu, toute sa volonté pour son peuple. Elles englobent les principes, les valeurs et les normes qui doivent régir notre vie. Elles consistent de deux tables, la première trace les grandes lignes de notre relation avec Dieu et de nos rapports avec ceux et celles qui nous entourent sur la terre.

Le texte hébreu l’illustre bien : le premier est « Moi » (« Moi, Je suis l’Eternel »), le dernier est « prochain ». Toute la Loi de Dieu, toute sa volonté pour l’humanité est englobé par ces deux mots, elle nous renvoie constamment à notre attitude vis-à-vis de l’Eternel et à notre responsabilité vis-à-vis de notre prochain.

Les deux paramètres de la vie morale sont le « Moi » divin » et le « prochain » humain.

C’est pourquoi on peut la résumer ainsi, comme l’a fait notre Seigneur Jésus-Christ : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton intelligence, et de toute ta force, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Marc 12.22-24).

 

Peu de mots, mais quel impact !

En hébreu, leur langue dans laquelle Moïse les a reçues, les Dix Paroles d’origine ne consistent que de 165 mots – environ le double en français, selon les dans les traductions (Segond 329, Semeur 346).

165 mots, c’est incroyablement peu quand on les compare avec la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle a besoin de onze fois plus de mots (1880, très exactement). Les constitutions des nations modernes sont infiniment plus verbeuses encore !

Mais quel impact ! L’influence de ces 165 mots sur l’histoire de l’humanité est sans commune mesure. Le Seigneur a révélés à Moïse, qui les a transmis à un peuple ramassé d’anciens esclaves qui venaient tout juste de trouver leur liberté.

C’est ce peuple d’Israël qui les gardés, les transmettant de génération à génération.

Plus tard, Jésus, le Messie d’Israël, les a légués à son Église, et c’est l’Église qui les a transmis au monde entier, comme le complément indispensable de l’Évangile.

Comme un levain pénétrant une pâte de pain, les Dix Paroles ont influée sur tous les secteurs des la société. Ainsi ont-elles jeté la base des droits de l’homme d’aujourd’hui. Avec le droit romain, elles sont à la base de la législation de tous les pays occidentaux, y compris de notre fameux Code civil. Les valeurs sociales et morales de nos sociétés modernes tirent leurs origines, en grande partie, de ces quelques 165 mots.

 

De l’exode au pied d’une montagne en éruption volcanique

Revenons au tout début, quand les paroles ont été prononcées et entendues pour la première fois dans l’histoire. C’était dans un contexte très particulier.

Cinquante jours environ après été sorti d’Egypte, cinquante jours après avoir échappé de justesse à l’armée qui les pourchassaient, le peuple Juif est arrivé à la montagne de Sinaï. Ils venaient de vivre des choses extraordinaires : lorsque le peuple d’Egypte fut frappé d’une série d’horribles calamités, les Juifs furent miraculeusement épargnés. Lorsqu’ils avaient l’armée du pharaon aux trousses, et qu’ils étaient enfermés de tous les côtés, la mer devant eux se fut miraculeusement desséchée de sorte qu’ils puissent gagner sains et saufs, l’autre rive. Par miracle, l’eau revint juste à l’heure pour engloutir les soldats qui les pourchassaient.

Les historiens ont trouvé des indices qu’à cette époque-là, un puissant tsunami doit avoir lieu dans l’est du bassin méditerranéen. On a trouvé des traces sédimentaires, de l’île de Crète jusqu’en Égypte qui ne peuvent s’expliquer autrement. Si tel est le cas, on comprend les mouvements exceptionnels des eux dans les lacs entre la Mer Rouge et la Méditerranée : d’abord un rétrécissement qui va jusqu’à dessécher la mer devant les Israélites, et peu de temps après un retour des eaux sous forme de vague géante, qui va engloutir l’armée poursuivant le peuple échappé.

Ce phénomène naturel s’est produit lors du grand tremblement de terre à Lisbonne en 1765, dont parlent Voltaire et d’autres Lumières pour mettre en question la foi dans la providence de Dieu. Récemment, l’Indonésie et le Japon ont été frappé par des tsunamis, donc nous savons ce que cela peut produire de catastrophique.

