Face au mal dans le monde : être réaliste et vigilant (la parabole de l'ivraie)

 

Message par Yanna Van de Poll, le 29 juillet août 2012, série "paraboles du Royaume", #1

Pendant ces mois d’été, j’aimerais vous parler du Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est un sujet si vaste, qu’il n’est pas possible de le ramener à une seule comparaison. Jésus a raconté plusieurs paraboles pour nous aider à comprendre les différents aspects du Royaume. Elles se trouvent toutes dans  le chapitre 13 de Matthieu. Ce matin je vous propose la parabole de l’ivraie, qui se trouve en :

Matthieu 13.24-30 et 36-43

La parabole de l’ivraie est la première parabole où Jésus parle du Royaume des cieux, ce qui veut dire : le règne de Dieu sur la terre, qui se manifeste dans la vie de ceux qui ont accepté Jésus comme leur Seigneur. Pourtant, on s’aperçoit que Jésus parle dans la parabole du monde en général, la société. Plus précisément, Il parle de la présence du mal dans le monde, dont l’ivraie est une image.

Comme nous le savons, l’ivraie est une herbe tenace. Une herbe qui détruit d’autres espèces notamment le blé. Bref, l’ivraie nous agace. Tous ceux qui ont un jardin le savent et soupirent. Comme l’ivraie, la présence du mal dans le monde nous trouble également. Autour de nous, des gens nous posent souvent la question : si Dieu existe, pourquoi permet-Il l’ivraie dans le champ de blé ? Pourquoi permet-Il autant de méchanceté ? Car le mal présente une contradiction à la bonté de Dieu, et tous veulent en voir la disparition. En réponse à de telles questions, Jésus nous raconte cette parabole. Regardons un peu plus près ce matin.

D’abord, la parabole parle de deux semences.

 

1.       La bonne semence

Dans la parabole du ‘semeur’ la bonne semence est la parole de Dieu, semé dans les cœurs des hommes. D’où les différentes réactions. Dans notre parabole, le Fils de l’homme sème la bonne semence dans Son champ, c’est-à-dire le monde, en grec « le cosmos ». Dans ce ‘champ’ donc, ‘l’homme’ introduit quelque chose qui ne s’y trouvait pas auparavant, quelque chose qui ne se trouve pas naturellement dans son champ.

Qu’est-ce donc la ‘bonne semence’ dans cette parabole ? Le Seigneur nous donne l’explication lui-même :  « la bonne semence, ce sont les fils du royaume » (13:38). Ce sont eux que le Seigneur met dans Son champ. Les fils du royaume, c’est-à-dire  ceux qui croient en Lui. Ceux qui ont été sauvé par la grâce de Dieu au moyen de la foi en Christ. Ce sont les citoyens du royaume des cieux, qui reconnaissent la souveraineté de Christ sur leur vie, vous et moi. Alors, Il nous sème dans  le monde, qui est son champ.

Comment  nous sème-t-Il ? Que pensez-vous ? Il utilise différentes voies pour répandre les fils du royaume sur tout le champ. Il s’est servi par exemple de la persécution à l’occasion de la mort d’Étienne pour atteindre ce but, car nous lisons : « Et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres… Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la parole » (Actes 8:1, 4).  Plus d’une fois le Seigneur permet des circonstances difficiles dans nos vies qui nous éprouvent, qui nous donnent bien de la peine, et que nous attribuons peut-être à l’adversaire. Mais si nous les appliquons correctement, nous pouvons aussi dire que le Seigneur utilise ces circonstances pour nous amener aux endroits que nous n’avons pas cherchés. Il nous sème là où nous pouvons être une bénédiction pour les autres.  Combien de fois des chrétiens des églises persécutées ne témoignent-ils pas que le Seigneur les a envoyés en prison pour atteindre des prisonniers ?

C’est le Seigneur qui nous sème dans son champ, là où Il veut que nous soyons. Laissons-nous donc conduire par Lui.

