Noces de Cana, image de notre vie

 

Les signes de Jésus (1)
Message par Yanna Van de Poll, le 29 janvier 2012, dans l’Église Évangélique Baptiste « Partage » de Perpignan

Tout le monde aime des fêtes. Dans quelques jours, le calendrier affiche la fête de la Chandeleur, qui rappelle la présentation de Jésus au temple. Une fête marquée par la coutume de manger des crêpes, et qui n’aime pas des crêpes ?
Quoi de plus beau donc qu’une fête ! Surtout une fête de noces.
Un mariage est un événement important et joyeux dans les familles : les fleurs, les habits de fête, les cadeaux, le repas, les danses autour d’un couple qui célèbre son amour et le consacre dans un projet de toute une vie. Un projet porteur de bonheur espéré, de vie partagée et donnée, de joies et de combats pour l’éducation des enfants. C’est un rêve qui se réalise, c’est la fête !
Jésus aimait, lui aussi, les fêtes de noces. À une de ces occasions, il a fait un geste extraordinaire. Je vous invite à lire ce qui s’est passé exactement, en Jean 2.1-12. Un très beau passage.

1. Des bâtons dans la roue

Vous reconnaissez certainement ce phénomène. Vous aviez tout prévu et d’un coup, il y a des imprévus qui mettent des bâtons dans la roue, des situations embarrassantes qui vous gâchent littéralement la fête.
Dans notre passage c’est exactement cela qui est arrivé. La fête battait son plein. Les invités se réjouissaient, le couple, dont on ignore l’identité d’ailleurs, rayonnait de bonheur. On buvait, on chantait, on dansait.
Mais lorsque le mariage faisait bon train, la joie commençait à faiblir, à s’estomper, car le vin venait à manquer. L’hôte avait tout prévu, sauf une quantité suffisante de vin. Quelle honte ! Sa réputation était menacée. Lui, l’hôte de la fête, va passer pour un parcimonieux, pas vraiment généreux, quelqu’un qui n’a pas su prévoir la quantité de vin nécessaire.
Quand on sait l’importance que revêt l’hospitalité en Orient, vous comprenez que la cause est grave, vous comprenez le désarroi de Marie.
Au moment où tout va si bien, et que tout le monde est très content, un problème grave surgit et très vite, la fête est gâchée, perturbée. Je pense, qu’on connaît tous des pareilles situations.

Heureusement, nous connaissons la fin de l’histoire, mais réfléchissons un peu au message que Jésus veut nous transmettre et que l’évangéliste Jean va mettre en évidence. 


2.    Des signes

D’abord, Jean ne parle pas d’un miracle, mais d’un signe. Ce mot « signe » est très important. Dans les trois premiers Évangiles, Jésus inaugure son ministère public non pas par un miracle mais par une proclamation. Marc 1.14-15 « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle.» Dans la synagogue de Nazareth il proclame : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année de grâce par le Seigneur» (Luc 4.18-19)

En revanche, Jean fait commencer le ministère de Jésus par un miracle, qu’l appelle un signe. Par définition, un signe doit signifier quelque chose. Il renvoie à autre chose que lui-même, il indique sous une forme sensible une réalité plus grande que lui. Comme, par exemple, quand vous dites: « Ce cadeau est un signe de mon affection ». Dans notre histoire, Jean déclare que le premier des signes eut lieu pendant ce repas de noces, à Cana, lorsque Jésus changea l’eau en vin. Le premier miracle, celui des noces de Cana, est qualifié par Jean le  commencement des signes. En soulignant qu’il s’agit du premier signe fait en Galilée, Jean donne plus qu’une indication chronologique. En effet, le mot traduit dans nos Bibles par ‘premier’ n’est pas l’adjectif ordinaire ‘protos’ (qui équivaut au latin ‘primus’, c’est-à-dire le principal, la première position), mais le mot “arché” dont le sens très marqué est celui de ‘commencement’Ce signe n’est qu’un début, d’autres vont suivre.
En fait, l’Evangile de Jean relate en tout sept miracles de Jésus, qui sont tous des signes.
Ces sept signes se caractérisent non seulement par l’intensité de la puissance divine manifestée, ils se caractérisent surtout par l’enseignement qui s’y rattache. Car, comme nous l’avons dit, des “signes” sont porteurs d’un message.
La question est donc de savoir : quel est le message représenté par ce signe ?

