Douter ou croire

 

Les signes de Jésus (4)
Message par Yanna Van de Poll, le 8 avril 2012, dans l’Église Évangélique Baptiste « Partage » de Perpignan

 

Même si l’heure est aux élections présidentielles, dans le calendrier biblique nous sommes dans la période de 50 jours entre Pâques et Pentecôte. Une période pendant laquelle Jésus est apparue à ses disciples à plusieurs reprises. Ce matin, je vous propose de réfléchir à l’histoire de Thomas. Son histoire et son caractère nous parlent car parfois  nous sommes nombreux à lui ressembler. Lisons cette histoire en Jean 20.24-30.

D’abord : qui est Thomas ? Nous ne savons pas grand chose de lui. Sur la liste des 12 apôtres, il se trouve aux côtés de Lévi le collecteur d'impôts à qui Jésus donna le nom de Matthieu. Son nom signifie : le jumeau. En grec ce nom se dit alors : Didyme. Ce que nous savons donc, qu’il faisait partie des douze disciples de Jésus.

Voyons comment il est présenté dans l’Evangile. On le retrouve quand Jésus préparait les disciples pour son départ : « Donc, si je m’en vais et vous prépare une place, je reviendrai et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. Et où je vais, vous en savez le chemin. Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment en sau­rions‑nous le chemin ? » (Jean 14:3‑4)

Du coup, il est paniqué, désespéré. Ah non Seigneur, non, ne pars pas stp. Il ne pouvait pas faire face à une séparation d’avec Jésus. Il était ébranlé par la perspective d’une vie sans son Maître.

Plus tard, nous le croisons à nouveau dans l’évangile de Jean, chapitre 11. Jésus avait décidé de retourner à Jérusalem, mais les disciples lui ont dit : « Rabbi, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu y retournes ! » Ce n’est pas possible, les disciples savaient qu’un retour à Jérusalem serait sa mort. Cependant, Thomas  a digéré cette annonce plus vite que les autres, il l’a prise comme un fait accompli, car il dit :  « Allons, nous aussi, afin de mourir avec lui » (11:16).

Tandis que les autres étaient découragés. Ils avaient espéré que Jésus serait reconnu comme le Libérateur par toute la nation juive, et ils n'étaient qu'un petit nombre à mettre leur confiance en lui. Ils pensaient que le Messie s'affirmerait comme un chef religieux, politique et militaire. Ils avaient été témoins de grands miracles qu'il avait accomplis : l'eau changée en vin, la multiplication des pains, la guérison de nombreux malades, la délivrance de possédés par les démons. Et même ils avaient vu des infirmes de naissance retrouver la vue, l'ouïe et la parole, des paralysés  se lever et marcher, des morts ressusciter.

Les disciples étaient des Juifs qui souhaitaient de tout leur cœur la délivrance d'Israël, ils ne comprirent pas que leur Maître tienne un tel langage. Seulement Thomas qui écriait  : "allons,  montons, nous aussi à Jérusalem afin de mourir avec lui!".
Il se disait prêt à mourir, Pierre et les autres firent la même déclaration plus tard. Mais nous savons que  tous abandonnèrent Jésus au moment de son arrestation et se sauvèrent, y compris Thomas. Le Messie savait que tout cela devait arriver de cette manière, car le prophète Zacharie l'avait déjà annoncé : ".....frappe le berger et que les brebis soient dispersées" (Zach 13.7).
Bref, dans ses passages on rencontre Thomas comme un homme qui nous ressemble. Tantôt vacillant, découragé, peureux, paniqué, plein de doutes, tantôt courageux, engagé et prêt à mourir avec Jésus.  J’aimerais tirer quelques points de réflexions de cette histoire.

 1. L’isolement fait manquer la manifestation de Christ  

Mais, qu’est-ce qui s’est passé  après la résurrection ? Comment notre homme a-t-il réagi ? Il n'était pas avec ses amis lorsque Jésus ressuscité leur apparut.  Nous ignorons la raison de son absence, car  notre texte n’en dit rien.  Pourquoi il s’est éloigné de ses compagnons ?

Je m’imagine qu’il était tellement déçu, qu’il s’était éloigné de ses compagnons. Il avait placé toute son espérance en Jésus, mais cette espérance avait été brisée, clouée à la croix, et scellée dans le tombeau. C’était fini. Pourquoi continuer ? Pourquoi se réunir avec les disciples ? Thomas avait tout quitté pour suivre le Messie, il a entendu son enseignement, et il a espéré l'avènement de son règne.  Il s’était prononcé prêt à mourir avec Christ, mais comme tous les autres, il s’était enfui. Il est vrai que Pierre s’était déclaré prêt à mourir avec Jésus, lui aussi, et qu’il s’est joint aux autres. Mais je pense que Thomas était d’une nature plus sensible. Dans son découragement et sa tristesse, il s’était écarté des disciples.