 

2.   L’ivraie

La deuxième semence est l’ivraie. Jésus introduit un personnage dans la parabole qui sème de l’ivraie : « pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le froment, et s’en alla » (Matthieu 13:25).

La  mauvaise herbe (ou : l’ivraie) apparaît avec le blé en même temps. Plus encore, elle devient l’élément prépondérant dans le champ, selon la parabole. Ce n’était plus le ‘blé’ qui caractérisait le ‘champ’, mais ‘l’ivraie’. N’est-il pas tout à fait caractéristique que, quand les disciples demandent l’explication de la parabole, ils ne disent pas (13:36) « expose-nous la parabole du blé du champ », mais « expose-nous la parabole de l’ivraie du champ » ?

Ils avaient compris que ‘l’ivraie’ était l’objet principal de l’image, et non pas le ‘blé’. Nous en voyons partout les conséquences autour de nous. L’image de la ‘mauvaise herbe’, ou ‘ivraie’, ne se rapporte pas seulement à des personnes non converties. Ce sont aussi bien des personnes que Satan a introduit dans le royaume des cieux pour détruire la moisson de Dieu sur la terre. ‘L’ivraie’ est si abondante et prédominante que le caractère original du royaume de Dieu est caché, mis à l’écart, ignoré.

 

3.     L’ennemi de Dieu

Ensuite, troisième point, la parabole parle de l’ennemi de Dieu, le diable (12:39).  Il marche « sur les talons » de Celui qui a semé la bonne semence dans Son champ, et il sème l’ivraie au milieu du blé. Le mot grec pour ‘semer’ est ici renforcé par un préfixe, ce qui lui donne le sens de « inonder la semence » : l’ennemi inonde la bonne semence déjà semé dans le sol. Pour cela il se sert d’une mauvaise herbe, l’ivraie, très semblable au blé dans la première phase de croissance, et qui mêle ses racines à celle du blé. Ce n’est que quand les épis sont visibles qu’on peut différencier l’ivraie du blé (13:26, 27). L’ivraie signifie les fils du Malin, les complices du diable.

La grande similitude entre le blé et l’ivraie nous révèle une tactique importante de l’ennemi de Dieu : il  ne cherche pas forcément à détruire les chrétiens par la persécution, par la pression de l’extérieur, mais le plus souvent par la tentation et par des problèmes qui viennent de l’intérieur de nous-mêmes.

Oui, on est tenté, oui on est séduit par quelque chose. Au départ, on n’y voit pas de mal, mais à la  longue cela va repousser la parole de Dieu de notre vie.

Comment reconnaît-on cette ivraie dans notre vie ou dans l’église ? Le mot grec nous éclaire. Le  mot grec pour ‘mauvaise herbe’ est ‘zizanion’, zizanie, celui qui sème la mésentente, la discorde, le désordre, le mécontentement, ou encore la dispersion en s’introduisant comme un perturbateur.

 

4.  Qu’est-ce que nous devons faire ?

Cela nous amène au quatrième point : comment réagir efficacement à ce développement malheureux ? Comment faire face à toutes les formes de mal que l’adversaire de Dieu est en train de semer et qui poussent comme de l’ivraie dans un champ de blé ?  C’est aussi la question qui préoccupait les esclaves du maître : « Et les esclaves lui dirent : Veux-tu donc que nous allions et que nous la cueillions ? Et il dit : Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez le froment avec elle. Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » (Matthieu 13:28-30).

Cueillir ‘l’ivraie’ ne signifie rien de moins que d’ôter entièrement les fils du méchant hors du ‘champ’, c’est-à-dire leur ôter la vie. Dans l’histoire de l’église il y a eu plusieurs exemples d’une telle démarche. Déjà au 4ème siècle, quand l’empire romain a adopté le christianisme comme la religion officielle, les empereurs ont commencé à agir par l’épée contre les hérétiques. Au cours des siècles suivants, ceux qui étaient considérés comme hérétiques, ont été continuellement livrés aux pouvoirs publics pour être punis.

