Faire avancer le Royaume, avec confiance et espérance (paraboles des semailles)

 

Message par Evert Van de Poll, le 5 août 2012, série "paraboles du Royaume", #2

Cet été, nous sommes à l’écoute des paraboles du Royaume de Dieu en Matthieu 13. Dans ce chapitre, plusieurs paraboles sur ce sujet sont regroupées, afin de présenter un enseignement complet au sujet du Royaume de Dieu.

Les semaines précédentes, nous avons entendu l’explication de la parabole du semeur (Matthieu 13.1-23) et celle de la mauvaise herbe (13.24-30). Aujourd’hui, nous allons écouter les paraboles suivantes.

Lire : Matthieu 13.31-33

Les Évangiles de Marc et de Luc présentent la même séquence, mais ils ajoutent d’autres éléments encore.

Lire : Marc 4.26-32

Toutes ces paraboles mettent en avant comment le règne de Dieu avance. Mais notez comment Jésus approche le même sujet sous différents angles. Nous allons suivre la version de Marc, qui comporte plus de détails intéressants que les autres versions.

La parabole du semeur parle de la manière dont nous accueillons la Parole de Dieu.

En fait, on devrait l’appeler plutôt la parabole des écouteurs, car l’accent n’est pas mis sur Dieu qui sème la Parole dans le monde, mais sur les personnes qui l’écoutent. Leur responsabilité est engagée. Comment vont-ils répondre à ce que Dieu nous offre en Jésus-Christ ?

Par le rejet, comme le bord du chemin où la semence n’a aucun effet ?

Par un accueil superficiel, sans prendre au sérieux les exigences de la Parole, comme un sol rocailleux où la semence ne prend pas racine ?

Se laisser accaparer petit à petit par les choses matérielles et ses propres soucis, comme un champ où les épines repoussent la bonne semence ?

Ou permettre à la parole de faire tout son travail et de porter du fruit, comme de la bonne terre ?

Cela dépend de nous.

La parabole du blé et de l’ivraie suivante nous met également en garde en tant qu’écouteurs. Il n’ya pas que le bon Dieu qui sème sa Parole dans le monde. Un autre semeur s’active sur le même champ : l’adversaire de Dieu, le diable et ses puissances des ténèbres. Par conséquent, il n’y a pas que du blé qui pousse, mais aussi de l’ivraie – image du mal sous toutes ses formes.

Dans le monde,  nous captons une multitude de messages. Non seulement l’Évangile de Jésus-Christ, mais aussi les tentations, les idéologies, les religions, ou encore  la séduction du matérialisme. Notre responsabilité est de faire la part des choses, d’écouter avec discernement : à quel message allons nous prêter l’oreille ?

 

Notre responsabilité de semeur

Ensuite, nous avons deux paraboles qui font un ensemble, celle de la semence et celle de la graine de moutarde. La même image agricole est utilisée : la semence dans un champ. Mais avec une signification tout autre. Il y a comme un changement de rôles.

Ici, le semeur n’est pas Dieu, ni l’adversaire de Dieu, mais l’homme.

Ici, nous ne sommes pas écouteurs, mais acteurs.

Notre responsabilité est à nouveau engagée, mais différemment, en tant que semeurs. Maintenant, la question n’est pas de savoir comment nous allons accueillir la Parole, mais comment nous allons la répandre à notre tour dans le monde

Ici, c’est nous qui faisons avancer le Royaume de Dieu.

Les paraboles nous enseignent trois aspects importants.


Semer, en paroles et en actes

Tout d’abord, l’avancement du Royaume ne dépend pas seulement de Dieu, mais aussi de nous. La Parole de Dieu ne va pas se répandre juste comme cela. Cela dépend de ceux qui l’ont accueillie dans un premier temps.

Devenir chrétien est aussi cela : devenir acteur dans l’œuvre du Seigneur. Or, il ne suffit pas de croire en Dieu, ni de prendre le baptême. On ne change pas automatiquement en un homme, ou une femme, « qui a répandu de la semence dans son champ » (Bible du Semeur), « qui jette de la semence en terre » (Bible Segond). C’est un choix, c’est une action délibérée.