3.    La nécessité d’une transformation du judaïsme

Selon Jean, la venue de Jésus inaugure une transformation. La transformation de l’eau en vin symbolise la fin de l’ancienne alliance et l’inauguration d’une ère nouvelle dans la religion du peuple d’Israël, des Juifs.
Si nous situons cette transformation d’eau en vin dans le contexte du Nouveau Testament, et dans le contexte de l’Évangile de Jean en particulier, on s’aperçoit que la noce, c’est la fête d’un mariage,  et que le mariage a toujours été une image de l’alliance de Dieu avec son peuple.
C’est un thème régulièrement utilisé par les prophètes bibliques. Dieu y est présenté comme l’époux fidèle, inconditionnel, et Israël comme sa fiancée, ou bien comme son épouse.
Or, pendant ces noces qui nous occupent aujourd’hui, il va manquer du vin. Dans une certaine lecture que l’on a faite de ce texte, ce manque signale l’insuffisance du judaïsme à répondre aux exigences de l’alliance. La vie religieuse n’était pas à la hauteur.
Un autre élément qui va dans le même sens, note un exégète, est le constat qu’il n’y a que 6 jarres. Le chiffre six évoque au Juif l’idée d’imperfection. Six est un chiffre d’incomplétude parce que, bien sûr, la perfection vient avec le chiffre sept.  Ces six vases de pierre utilisés pour la fête à Cana étaient destinés aux rites de purification des Juifs. Les serviteurs devaient les remplir à ras bord (verset 7). Les six, remplies jusqu’au bord, contiennent les six cents litres environ. Quand Jésus transforme le contenu, cela suffit pour huit cent bouteilles de vin! Voilà qui dépasse de loin les besoins immédiats d’une petite fête de noces villageoises.

Par cela Jean indique que le système religieux juif, avec ses rites de purification, avec ses règles et ses interdictions est à bout du souffle. Même si tout ce système semble être bien rôdé, même si tout marche comme sur les roulettes, ce système est devenu obsolète, il n’y plus de vie dedans.
Jean voulait signaler ici combien l’ancienne alliance était imparfaite, incapable de purifier la conscience et que les traditions basées sur la Loi ne pouvait pas produire de la vie. L’apôtre Paul écrit plus tard aux Églises en Galate : « Si une loi avait été donnée qui puisse procurer la vie aux hommes, alors l’homme pourrait être rendu juste devant Dieu par le moyen de la loi. Et Dieu n’aurait pas eu besoin d’envoyer son Fils » (3.21).

L’abondance du vin fournie par Jésus ne remédie pas seulement à l’impuissance de la religion mais il dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Comme il est écrit : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2.9).

Le premier signe symbolise donc que Jésus est venu inaugurer la nouvelle alliance. Une nouvelle manière de vivre la relation avec Dieu.
Mais pas tout de suite : « Mon heure n’est pas encore venue », dit Jésus à sa mère. Cette expression renvoie à la croix, qui lui attend quelques années plus tard. Ce sera l’heure de la réconciliation avec Dieu. A la croix, l’eau de l’ancienne Alliance est définitivement changée en vin.
L’eau signifie la religion basée sur la pratique de la Loi. Jésus l’a remplacé par quelque chose de nouveau, et tout le monde en convient, le vin est meilleur. Son ministère est donc bien meilleur que toute l’ancienne alliance.

4.    La nécessité d’une transformation de notre vie

Mais, il y a plus encore. Ce signe est également un signe d’une autre transformation, celle de notre propre vie.
Ce geste de Jésus signifie que le Christ nous offre une vie renouvelée, une vie transformée.
Comme l’apôtre Paul l’a formulée : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » : (2 Corinthiens 5.17).
Le message de Jean est donc que Jésus est venu remplacer notre vie ordinaire par une vie meilleure. Remplacer une vie basée sur nos propres efforts, par une vie remplie de sa présence et basée sur ce qu’il nous donne par sa grâce.

Dans le Bible, le vin est le symbole de la joie, mais toute joie humaine est limitée. Jésus nous offre une joie bien meilleure, une joie éternelle. Dès que l’on goûte à ce vin de Christ, ce vin du pardon, ce vin de la réconciliation avec Dieu, ce vin de la présence de l’Esprit de Dieu dans notre cœur, ce vin de sa puissance, ce vin de son amour inconditionnel, ce vin d’une vie éternelle, dès que l’on goûté à ce vin, on découvre que la joie qu’il procure est infiniment supérieure en qualité à toute joie terrestre. En plus elle est sans limite, elle est inépuisable.
Parlant de son mandat, Jésus-Christ a lui-même proclamé:  »L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur » (Luc 4.18-19).

Tout au long de sa vie, Jésus a combattu les maux dont souffre l’homme. Des maladies, des fièvres, des esprits mauvais, et quantité d’autres sortes de mal. L’annonce du salut s’accompagne par des guérisons, par des délivrances, par des rétablissements. Ce ne sont pas des gestes magiques,  étonnants, mais des « signes » de ce que le Règne de Dieu est à proximité de ceux qui l’entendent, à la portée de ceux qui le rencontrent. Par le Christ Jésus, Dieu donne la victoire de tout ce qui fait mal à l’homme et à tout homme.

Si Jésus Christ est l’invité de notre vie, il nous annonce une vie bien meilleure. Alors, laissons-le nous transformer. Laissons-le agir en nous pour changer peu à peu tous nos sentiments de tristesse, d’envie ou de rancune, pour en faire des sentiments de joie, de bienveillance et de reconnaissance.
Grâce à présence au milieu de nous, nous pouvons repartir de plus belle, renouvelée, fortifiés d’un vin nouveau, un vin abondant et bien meilleur encore que celui dont le stock était épuisé lorsque les gens avaient encore soif. Signe de l’alliance nouvelle entre Dieu et nous, en Jésus-Christ.