Dans l’histoire on a peu tenu compte de la question des esclaves, qui quant à eux,  n’ont pas agi à leur guise. Ils montrent leur dépendance du Maître en lui demandant : « veux-tu donc… ? ». N’était-ce pas là le plus important dans une telle situation ? Ils avaient leur propre idée sur la manière d’en finir avec le mal, bien sûr, mais cette idée était seulement humaine et charnelle, et elle aurait conduit à un désastre encore plus grand.

Le Seigneur qui pense toujours au bien du ‘blé’, les fils de son Royaume, répondit négativement à la proposition des esclaves qui partait d’une bonne intention : « Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez le blé avec elle ». Il savait bien ce que le zèle aveugle de la chair occasionnerait. Il aimait trop Son froment pour l’exposer au danger d’être arraché avec l’ivraie. Non, Il prendrait Lui-même l’affaire en main, et ne la confiait pas à Ses esclaves.

Car en essayant de purifier le monde du mal et de créer une société idéale, parfaite par des moyens humains, les révolutionnaires et les idéalistes de tous les temps ont toujours fini par créer de nouveaux problèmes, plus graves encore. Et ce que notre Seigneur et Sauveur ne veut absolument pas c’est la destruction de ses enfants. « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson ». Pour qu’aucun épi de Son ‘froment’ ne subisse de dommage, « laissez-les croître tous deux ensemble,  jusqu’à ce que Je vienne exercer le jugement sur les fils du méchant ! ».

À cause de ses enfants, Il tarde à juger les impies. N’a-t-on pas un exemple particulièrement précieux de Sa patience parfaite ? L’apôtre Paul, n’a-t-il pas dit que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ? (1 Timothée 2:4)

C’est pourquoi nous devons « estimer que la patience » de notre Seigneur avec le monde « est leur salut » (2 Pierre 3:15).

Pour toutes ces raisons, le mal doit encore subsister à côté du bien dans le monde jusqu’à la ‘moisson’. On doit le supporter, par amour pour notre Maître.


5.     Le manque de vigilance

Par contre, dans notre vie chrétienne et dans l’église on ne peut  pas accepter le mal.  Il ne faut pas confondre ici le ‘monde’ et ‘l’église, le corps du Christ’. La parabole parle du monde. Le principe de « laisser les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » est une image de la vérité en général de notre monde. Mais dans  une église locale, et dans notre vie chrétienne, Dieu nous encourage par sa parole « d’ôter toute méchanceté » (Eph 4.31).   Et quand  s’il s’agit de quelqu’un qui sème le désordre, la zizanie dans l’église, la parole nous enseigne d’agir : « mais nous vous demandons, frères, au nom de notre seigneur Jésus Christ, de vous retirer de tout frère qui marche dans le désordre » (2 Thessaloniciens 3:6).

Ce que la parabole nous enseigne c’est que l’ennemi de Dieu tire profit du manque de vigilance.  

En fait, c’est le manque de vigilance qui a, en premier lieu, permis à l’adversaire un travail de cette ampleur. Il est frappant que le Seigneur Jésus ne dit pas : « quand la nuit vient, son ennemi vint aussi », non, Il dit : « pendant que les hommes dormaient… ». Il veut assurément nous faire connaître par là non seulement la ruse et la malice de l’adversaire, mais Il veut nous signaler un sérieux manquement. Pendant le sommeil des hommes.

Un manque de vigilance peut laisser croitre l’ivraie dans notre vie et dans l’église. C’est ce qui est arrivé dans l’église d’Ephèse car l’apôtre Paul écrit : « réveille-toi, toi qui dors, relève-toi…» (Eph 5.14). Car paul a constaté que dans l’église d’Ephèse il y avait « des gens qui introduisaient en secret des œuvres stériles des ténèbres au milieu des chrétiens, ce qui est honteux, même d’en parler » (Eph 5.12.

Comment distinguer le blé de l’ivraie ?  « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », disait  Jésus (Matt 7.16).

La présence de l’ivraie nous pousse à éveiller nos pensées. L’ennemi de Jésus est aussi l’ennemi de nos âmes, qui s’introduit et qui cherche à détruire ce que le Seigneur a semé.