Je peux aussi décider de rester à la maison, parce que la météo n’est pas favorable, parce que les enfants ont des soucis, parce que je n’ai pas le matériel approprié, parce que la famille n’aime pas que je m’engage pour ce travail, parce que je préfère un autre boulot, parce que je suis fatigué, parce que…

Vous et moi, nous avons milles excuses pour ne pas y aller. Comment y résister ?

La solution n’est pas de souligner la seule responsabilité, l’obligation de faire connaître l’Évangile dans la société. Confrontés à une loi, nous avons toujours tendance à chercher le contournement. On n’aime pas la pression. Et on ne va pas s’engager pour les beaux yeux du pasteur !

Et encore, si l’on participe à l’œuvre du Seigneur par seul devoir sans que le cœur n’y soit vraiment, à quoi ça sert ? Ce n’est pas comme cela que nous donnons envie aux autres de servir le Seigneur !

Le cœur, justement. Tout dépend de la disposition du cœur. Prenons l’exemple de l’apôtre Paul, qui s’est énormément investi dans la communication de l’Évangile. Sa motivation ? « C’est l’amour de Dieu qui me contraint » (2 Corinthiens 5).

Quand on se rend compte à quel point Dieu nous aime, nous aurons envie de faire connaître la Parole de son amour à d’autres personnes.

Comment ? Penser à l’évangélisation seulement serait trop réducteur. Oui, nous avons la responsabilité de répandre le message de Dieu, mais les moyens sont multiples.

« Annoncez la bonne nouvelle, disait François d’Assise à ses collaborateurs, si nécessaire par des paroles ».

Autrement dit, commencez par des actes, par un style de vie, par un comportement, par une présence bienveillante. Intéressez-vous aux autres. Écoutez-les.

Le Créateur ne nous a-t-il pas dotés de deux oreilles et d’une bouche seulement ?

Chaque geste inspiré de la Parole de Dieu est une semence, susceptible à germer et au final porter du fruit.

Si nous avons mille excuses pour ne pas agir, les occasions d’agir et de parler sont encore plus nombreuses !

Bien évidemment, une graine peut germer une fois tombé par terre, mais pour avoir une plus grande récolte il ne faut pas laisser tout à l’hasard.

Par exemple, quand on met des paroles bibliques sur des panneaux au bord de la rue, ou dans des tracts laissés sur les chaises d’une rame de métro, ou quand on distribue des Bibles à titre gratuit à l’entrée d’une école, on peut estimer que certaines personnes vont être touchées. C’est possible, mais il beaucoup plus efficace de doubler de telles distributions avec un contact personnel, une échange, une aide apportée, un geste de réconfort.

C’est ce que fait le semeur. Il ne laisse rien au hasard. Il va semer, de façon ciblée, afin de pouvoir récolter une moisson.

 

Agir avec confiance

Deuxièmement, les mêmes paraboles nous mettent en garde. Si nous sommes appelés à être des semeurs, nous ne maîtrisons pas tout. Le semeur doit avoir une entière confiance dans la potentialité de la semence, et dans les lois de la nature qui ne dépendent pas du tout de lui.

« A présent, qu'il dorme ou qu'il veille, la nuit comme le jour, le grain germe et la plante grandit sans qu'il s'en préoccupe. D'elle-même, la terre fait pousser le blé: d'abord la tige, puis l'épi vert, et enfin les grains de blé remplissant cet épi. Et lorsque le grain est prêt à être cueilli, l'homme y porte aussitôt la faucille, car la moisson est prête  » (4.27-29).

C’est paradoxal mais vrai. D’une part, notre responsabilité est engagée, d’autre part, l’essentiel se fait sans nous. Nous faisons confiance à la puissance que porte la Parole de Dieu en elle-même.