L’exode a-t-elle eu lieu grâce à un tsunami ? C’est probable. Cela n’enlève rien de l’intervention surnaturelle de Dieu. Le miracle est le timing. Grâce à la régie divine, le tsunami est arrivé juste à l’heure, au bon endroit, pour permettre et la libération d’un peuple et la destruction de toute l’armée de ses oppresseurs.

Maintenant, environ 50 jours plus tard, ils sont en train de vivre de nouveaux prodiges de leur Dieu. Des phénomènes redoutables : comme une éruption volcanique, accompagné de tremblements de terre, et d’un bruit assourdissant comme des trompettes d’un autre monde.

Moïse avait 80 ans. Dieu l’appelle depuis les nuages qui couvrent la montagne de monter, d’entrer dans la zone de tous les dangers.

Il lui donne des instructions, puis il redescend. Le peuple doit se rassembler, tout en se tenant à l’écart. Dieu va conclure une alliance avec eux, il y aura une cérémonie solennelle, suivi d’un repas festif qui va durer des jours. Mais d’abord, Moïse doit monter une nouvelle fois pour recevoir, de la part de Dieu, les Dix Paroles.

Lorsque le peuple au pied de la montagne est dans la crainte devant le spectacle qui s’est déroulé devant leurs yeux, Moïse se tient sur les hauteurs. C’est là qu’il entend la voix de Dieu. La même voix qui avait jadis appelé Abraham, et Isaac, et Jacob, et Joseph. La même voix que lui-même avait entendu à maintes reprises, depuis que le Seigneur se fut révélé à lui au travers le buisson ardent.

Peu de jours après, Moïse redescend pour communiquer au peuple les paroles de Dieu.

 

Le Dieu libérateur

Les Dix Paroles sont données sous forme de commandements. Nous les êtres humains, attachés que nous sommes à la liberté et l’indépendance, nous n’aimons pas trop les commandements du genre : fais ceci, fais pas ça.  Règles et interdits, nous les vivons souvent comme un mal nécessaire. On en a besoin, mais on n’aime pas.

Avec les Dix Paroles, ce n’est pas tout à fait pareil. Au premier degré, elles on l’air légaliste. Mais on se trompe quand on les entend comme cela.

Pour éviter cette impression, le Seigneur Dieu a pris soin de les faire précéder d’une introduction. Quand il proclame sa Loi à Moïse, il ne commence pas par un commandement mais par une affirmation : « Moi, l’Éternel, ton Dieu, je t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ». La Bible du Semeur traduit : « Je t’ai fait sortir du pays où tu étais esclave ».

Pourquoi cette préface ?

Pour que le peuple comprenne qu’il y a quelqu’un derrière ces commandements, quelqu’un qui les aime, quelqu’un qui a écouté leurs prières quand ils étaient dans la détresse, quelqu’un qui les a sauvés de l’esclavage et d’une mort certaine dans la Mer Rouge.

Il rappelle son Nom. La plupart des traductions portent : « Je suis l’Éternel ». En hébreu, il est marqué, littéralement : Moi, Yahwéh, t’ai fait sortir… ».

Sous ce nom, Dieu s’est révélé à Moïse, quand il était devant le buisson ardent. Quatre consonnes en hébreu. Impossible de les traduire en un seul mot. Il faut tout une phrase pour en donner la pleine signification : « Je suis celui que je suis, celui que j’étais et celui qui sera ».

Ce nom saint désigne non seulement son éternité, mais aussi sa fiabilité. Nous pouvons compter sur lui. Le Dieu qui a sauvé nos ancêtres dans le passé ne nous oublie jamais. Il est encore toujours à nos côtés. Et quoi qu’il nous arrive, il sera là, comme un Dieu qui nous accompagne de sa paix, un Dieu qui nous porte dans la souffrance, un Dieu qui nous sauve.

