Dire Emmanuel, un acte de foi qui change tout

 

Noël (4)
Message par Evert Van de Poll, le 8 janvier 2012, dans l’Église Évangélique Baptiste « Partage » de Perpignan

Aujourd’hui, le 8 janvier 2012, vous avez bien tourné la page de l’année 2011. Finies les fêtes de fin d’année, la vie habituelle reprend son cours.
Mais sur le calendrier chrétien, nous sommes encore dans la période de Noël. En Occident, cette période s’achève demain avec la fête du baptême de Jésus. C’est ce que l’on appelle Epiphanie, cela veut dire ‘manifestation de Dieu’. Car lors du baptême de Jésus, le Saint Esprit descendit sur lui, et une voix du ciel s’adressait à Jésus : Tu es mon Fils bien-aimé, puis à ceux qui l’entouraient : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection (Luc 3.22, Matthieu 3.16). Jésus avait trente ans quand il s’est fait baptiser – mais nous le commémorons dans la période de Noël. Ce n’est pas le temps chronologique qui compte, mais le temps de Dieu. Il a envoyé son Fils dans le monde, sous forme d’un être humain, et il l’a manifesté publiquement comme étant son Fils bien-aimé.
Aujourd’hui, c’est l’avant dernier jour de la période de Noël, et c’est la fête des Rois – pour commémorer la venue des mages de l’Orient pour adorer Jésus.
En Orient, justement, les Églises fêtent Noël aujourd’hui, quinze jours plus tard qu’en Occident. Les Coptes en Egypte, les Églises orthodoxes et syriennes. Partout dans le Moyen Orient, les communautés chrétiennes se réunissent aujourd’hui pour célébrer la naissance de Jésus-Christ.
Mais leur joie est mêlée à l’inquiétude et à l’angoisse d’ailleurs, car le fameux « printemps arabe » risque de tourner au cauchemar pour ce qui concerne les minorités chrétiennes dans ces pays. Des mouvements islamistes radicaux montent en puissance, leur agenda est d’instaurer la sharia, d’islamiser la société. Les chrétiens risquent de perdre le peu de liberté dont ils jouissent encore.
Nombreux sont ceux qui partent ailleurs. Ils ont peur de vivre la même chose que leurs frères et sœurs dans le nord du Nigéria, où des attaques violentes et meurtrières de la part des groupes islamistes sont à l’ordre du jour. Dernier drame en date : le massacre dans une Église lors du culte de Noël, justement.

Le huitième jour

Comme c’est la fête des Rois chez nous, en Occident, j’aurais pu aborder l’histoire des mages de l’Orient. Ces personnages et ce qu’ils ont vécu, sont très intéressants mais aussi très complexes. Ils ont beaucoup à nous dire aujourd’hui, je vais y consacrer un Théo’Matin dans quinze jours.
Aujourd’hui, je veux aborder un autre moment marquant dans la période de Noël – la révélation du Nom du Sauveur.
Quant à la naissance de quelqu’un, nous pensons toujours au jour même où il est venu au monde. Le jour de l’accouchement. Mais dans la tradition juive, biblique, on doit aussi penser au huitième jour après.  C’est un moment d’une grande importance. C’est le moment où le nouveau né va prendre sa place parmi les vivants en tant qu’une personne à part entière.
On peut dire que pendant une semaine il existe déjà, mais de façon provisoire en quelque sorte. Comment s’appelle-t-il ? Comment s’appelle-t-elle ? Eh bien, on ne sait pas encore. Comment s’adresser à lui ? Par quel nom ? On l’ignore. Même sa maman ne peut pas encore l’appeler comme il le faudrait, puisque papa n’a pas encore décliner son nom.
Il faut attendre huit jours. A ce moment-là le père de l’enfant prend solennellement la parole afin de prononcer  pour la première fois dans l’histoire du nouveau né son véritable nom. Une fois son nom révélé, les autres peuvent s’adresser à lui en tant qu’une personne. Le respecter en tant que telle. Construire des relations
S’il s’agit d’un garçonnet, il sera circoncit ce jour-là. Signe d’entrée dans l’Alliance de Dieu avec son  peuple d’Israël.  Après quoi il reçoit son nom.

