Zacharie - Le mutisme d'un juste et la correction de Dieu

 

En route vers Noël (1)
Message par Yanna Van de Poll, le 6 novembre 2011, dans l'Église Évangélique Baptiste « Partage » de Perpignan

Dans cette période avant Noël, j’aimerais bien commencer une série sur les personnages qui préparaient la venue de Jésus.
Ce matin, je vous propose de se concentrer sur Zacharie, le père de Jean-Baptiste. Zacharie, un prêtre, qui fait fidèlement son boulot dans le temple.  Pendant son service de l’offrande de l’encens, il va vivre quelque chose d’extraordinaire, Dieu va lui parler personnellement.  
Lisons cette histoire étonnante
Luc 1.2-23 ; 64, 67-68  
Vous vous imaginez : quelle punition ! Perdre la langue pendant des mois ! A moins qu’il soit taciturne de nature, mais en tant que  Juif : ne pas parler c’est inimaginable. Et pour nous, les Français, perdre sa langue pendant les mois, c’est même catastrophique !
La question que je me pose par rapport à cette histoire, c’est : est-ce que Dieu est un Dieu injuste en punissant si sévèrement Zacharie ?
Abraham a osé questionner Dieu quand Dieu lui annonce la naissance de son fils,
Moïse avait aussi osé questionner Dieu aussi lors de sa rencontre de Dieu dans le buisson ardent.  
Est-ce que Dieu traite différemment ses enfants ?
Examinons le texte pour découvrir la vraie explication.  

1. Zacharie, un homme juste

D’abord, qui est Zacharie.
L’histoire joue au temps d’Hérode, un descendant d'Esaü. Le sénat romain lui avait attribué le titre : 
" Roi de Judée, ". Hérode sera toujours comme l'un des personnages les plus déplorables dans la bible. Il était l'homme qui a rendu l'ordre sanglant de tuer tous les bébés de sexe masculin, qui avait deux ans et moins, dans les environs de Bethléem. Ce fut sa tentative d'éliminer Jésus, qui vient de naître.
Un plan qui a été vouée à l'échec.  
Pendant ce temps vivait notre couple Zacharie et Elisabeth. Dès les premières lignes, les caractères de ces époux sont mis en évidence : tous les deux sont pieux et justes.
Selon les notions de l'Ancien Testament, être juste, c'est conformer sa conduite et sa vie aux prescriptions de la loi de Dieu.
Or, tous les deux sont irréprochables devant Dieu, ne s’étant jamais détournés de la loi de Moïse.
La question devient encore plus prégnante, comment se fait-il qu’un homme si juste, est repris par Dieu d’une telle manière ?  

2. Zacharie le prêtre

En plus, Zacharie est un sacrificateur, c’est-à-dire un prêtre.  Les prêtres étaient des descendants de la tribu de Lévi. Mais les lévites n'étaient pas tous des prêtres. Il fallait qu'ils n'aient aucun défaut corporel, et qu'ils descendaient de la lignée d'Aaron. Or, lui est de la classe d’Abia et son épouse Elisabeth, descendait de la lignée d’Aaron.  
Il y avait tant de prêtres en Israël qu’ils prenaient leur tour pour servir dans le Temple. Chaque jour était confié à un groupe différent. Zacharie appartenait au groupe qui servait le jour où l’encens était offert. L'offrande de l'encens est l'élément le plus précieux du service du Temple aux yeux de Dieu, et chaque prêtre espère avoir l'honneur de diriger ce service, qui n'est autorisée qu'à une seule fois dans une vie. Zacharie avait donc le  privilège d'entrer dans le sanctuaire et d'offrir le parfum.

Cette offrande avait lieu chaque jour, le matin et le soir, sur un autel spécial situé au fond du sanctuaire, tout près du voile qui fermait le lieu très saint. (Exode 30.1 et suivants)
Pendant que le sacrificateur remplissait cette fonction, le peuple attendait dans le parvis extérieur (verset 21) et adressait à Dieu des prières.
Une autre fonction des prêtres c’est l’enseignement biblique. Ils devaient enseigner le peuple sur la loi de Dieu. Donc, Zacharie connaissait bien les Ecritures.  Comme il est écrit de lui,  il mettait en pratique toute la loi de Dieu, car il était un homme irréprochable.
Mais ce n’est pas tout. Dans un autre domaine il nous sert également d’exemple.  