5.    Au-delà de nos propres limites – l’Esprit de Dieu

Passons un instant de Jésus à sa mère Marie. Son action auprès de Jésus est intéressante, car elle lui fait simplement part de ce manque. Elle reconnaît que Jésus seul puisse faire quelque chose pour aller au-delà des limites humaines.
Quand elle fait part à son fils que le vin est épuisé, Jésus ne semble pas prêt à intervenir juste comme ça, comme. Marie a bien compris. Loin de refuser son aide, Jésus ne se présente pas comme un faiseur de miracles, un dépanneur magique. Quand il intervient, ce sera à ces termes à au moment qu’il choisira. C’est ce qu’elle va dire aux responsables de la fête : « Faites tout ce qu’il vous dira ».
C’est une invitation à mettre leur entière confiance en Jésus, sans rien mériter. La seule condition est d’avouer ce qui ne va pas, et de reconnaître qu’ils ne s’en sortiront jamais tout seul.
L’histoire de ce matin est un encouragement pour nous aussi. Disons à Dieu tout ce qui nous manque. Quel est le vin qui nous manque ? Qu’est-ce qui a besoin d’un changement ? Parfois on est en lutte avec ses manques, mais on ne le dit pas clairement à Dieu. « Seigneur, change-moi, j’ai des manques terribles. Je manque d’amour, je manque de patience, je manque de discernement, je manque de persévérance, je manque de confiance ». Etcétera. Avouons-le. Soyons honnêtes.
Nous sommes par définition incapables de vivre la nouveauté de vie que Dieu nous offre en Christ.
Jésus nous transforme par son Esprit – mais cela ne se fait pas comme par baguette magique. L’Esprit nous met à contribution. Nous devons coopérer. Faire des efforts. Renoncer à certaines choses. Demander pardon les uns aux autres. Essayer de comprendre sa Parole et de le mettre en pratique. Mais à chaque instant le cœur ouvert à l’action du Saint Esprit.
Sans l’Esprit du Christ, il nous est impossible d’opérer des changements durables dans notre vie.
La bonne nouvelle est que Jésus nous a promis la plénitude de son Esprit. Demandons-le-Lui tout simplement. Qu’il nous remplisse de son Esprit dont le vin nouveau au mariage de Cana fut le signe  

6.    La gloire de Dieu

Dernier point, cette transformation révélait la gloire de Dieu. Jean écrit : à Cana Jésus " manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ".
A la différence de notre culture contemporaine, le mot ‘gloire’ n’indique pas en premier lieu la position ou le comportement extérieur d’une personne, son prestige, son rayonnement, mais ce que la personne vaut en elle-même. Dans la Bible la ‘gloire’ , dans un sens absolu, est réservée à Dieu seul. Le prophète Isaïe en a eu une vision, et il s’est exclamé ainsi: " Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de l’univers. Le ciel et la terre sont remplie de sa gloire ".
L’expression ‘la gloire de Dieu’ désigne différentes manifestations de la présence divine.
La Bible est pleine de récits des miracles qui se produisent, lorsque Dieu manifeste sa présence.  Cette manifestation se faisait dans certaines circonstances et avait pour but de rendre ‘honneur’ à Dieu et de faire ‘briller’ sa majesté devant son peuple.
On pourrait dire qu’elle était comme le ‘rayonnement’ qui se dégage de sa personne, l’éclat splendide de toutes ses perfections, une révélation de son existence et de sa toute-puissance.
Cette gloire est reflétée d’une manière parfaite en Jésus-Christ : « Le Fils est le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et il soutient toutes choses par sa parole puissante. Il a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts. » (Hébreux 1.3).

Là où Jésus-Christ est à l’œuvre, la gloire de Dieu se manifeste, et les choses vont changer profondément. Nous en serons transformés. Comme le dit l’un des apôtres qui a vécu l’intervention de Dieu dans sa vie, lui qui a vu l’eau de son existence se transformer en vin nouveau. Il dit ceci : « Nous tous dont le visage découvert reflète la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur » (2 Corinthiens 3.18)

N’est-ce pas cela ce que nos cœurs désirent? Les disciples ont cru en voyant la gloire de Dieu. Ils ont cru que Jésus est le Messie, et à ce titre la source de vie. Ils ont compris que c’est Lui seul qui peut donner la véritable vie.

Je termine. Que cette gloire de Dieu qui s’est manifestée lors des noces de Cana, se manifeste de plus en plus parmi nous. Recherchons comme des fils et des filles  biens aimés la gloire de notre père et proclamons-la! Comme le dit la parole : « Racontez parmi les nations sa gloire, parmi tous les peuples ses merveilles! » 2 Chroniques 16.24)


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