Peut-être sa nature mélancolique le poussait à être encore plus sceptique que tous les autres disciples concernant les nouvelles de la résurrection. Quand les autres disciples lui avaient dit qu’ils avaient vu le Seigneur, il a répondu avec amertume : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point » (20:25). Il ne pouvait pas croire au témoignage de ses frères ; il devait avoir de l’évidence palpable pour lui-même. Il n’a pas questionné leur véracité, mais il a soupçonné la réalité de ce qu’ils avaient cru voir.

Sa réaction est reconnaissable et humaine. Lorsque nous sommes frappés par un doute ou un sens d’échec, nous aussi, nous avons la tendance de chercher la solitude, d’être seul avec nos doutes, nos soucis, nos tracas, nos souffrances.  Nous avons aussi la tendance de nous isoler de nos frères et sœurs avec pour résultat une attitude de plus en plus sceptique et amer.

Même si c’est compréhensible humainement parlant, toujours est-il que Thomas a raté la présence du Seigneur. Il a raté la consolation que Jésus a apporté à ses frères.

Pour nous c’est pareil, si nous nous éloignons de nos frères et sœurs, nous allons rater aussi la présence encourageante de Jésus.  Nous allons rater sa consolation, nous allons rater sa paix et sa joie. En plus, ce qu’on découvre dans cette histoire, l’isolement n’est pas sans danger, car il peut nous amener à douter, voire à devenir incrédule, comme dans le cas de Thomas.

 2. Face aux épreuves, le doute n’est pas la bonne réponse

Thomas a douté.  Les autres disciples n’étaient pas toujours  crédules non plus. Ils avaient vu à maintes reprises des hommes crucifiés. Ils reconnaissaient la mort. Donc, tout le monde savait que Jésus était mort. Les Pharisiens le savaient. Les Sadducéens le savaient. Les Juifs le savaient. Les bourreaux romains le savaient. Et les disciples le savaient. Et quand les femmes ont rendu témoignage aux disciples qu’elles avaient vu le Christ ressuscité, les disciples ne les ont pas crues.

En principe, le témoignage des femmes n’était pas acceptable dans la société juive. Si les évangélistes falsifiaient les évangiles, ils n’auraient jamais fait des femmes les premiers témoins de la résurrection, mais s’ils l’ont écrit de cette manière, c’est simplement parce que les femmes étaient en fait les premiers témoins du fait que Christ était ressuscité. Les disciples restaient plutôt incrédules devant leur témoignage.

Cette hésitation à croire met en valeur leur témoignage postérieur. Ils n’étaient pas de gens crédules, prêts à croire n’importe quoi. Ils devaient être aussi convaincus par la présence physique véritable de Jésus Lui-même. Mais ils ne se sont pas éloignés de la présence des autres.

Thomas avait quelque chose que les autres disciples n’avaient pas : le témoignage de ses frères disciples. Le fait que Thomas insiste sur une évidence tangible, concrète, indique qu’il est allé plus loin que les autres disciples dans son incrédulité. Pourtant, Thomas n’était pas un rationaliste. Il y a des gens qui ne croient pas parce qu’ils ne veulent pas croire ou bien parce qu’ils ont une vision du monde et de la réalité qui ne donne pas de place à Dieu ou au surnaturel. D’autres ne veulent pas croire à la résurrection des morts parce qu’ils ne veulent pas faire face au Juge de toute la terre. Thomas, par contraste, n’était ni rationaliste ni athée. Il n’a pas rejeté les miracles de Jésus. Il ne doutait pas de la résurrection de Lazare. Mais il était si déçu et si brisé qu’il ne pouvait plus accepter le témoignage de ses frères. Il préférait rester dans son amertume.

Heureusement que Jésus sait traiter nos déceptions et nos doutes. Heureusement qu’Il sait mieux que nous comment ramener au troupeau une brebis égarée.

3. Dieu sait répondre à nos doutes honnêtes 

Une semaine s’est écoulée avant que Jésus ne fasse une autre apparition. On pourrait se demander pourquoi Jésus a laissé les disciples tout seul pendant cette semaine-là. La foi des disciples avait besoin de mûrir afin de ne pas dépendre de la présence physique de Jésus. Comme une mère s’éloigne de son enfant afin de l’encourager à marcher, Jésus a laissé les disciples tout seul afin qu’ils apprennent à marcher par la foi. Alors une semaine s’est écoulée pendant laquelle les disciples ont réfléchi à la signification du Christ ressuscité.