3. Zacharie, un homme de prière

L’ange Gabriel lui dit : ta prière a été exaucée. Alors, Zacharie était en plus un homme de prière.
Il priait Dieu avec son épouse pour avoir un fils.
Car Zacharie et Elisabeth n’avaient pas d’enfants. Elisabeth était stérile.  
A la surprise de Zacharie, l’ange lui annonce un fils tandis que tous les deux étaient ‘avancés en âge’. Cette remarque sur l'âge des deux époux se rapporte surtout à Elisabeth, car Zacharie devait, pour être encore en fonction, avoir moins de cinquante ans. (Nombres 8.25)  
N’empêche, tout au long de la vie du couple, Zacharie avait prié et supplié Dieu pour avoir un fils.
Ce qui est très beau dans ce passage, c’est le moment où l’ange lui annonçait que sa prière est exaucée :  pendant l’heure de l’offrande du parfum. Le parfum en effet est une image de la prière.
Pendant cette offrande, les prêtres demandaient toujours à Dieu d'envoyer enfin « la consolation d'Israël », c’est-à-dire, le Messie promis par les prophètes.  
A ce moment précis, Dieu promet à Zacharie et Élisabeth un fils dans leur vieillesse, comme il avait fait pour Abraham et Sarah. C’est ici que la promesse faite à Abraham va se réaliser. Abraham qui, par la foi, a été conduit au-delà de lui-même d’ouvrir le chemin du salut pour une multitude de nations.
Nous voyons ici que Luc greffe son évangile dans l’histoire d’Israël. Non pas comme  possesseur de la promesse, mais récepteur de la promesse, le début de son accomplissement dans le monde par l’Évangile.
 

4. Zacharie, un homme incrédule

Bref, Zacharie, donc, un homme juste, un homme de prière, un sacrificateur qui respecte la loi de Dieu et la met en pratique!  Irréprochable. Alors, qu’est-ce qui se passe ? Quand l’ange apparaît à Zacharie,  la frayeur s’empara de Zacharie ainsi que la crainte  (11-12). Cette apparition ne chasse pas le doute de son cœur.
Il s’interroge et  dit à l'ange: « A quoi reconnaîtrai-je cela? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge ».  
Abraham a posé presque la même question, et pourtant, Zacharie est sévèrement repris.
On a l’impression que Zacharie et Abraham sont traités différemment : mutisme pour Zacharie et Abraham honorée pour avoir osé questionner Dieu.
Mais moi  je me suis posée la question : est-ce que c’est vrai ?  
Je me suis dit, il doit y avoir quelque chose à l'intérieur du cœur de Zacharie qui nous échappe, mais que Dieu voit, et qui est condamnable. Est-ce que notre texte nous donne un indice ? Qu’est-ce qui pourrait être condamnable ? Regardons de plus près le texte.
Si on examine la question de Zacharie, on découvre qu’il ne pose pas simplement une question comme Abraham.
Non, Zacharie demande un signe auquel il puisse en reconnaître la vérité. « A quoi reconnaîtrai-je cela ? »  
Alors, ce qui est condamnable dans les yeux de Dieu c’est qu’il manque de foi.
Il est incrédule devant la bonne nouvelle qu’annonce Gabriel.
Zacharie avait prié et supplié Dieu pour avoir un fils,  mais quand la réponse arrive, il ne la croyait pas.  L'ange Gabriel est alors obligé de dire de la part de Dieu : « ...tu n'as pas cru à mes paroles » verset. 20.
En d’autres termes, Zacharie n’a aucune excuse de douter. Le voici : dans le sanctuaire du Seigneur, brûlant de l’encens - une occasion unique,  un moment privilégié, et  en plus,  un ange qui lui  apparaît !
Si un homme devait être prêt à recevoir un message spécial, c’est bien Zacharie ! Pourtant, il doute et il ne croit pas. Il a suivi tous les commandements, et malgré cela, sa fidélité ne s’incarne pas en une foi vivante à un moment crucial dans sa vie.  
Zacharie pensait que son âge empêcherait l’accomplissement du plan de Dieu. Il sous-estimait la puissance de Dieu. Car ce n’est pas Dieu qui est limité, c’est plutôt nous qui limitons Dieu. Tout au long de la Bible, Dieu fait appel à des personnes invraisemblables. Abraham était trop vieux, 75 ans (Gen 12.4 ) ; Moïse bégayait (Ex 4, 10) ; David était le plus petit  (1 Sam 16.11) ; Jérémie était « trop jeune » (Jr 1, 6). Pierre était peu instruit (Ac 4, 13) ; Saul de Tarse haïssait les chrétiens (Ac 9,1)...
Et pourtant, tous sont devenus des prophètes ou des apôtres, car ils ont permis à Dieu de se servir d’eux.  
Alors, quelle est mon excuse pour dire non à Dieu, quand Il veut se servir de moi ?
 