C’est pour cela que la Parole de Dieu nous avertit à maintes reprises contre la tendance de s’endormir. « Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres » (1 Thessaloniciens 5:6) ; « et encore ceci : connaissant le temps, que c’est déjà l’heure de nous réveiller du sommeil » (Romains 13:11). Si nous avons conscience, et si nous souffrons, de ce que notre défaillance et notre manque de vigilance ont facilité la tâche à l’adversaire pour s’introduire, reconnaissons avec humilité que le Seigneur dans sa grâce parle ici de « Son ennemi ». Nous avons fait défaut, nous n’étions pas vigilants, pourtant, le Seigneur ne dormait pas, Il fait de nos affaires, Ses affaires — de notre ennemi, Son ennemi. Le combat que nous avons à combattre est en réalité Son combat. L’ennemi auquel nous avons affaire, est en réalité Son ennemi.

 

6.         La moisson

Un dernier point concerne la moisson. A la fin de la parabole, le Seigneur Jésus parle de la ‘moisson’ qui est l’aboutissement de tout dans la parabole et dans les voies de Dieu. « Et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler, mais assemblez le froment dans mon grenier » (Matthieu 13:30).

Dieu laisse Son ‘blé’ arriver à maturité dans ce monde, et quand il est mûr, le temps de la moisson est arrivé. Au temps de la moisson, le ‘blé’ est assemblé dans le ‘grenier’ du Seigneur. Le Seigneur Jésus, comme Fils de l’homme, se servira alors des anges pour exercer le jugement auquel personne n’échappera. Comme on cueille l’ivraie et que l’on la lie en bottes,  dans le but de l’éliminer définitivement, ainsi aussi, les iniques trouveront, à la fin des temps leur jugement définitif de la part du Seigneur. Il mettra un terme à tous ceux qui ont fait la guerre contre Christ et contre les siens. Leur fin terrible sera la fournaise de feu, où « seront les pleurs et les grincements de dents ».

Mais pour les justes  « ils resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Matthieu 13:43).

Les ‘justes’ sont les ‘fils du royaume’ qui ont été assemblés dans le ‘grenier’ céleste. Tous ces enfants seront avec leur Seigneur Jésus dans sa gloire céleste. C’est pourquoi il est dit qu’ils « resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Cela rappelle la prophétie de Daniel : « Et les sages brilleront comme la splendeur de l’étendue … à toujours et à perpétuité » (Daniel 12:3).

C’est ça notre avenir. Il y aura une fin à toute méchanceté, à tout mélange du bien et du mal, à toute zizanie, à tout désordre.

Il y aura un triomphe visible et décisif de Dieu sur tout le mal, sur toute injustice, sur toutes violences ! Ses voies envers les hommes et envers les siens peuvent être mal comprises aujourd’hui. Il nous semble  que Satan et ses ‘fils’ contrôlent tout, et que toute la méchanceté et l’infamie restent impunies sur la terre. Pourtant, à la fin des temps on trouvera une réponse juste.

Car la moisson est le triomphe de  Jésus sur toutes les puissances et les dominations des ténèbres. Et les justes qui auront longtemps souffert sous l’effet oppressant de ‘l’ivraie’, resplendiront dans le royaume de leur Père !

Quel aboutissement des choses ! Que  nous puissions tous faire partie de cet avenir glorieux que Jésus nous a préparés.

 

Conclusion

Nous avons besoin d’une vigilance afin qu’au moins dans notre vie et notre église, il y ait une séparation entre le bien et le mal, avant la moisson. Mais on ne pourra pas tout purifier. Restons réalistes – avant le retour du Christ on ne pourra pas créer une église parfaite, ou devenir un croyant sans défaut. Il y aura de l’ivraie, aussi parmi nous. Pourtant, ce réalisme ne doit pas être un prétexte pour prendre les choses à la légère. Confions-nous toujours à la grâce de Dieu.

Et ouvrons notre cœur à la parole de Dieu, pour que nous puissions porter beaucoup de fruit dans notre vie.

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