Selon la traduction de la Bible Segond, « la semence germe et croît sans que le semeur sache comment ». C’est bien vrai, et une bonne raison de faire confiance au Créateur de toutes choses. Mais je préfère la traduction de la Bible du Semeur : « le grain germe et la plante grandit sans qu'il s'en préoccupe ».

Ne vous préoccupez pas de ce que Dieu peut faire avec la semence que vous avez semée. Faites-lui plutôt confiance !

C’est reposant de savoir que les choses avancent sous terre, après notre action plus ou moins bien menée.

Oui, il faut « planter et arroser », explique encore l’apôtre Paul, mais sachez que c’est « Dieu lui seul qui donne la croissance » (1 Corinthiens 3).

Oui, nous sommes porteurs du message de Jésus-Christ, que nous traduisons en actes et, si nécessaire en paroles, mais nous sommes incapables d’interpeller le plus profond des cœurs des hommes, de sorte qu’ils reconnaissent la vérité de l’Évangile.

Jésus nous dit que « c’est l’Esprit de Dieu qui va convaincre l’homme du péché, du jugement et de la justice de Dieu » (Jean 16.8-10).

J’aime bien cette formule : il faut agir comme si tout dépend de nous, mais prier et faire confiance comme si tout dépend de Dieu.

Par conséquent, nous ne mettons notre confiance ni dans une méthode d’évangélisation, ni dans une recette de croissance de l’Église, ni dans la personnalité du pasteur et la gentillesse des membres de l’Église pour attirer du monde, mais en Dieu.

Je vais plus loin encore.

Aucun semeur humain n’est parfait. Comme chaque agriculteur, nous faisons des erreurs. Nos gestes sont parfois maladroits, nous manquons souvent de paroles appropriées. Nous ne sommes pas toujours les meilleurs avocats de la cause que nous défendons.

Mais Dieu se plaît d’accomplir son œuvre tout de même. Sa puissance se montre dans notre faiblesse. Quel encouragement !

Ce n’est pas un prétexte de ne pas faire d’effort, mais plutôt un encouragement de faire des gestes et d’apporter des paroles qui témoignent de notre foi, en toute simplicité, en toute modestie. Tout ce qu’il faut est de la sincérité.

Nous faisons confiance.

 

Agir avec espérance

Le troisième aspect mis en avant dans ces paraboles est la différence entre le début et la fin du processus. Utilisant la même image de la semence, Jésus prend l’exemple d’une graine de moutarde, aussi appelé grain de sénevé. Dans l’Antiquité, elle était connue pour sa petite taille. On disait : « petit comme une graine de moutarde ».

Jésus utilisait cette expression quand il disait qu’une confiance petite comme une graine de moutarde suffit pour chasser les démons qui harcèlent les gens. Confiance en Dieu, bien évidemment, non pas dans un rituel, une formule, un haussement de voix, ou une mise en scène quelconque !

Mais le point est la comparaison avec l’ampleur de qui va se développer. Une toute petite graine a la potentialité de devenir « le plus grand arbuste du potage r » (4.32).

Petit-grand. Autrement dit, le semeur agit en espérance. Il sait que ce n’est pas la quantité mais la quantité de la semence qui compte.

Un tout petit début peut avoir d’énormes conséquences.

Le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une chaîne de cause à effet qui finit par une tempête. Freiner pour réduire la vitesse de votre voiture peut provoquer des réactions pareilles et terminer par un bouchon de plusieurs kilomètres.

Il en est de même dans le Royaume de Dieu. Il suffit d’une petite graine de moutarde, semée par un croyant qui aime Dieu et son prochain, pour que l’œuvre de Dieu avance. Cela peut prendre du temps, cela peut se faire dans la douleur, on ne verra pas toujours les fruits de son travail lors de son vivant, mais au final, un arbre va pousser. Le plus grand qui soit.

Nul service rendu à l’Église et nul témoignage rendu dans le monde ne sont en vain. Ils contribuent inexorablement à l’avancement du plan de Dieu.

Tandis que les royaumes du monde viennent et s’en vont, le Royaume de Dieu demeurera à toujours. C’est notre espérance.

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