Et puis, Jésus revient, et il revient quand Thomas était présent. Il s’adresse immédiatement à Thomas en employant les mêmes termes qu’il avait adressés à ses frère : « Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance aussi ta main et mets là dans mon côté » (20:27). Il y avait peut-être un reproche dans cette invitation, mais elle manifeste aussi la grâce et la compassion de Jésus. Il parle à un disciple sincère dont la foi est faible. Il ne le condamne pas. Quand des gens qui ne voulaient pas croire lui demandaient des preuves, Jésus leur a répondu, « Une génération méchante et adultère demande un signe; il ne lui sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas » (Matthieu 12:39).

Pour Thomas Jésus avait simplement un avertissement : « Ne sois pas incrédule, mais crois ! » (20:27). Qu’est‑ce que cela veut dire ? Cela veut dire ceci : « Ce n’est pas une question d’évidence, Thomas, mais plutôt à ta tendance et à ton attitude d’esprit et de cœur. » Si l’on ne voit pas la lumière du soleil, cela ne veut pas dire que le soleil ne brille pas. Cela veut dire que l’on a fermé les yeux. « Ne sois pas incrédule, mais crois ! » Ouvre les yeux !

Il y a deux tendances travaillant en nous. Et l’une d’entre elles va prédominer. Nous pouvons cultiver l’habitude du doute. Alors, nous cultivons l’incrédulité et nous finissons par descendre dans la catégorie des gens sans foi. Ou bien nous pouvons cultiver la foi pour recevoir un encouragement de la part de nos frères et de nos sœurs. Si le feu essaie de s’éteindre, tirez la braise ensemble pour qu’elle s’enflamme.

Dans notre histoire Jésus reproche à Thomas son incrédulité. Ses paroles frappent puissamment le cœur de Thomas, car il prononce une confession merveilleuse : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (20:28). Thomas a reconnu que celui qui était devant lui était son Maître bien-aimé, celui qu’il connaissait avant la crucifixion. Mais puisque la mort ne pouvait pas le retenir, il devait être aussi Dieu, ce qui le provoque à s’écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Celui qui sonde les cœurs  des hommes est au courant de tout ce qui se passe dans notre cœur. En fait, c’est Lui qui nous recherche et Il sait faire face à tous nos questionnements.

4. Dieu réserve une bénédiction pour nous qui n’avons pas vu et qui avons cru

Pour nous qui n’étaient pas parmi ses disciples qui ont vécu avec Jésus, nous les autres,  Dieu a réservé une bénédiction spéciale :  « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » (20:29).

Dans le Nouveau Testament, croire est plus qu’accepter quelque chose comme vrai. C’est aussi se confier. L’objet de notre foi n’est pas une doctrine, mais une Personne. Croire est s’engager totalement à Christ. C’est de reconnaître que Christ est Seigneur, que Christ est  Dieu à qui nous devons rendre une obéissance complète.

Pourquoi Jésus a‑t‑Il prononcé cette béatitude ? Nous pensons parfois qu’il aurait été préférable de vivre à cette époque-là, de voir le Seigneur et ses miracles. Les disciples étaient confrontés par le Christ ressuscité d’une telle manière qu’ils ne pouvaient pas ne pas croire. Mais nous, nous avons l’occasion d’exercer une foi qui ne dépend pas de ce que nous voyons, mais plutôt une foi qui repose sur ce que nous avons entendu.

« La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ », écrit l’apôtre Paul plus tard (Romains 10:17). Notre foi repose sur la parole de Dieu. Et la parole nous convainc de la vérité par l’Esprit Saint : « La foi, c’est l’assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas » (Hébreux 11:1). C’est pourquoi Jésus a prononcé cette bénédiction sur ceux qui croient sans l’avoir vu.

Enfin, quelle est la conclusion pour nous ? Où en sommes-nous ? Qu’est-ce que cette histoire de Thomas nous a appris ? Quelle attitude allons-nous choisir dès que  nous sommes découragés ou déçus ?

Pour Thomas, Christ était crucifié quelques jours auparavant. Pour beaucoup de  gens, Christ est toujours crucifié, toujours suspendu sur la croix, toujours en train de souffrir. Mais non ! Jésus  est ressuscité, Il est vivant et Il agit puissamment en nous par son Esprit.  Laissons-nous convaincre par Lui. Cherchons continuellement sa présence parmi nos frères et nos sœurs. Jésus n’a-t-Il pas dit  « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, Je suis au milieu d’eux » ? (Matthieu 18:20).

Plus tard  l’apôtre Pierre nous encourage : « Vous l’aimez, sans l’avoir vu. Sans le voir encore, mais croyez en lui et vous tressaillez d’une allégresse indicible et glorieuse, en remportant pour prix de votre foi le salut de vos âmes » (1 Pierre 1:8‑9).
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