Deux noms

Joseph et Marie suivent la tradition. Luc nous relate ce moment très important : le jour où l’enfant reçut la circoncision, il fut appelé Jésus, d’un nom indiqué par l’ange avant sa conception (2.21).
En fait, l’ange l’a indiqué à deux reprises. Une fois lors de son apparition à Marie : tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (1.31) Une seconde fois quand il est apparu à Joseph, à lui aussi, dans un songe : Marie, ta femme, enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés (1.21).
Mais il y a quelque chose d’étonnant, par rapport à son nom, justement. Car Matthieu continue son récit en ajoutant le commentaire suivant :
« Tout cela arriva afin qu’il s’accomplisse ce que le Seigneur a déclaré par le prophète : voici que la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous » (1.22).  
Alors, c’est un deuxième nom. Qui va donner ce nom au nouveau né ?
Son père vient de décliner son nom officiel, qui sera inscrit dans les registres : ‘Jésus’, Yeshoua en hébreu, un nom très commun. Tout le monde l’appellera ainsi.
Mais qui va lui donner le nom d’Emmanuel ?
On lui donnera ce nom, écrit Matthieu.
Qui sont-ils ? « On » ?

Citation d’une prophétie

Les premiers auditeurs et lecteurs de cet Évangile savaient très bien d’où venaient ces propos. Matthieu a cité un passage dans la prophétie d’Esaïe. Au chapitre 7, nous lisons que le prophète fut envoyé vers le roi de l’époque avec un message d’espérance. Le roi Asa était dans la détresse, son pays était sous la menace des grandes puissances, le peuple vivait sous la menace d’une guerre qu’ils allaient certainement perdre. En plus, le roi était fatigué, affaibli, mais sans successeur compétent. L’avenir était on ne peut plus sombre.
Une jeune fille tombera enceinte, elle accouchera d’un fils qui s’appellera Dieu avec nous, Emmanuel. Autrement dit, le roi aura un successeur, quelqu’un de tout à fait compétent pour sauver Israël. Dieu ne va pas laisser son peuple dépérir. Il va intervenir. Il restera fidèle à son alliance. Il enverra un Sauveur, pour montrer qu’il est encore toujours avec son peuple.
Le roi et son entourage pensait que ce serait le fils d’une femme à la cour, donc le prochain roi. Et en effet, sous le règne de ce successeur les choses se sont un peu améliorées. Mais pas de façon glorieuse. Les gens devraient comprendre que ce roi successeur n’était qu’un signe avant-coureur d’un grand roi à venir. Un Messie. Un Sauveur divin, qui allait délivrer le peuple d’Israël, et le monde entier, de leurs péchés. Une délivrance définitive.  Pour ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité : le Royaume de Dieu.
Plus tard, Ésaïe va prophétiser : un Fils nous sera donné, et la domination reposera sur son épaule. On l`appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix (9.5)

Tous les autres prophètes ont annoncé la venue de ce Sauveur, en des termes très variés d’ailleurs. L’un d’entre eux va utiliser le même nom Emmanuel qu’Ésaïe à utilisé et que Matthieu a cité. On peut penser que Matthieu avait cette prophétie en tête également. C’est Sophonie. Il a dit ceci :
Pousse des cris de joie, fille de Sion! Pousse des cris d’allégresse, Israël! Réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem ! L’Éternel a détourné tes châtiments, Il a éloigné ton ennemi. Le roi d’Israël, l’Éternel, est au milieu de toi ; tu n’as plus de malheur à éprouver. En ce jour-là, on dira à Jérusalem : Ne crains rien! Sion, que tes mains ne s’affaiblissent pas. L’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, comme un héros qui sauve. Il fera de toi sa plus grande joie. Il gardera le silence dans son amour. Il aura pour toi des transports d’allégresse. Je rassemblerai ceux qui sont dans la tristesse, loin des fêtes solennelles…
Je délivrerai les boiteux et je recueillerai ceux qui ont été chassés, Je ferai d’eux un sujet de louange et de gloire Dans tous les pays où ils sont en opprobre… Je ferai de vous un sujet de gloire et de louange Parmi tous les peuples de la terre, quand je ramènerai vos captifs sous vos yeux, dit l’Éternel (3.14-20).