 

L’autre esclavage, celle du péché

Mais justement, de quoi l’Éternel nous a-t-il sauvés ? Le contexte de notre passage est celui du peuple Juif. L’Éternel les a sauvés de l’esclavage. Mais qu’est-ce que cela veut dire pour nous, les chrétiens ?

L’oppression en Égypte fut une souffrance physique terrible, mais la cause en était spirituelle. Les dirigeants de ce pays ont soumis les Juifs à l’esclavage puisqu’ils étaient eux-mêmes des esclaves, pas des esclaves des hommes mais des esclaves de la puissance du péché.

Si le peuple pense être libre, ils vont vite découvrir que ce n’est pas la moitié de la vérité. Ils sont libre de l’oppression extérieure, mais pas encore libre du mal en soi. Les Juifs devaient apprendre qu’une fois libérés de l’esclavage physique, ils avaient encore besoin d’être libérés du poids du péché, et de la crainte de la mort.

C’est pourquoi Dieu leur donne une loi. Il faut bien comprendre, que chaque commandement est donné dans le but de nous nous affranchir d’un certain mal. La loi est donnée pour nous montrer un autre chemin, le chemin de la justice et de la paix. Les Dix Commandements, ou bien les Dix repères, en sont un résume succinct.

Mais si les Israélites pensent, qu’ils peuvent la pratiquer de leur propre force, ils se trompent. Dès lors qu’ils se mettent à suivre le chemin des commandements de Dieu, ils vont vite découvrir qu’ils sont incapables de les respecter toujours, à chaque instant.

Dix Paroles. Dix Repères. Cela a l’air très simple.

Quand Moïse leur dit que c’est là la volonté de Dieu pour eux, ils disent d’un commun accord : « Nous le ferons ».

Or, la réalité de leur état spirituel ne tarde pas à se révéler. Le lendemain, Moïse monte à nouveau sur la montagne pour recevoir d’autres instructions. Il va y rester quarante jours. Entre temps, le peuple, perdant patience, va trébuchent sur le premier commandement : ils vont adorer un autre Dieu, représenté par une idole, un veau d’or. Et sur le deuxième commandement : ils vont assimiler cette idole au Dieu d’Israël.

Cette transgression sera suivie d’innombrables péchés, tout au long de l’histoire d’Israël. A toute évidence, le peuple n’est capable de se libérer par ses propres forces de cette force du mal qui agit en lui.

 

Les sacrifices et la grâce de Dieu

Pour permettre au peuple de continuer son chemin, le Seigneur leur a donné l’occasion de confesser leurs fautes et d’obtenir le pardon de Dieu en faisant des sacrifices.

Chaque sacrifice, offert avec sincérité, ouvrait la porte au pardon de Dieu. Par sa grâce, il accepte le sacrifice et la prière du croyant, et il pardonne le péché.  Ainsi, le passé était clos, un nouveau départ rendu possible.

Les sacrifices montraient que le peuple était imparfait, et qu’il dépendait de la grâce de Dieu. La relation avec Dieu est fondée, non pas sur la justice des hommes, mais sur la fidélité et la grâce de Dieu.

Mais les sacrifices des animaux n’étaient pas en soi capables de rendre les hommes et les femmes justes devant Dieu. Le Seigneur les acceptait, puisqu’ils étaient offerts en vu du seul sacrifice capable de payer le prix pour nos péchés.

Chaque sacrifice fut un signe du sacrifice qu’aucun homme ne puisse donner, le sacrifice que seul le Christ pouvait faire. C’est lui qui a donné sa vie parfaite, en sacrifice pour l’humanité, afin d’obtenir le pardon des péchés, afin de briser la puissance du mal dans la vie des hommes, afin de leur procurer la vie éternelle.

Ainsi, le futur sacrifice de Jésus-Christ rendait les sacrifices des animaux dans l’ancienne alliance avec Israël tiraient efficace.

Jésus a dit aux scribes qui se croyaient justes puisqu’il respectait toutes les règles et offraient tous les sacrifices prescrits dans la Loi, qu’ils étaient esclaves du péché (Jean 8). C’est pourquoi eux aussi, ils commettaient des fautes graves.