Tout le monde parle de lui

Maintenant, on commence à comprendre qui va donner le nom Emmanuel à celui dont le nom d’état civil, si j’ose dire, est Jésus.
Du temps de Jésus, beaucoup d’hommes juifs portaient ce nom. Depuis le christianisme s’est répandu dans le monde entier, son nom est universellement connu.
Pour beaucoup de gens aujourd’hui, Jésus est bien un personnage historique, le fondateur d’une grande religion ou un sage, mais pas plus que cela. Les uns croient que le portrait que la Bible dresse de lui, est plus ou moins vrai, les autres mettent en doute pas mal de choses, notamment la naissance virginale, les miracles, la résurrection et l’ascension au ciel.
Les historiens font des recherches.
Sur les plateaux de télévision, des journalistes et des spécialistes de religion discutent de son influence aujourd’hui.
Et on l’appelle Jésus.
Mais vous pouvez faire un simple constat : personne d’entre eux ne l’appelle Emmanuel. Certains savent beaucoup sur lui, certains connaissent très bien les Évangiles, certains vont même à l’Église et se disent chrétiens…  Et pourtant, pour tous ces gens-là ; Jésus reste Jésus.

Un acte de foi

« On lui donnera le nom d’Emmanuel ».
Mais qui, donc, va l’appeler ainsi ?
Celles et ceux qui voient en lui plus qu’un nouveau né. Plus qu’un enfant mignon et adorable. Plus qu’un homme, aussi vertueux et aussi talentueux qu’il puisse être. Plus qu’un être humain.
Celles et ceux qui voient en lui l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu, qui comprennent que ce Jésus est en effet le Messie, le Fils que Dieu nous a donné pour nous sauver du mal, du diable et de la mort éternel.
« On lui donnera le nom d’Emmanuel ».
Cette prophétie est en effet une invitation au peuple d’Israël d’abord, et puis à tous les peuples.
Nous pouvons la comprendre ainsi : « C’est à vous de lui donner ce nom ».
C’est à vous de l’accueillir comme le Sauveur et le Seigneur.
En Jésus, Dieu est venu au milieu de son peuple.
Lors de son vivant, ceux qui voyaient Jésus agir, qui l’entendaient enseigner, devait se positionner. Soit rester dans l’indifférence, dans l’opposition et dans la critique, soit croire à ce qu’il disait, et mettre leur confiance en lui.
Mais ce n’était pas quelque chose de temporaire, réservée à cette génération seulement.
Jésus est ressuscité. Il est vivant. Et par son Saint-Esprit, il est présent dans le cœur de chaque homme et chaque femme qui se tourne vers lui, Jésus vivant, et qui l’accueille pour entrer dans sa vie.
Alors, on devient croyant dans le véritable sens du terme : on ne croit pas seulement à son existence, on croit en lui. C’est-à-dire, on a reconnu qu’en Jésus, Dieu est avec nous. On a mis son entière confiance en lui.
C’est là une rencontre de foi. A partir de là, vous pouvez dire, de tout votre cœur et avec une conviction profonde : en Jésus, Dieu est avec nous. En lui, Dieu est avec moi. Alors, vous lui donnez le nom « Emmanuel ».
Autrement dit, c’est un acte de foi que de l’appeler Emmanuel.
Et cela change tout !
Dire Emmanuel revient à une véritable conversion, une réorientation de la pensée, le début d’une nouvelle façon de vivre. Est ce que vous l’appelez ainsi ?
Siméon et les yeux de son cœur
« On lui donnera le nom d’Emmanuel ». Qui ?
Celui qui regarde la personne de Jésus, non pas avec ces yeux physiques, mais avec les yeux de son cœur. Les yeux, non pas du raisonnement humain, mais de la foi. Les yeux de la confiance en Dieu.
Celui qui le regarde comme Siméon l’a regardé. Avec les yeux de son cœur.
Siméon, quel personnage que Luc introduit dans son Évangile ! Un vieil homme, qui avait peut-être des problèmes de vu, comme cela arrive quand on avance en âge. Mais les yeux de son cœur n’avaient rien perdu de leur capacité de voir la réalité qui se cache derrière l’apparence, et que seul le cœur peut apercevoir.
Les yeux qui voient en quelqu’un quelque chose de spécial, qui nous permettent de l’aimer comme un prochain, comme un frère ou une sœur, comme un ami, ou, dans un cas unique, comme l’homme ou la femme de ma vie !
Les yeux qui voient les choses spirituelles.
Les yeux qui nous permettent de croire.
Siméon était là quand l’enfant Jésus fut présenté à l’Eternel au temple.
Il avait été divinement averti par le Saint Esprit qu`il ne mourrait point avant d`avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint au temple, poussé par l`Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu`ordonnait la loi, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit: Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S`en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d`Israël, ton peuple. Son père et sa mère étaient dans l`admiration des choses qu`on disait de lui (Luc 2.26-33)
Siméon a regardé ce petit enfant avec les yeux de son cœur et il a vu que c’était Dieu avec nous.