L’apôtre Paul affirme la même réalité : l’homme est esclave du péché. Il ne peut que se rendre sans cesse coupable devant Dieu (Romains 6.5-7 et 6.16-17).

C’est Jésus qui nous en a libérés. Il nous a sorti du pays d’esclavage spirituel : « Rendez grâces au Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Colossiens 1.12-14).

 

Sauvé(s) pour servir

Nous devons donc comprendre que derrière les Dix Paroles, il y a un Dieu qui nous a libérés, un Dieu qui veut cheminer avec nous à travers les aléas de la vie. Inversement, si l’on s’arrête à l’introduction « Je t’ai fait sortir du pays où tu étais esclave », on ne va pas comprendre pourquoi Dieu a pris la peine d’étendre sa main d’en haut pour libérer les Juifs de l’Égypte, ni pourquoi il a donné son Fils tant aimé pour délivrer l’humanité du péché et de la mort éternelle.

Le but de l’exode n’était pas seulement de mettre fin à la misère. Libérés de quelque chose, les Israélites furent aussi libérés pour quelque chose. Comme Moïse l’a déjà fait comprendre au Pharaon quand il lui donna l’ordre de la part du Très Haut : « Laisse mon peuple partir afin qu’il me serve » (Exode 5.1, 7.16, 7.26, 8.16, 9.1, 9.13, 10.3 – cela est dit à sept reprises !). Quelle finalité ? Pour entrer dans le pays promis ? Oui, mais pas immédiatement, et même pas principalement. L’objectif est que le peuple puisse « rende un culte à l’Eternel », qu’il puisse le « servir » (Exode 3.11).

Pour expliquer, je vous raconte une histoire :

Etienne et Raymond sont très amis. Ils montent une entreprise et deviennent collaborateurs. Tout va bien, jusqu’à ce que Raymond commence à tromper son ami, détournant de l’argent. Dans un premier temps, rien n’est découvert, mais un jour, Etienne découvre la tromperie et l’affaire est portée devant le tribunal. C’est la fin de l’amitié, et la fin de la collaboration. Etienne poursuit l’entreprise perdu son meilleur ami. Désormais, les deux poursuivent leur chemin séparément.

Triste et malheureux d’avoir perdu son meilleur ami, Etienne cherche à renouer avec le bon passé. Son amour pour lui l’emporte sur son indignation. Finalement, il s’approche de Raymond. Lui offrant son pardon, il demande : « est-ce que tu veux redevenir mon ami ? »

Etonné de cette largesse et touché par l’amour de son ancien ami, Raymond confesse son tort, demande pardon. Les deux se réconcilient.

Mais Etienne n’est pas encore heureux. Il a retrouvé son ami, mais pas encore son collaborateur, donc il propose à Raymond de retourner dans l’entreprise et de reprendre ses fonctions d’auparavant. « Je ne souhaite qu’une chose ; que nous puissions de nouveau travailler ensemble. Cela sera pour moi la plus grande joie ».

Raymond a du mal à en croire ses oreilles, puisqu’il avait tout gâché. « Je ne le mérite pas du tout, » dit-il. Mais Etienne insiste et ainsi la collaboration entre les deux amis est-elle reconstituée.

Cette histoire montre exactement ce que Dieu désire. Il a un projet. C’est son désir que l’homme vive et travaille en harmonie avec son Créateur, dont il porte l’image. Qu’il réalise le dessein de Dieu dans la création. Ainsi l’homme sera-t-il vraiment heureux. Ainsi l’homme fera-t-il la joie de son Père céleste. Voilà la finalité de notre existence.

Mais, l’homme a tout gâché, par sa tromperie, sa rébellion, son péché. La relation avec Dieu est rompue. Dieu a perdu à la fois son ami et son collaborateur. Sachant que nous ne sommes pas à même de changer la situation, Dieu prend l’initiative de nous sauver. Pourquoi ? Afin de restaurer l’amitié. Mais pas seulement cela. Aussi afin de permettre de travailler de nouveau ensemble, dans le monde qu’il a créé, pour le bien de nos prochains et de nous-mêmes.

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