Dieu

Arrêtons-nous sur ce nom Emmanuel, car il nous révèle le sens profond de celui dont  nous venons de célébrer la naissance.
Soulignons d’abord le premier élément de ce nom : Dieu avec nous. Plus qu’un homme, Jésus est la révélation de Dieu. Ce Dieu dont nous avons tous besoin, mais qui reste souvent si lointain, si vague, si inaccessible. C’est Jésus qui incarne son caractère, qui nous montre son amour. En lui, nous entendons sa parole divine. En lui, nous voyons le visage divin.

 

Nous

Mais qui sommes-nous pour que Dieu nous vienne parmi nous ? Accablés par le mal que nous faisons aux autres et par le mal que nous subissons de la part des autres, nous vivons loin de notre Créateur, bien que nous le cherchions car la pensée de l’éternité est dans notre cœur.
Et pourtant, nous sommes inclus dans ce nom révélateur : Dieu avec nous.
Cela met en valeur tous les hommes, quels que soient leurs origines, leur culture, leur statut social, leur pratique religieuse. Chaque être humain compte pour lui. En venant sur notre terre et en partageant notre condition humaine, y compris notre misère, il nous a tous mis en valeur, car personne n’est exclue d’emblée de cette possibilité de vivre en relation avec Dieu.

Avec

Je dis bien ‘avec’, puisque c’est là le troisième élément : Dieu avec nous. Pas Dieu loin de nous. En encore moins Dieu contre nous. Mais Dieu avec nous. Une seule préposition qui change tout.
Nous avons tous besoin de Dieu, pour notre destinée éternelle comme pour notre vie de tous les jours, puisque nous portons son image. Mais un gouffre de péché et de mal nous sépare de lui, sans que nous puissions nous réconcilier avec lui. C’est Jésus qui l’a fait, au prix de sa vie, à la croix. C’est lui qui a instauré une alliance entre nous et notre Créateur. Dieu est avec nous, pour toujours. C’est pourquoi nous l’appelons Emmanuel.
Dire Emmanuel, cela change notre regard, cela change notre comportement, cela change tout.