 Le signe de Dieu : le mutisme

Zacharie était donc incrédule et il souhaiterait avoir un signe. Dieu lui en donne un.
Il sera muet : « Tu ne parleras plus jusqu'à ce que ce tu vois ce que je t'ai annoncé »
Dieu laissa Zacharie devenir muet pendant une période bien précise. Malgré l’incrédulité de Zacharie, le plan de Dieu va s’accomplir. Dieu ne retire pas son plan.
On ne doit donc pas s’étonner si Dieu va de l’avant avec ses plans dans notre vie, même si nous lui résistons. Il peut faire quelque chose d’inattendu dans notre vie afin de faire avancer son plan.  
C’est pour cela que le mutisme de Zacharie n’est pas une punition.
Car, notons le bien, Luc ne parle pas de punition, mais de signe.
Remplacer le mot « signe » par punition ou condamnation, c’est modifier ce qu’a voulu écrire Luc, c’est aller trop loin dans l’interprétation.
Mais à vrai dire, ce signe est un signe de quoi ? Pourquoi ce signe et pas un autre ?


La signification  du grand silence de Zacharie

Le signe que Dieu donne à Zacharie c’est une période d’un grand silence.  Pourquoi ce silence ?
Dans notre texte, il y a quelque chose de très intéressant sur le signe que Dieu donne à Zacharie.
Zacharie  et Elisabeth ont vu le temps passé, un temps d’attente d’un enfant. Un temps de prière et de supplication. Dans la bible, la traduction de ce temps est « Chronos ».Il  se réfère au processus général du temps qui passe. Nos activités quotidiennes. C’est le temps de chaque jour qui passe de manière immuable,  chaque seconde est remplacée par la suivante, puis les heures et les jours se succèdent, même s’il ne se passe rien de particulier.  
Mais dans notre texte,  le mot pour temps que Luc utilisé ici en relation avec le signe, n’est pas « chronos », mais « Kairos ».
« Tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps (kairos) ».
Kairos. Ca veut dire quoi ?
Le temps « Kairos » est fait d’événements particuliers, des moments précis que Dieu utilise pour accomplir son plan.  
Zacharie était complètement dans une période de « Chronos », de routine quotidienne. Il attendait un enfant dans son temps à lui, dans son quotidien. Ce que Dieu veut apprendre à Zacharie par ce signe, c’est qu’il devait être attentif au temps de Dieu, kairos, au lieu d’être absorbé par son temps, « chronos ».
Le « kairos » de Dieu, est toujours un  temps du salut pour Israël, et un temps du salut pour les nations.
L’incrédulité de Zacharie consiste en ce qu’il n’était pas du tout attentif au ‘kairos’ de Dieu, au temps de Dieu. Il n’avait pas compris le sens profond de la bonne nouvelle que Gabriel a annoncé : le temps de la visite de Dieu à son peuple.
C’est pour cela, que ce signe n’est pas une punition, mais une correction de la part de Dieu.
Dieu ne nous condamne jamais, Il corrige ceux qu’il aime, dit l’auteur des Hébreux : « En effet, le Seigneur corrige celui qu'il aime ……Supportez la correction: c'est comme des fils que Dieu vous traite. Quel est le fils qu'un père ne corrige pas? » (Hébreux 12.6).  
Zacharie était obligé de prendre du temps pour préparer la venue et la mission de son fils, Jean. 
Pendant qu’une nouvelle vie se préparait dans le ventre d’Elisabeth, une nouvelle vie se préparait aussi dans le cœur de Zacharie. Dans le silence, la parole de Dieu peut atteindre les recoins cachés de nos cœurs. Dans le silence, elle se révèle « plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit », écrit l’auteur d’Hébreux (4,12). Dans le silence, nous cessons de nous cacher devant Dieu, et la lumière du Christ peut atteindre et guérir et transformer même ce dont nous avons honte.  
Dieu a travaillé le cœur de Zacharie pendant cette période, car dès qu’il ouvre sa bouche, à la naissance de son Fils, ou bien huit jours après, pendant la circoncision,  il est écrit qu’il fut rempli de l’Esprit. En effet, Zacharie connaissait une nouvelle naissance, une circoncision du cœur (Col 2.11), comme l’apôtre Paul le décrit,  et les premières paroles qui sortent de sa bouche c’est bénir Dieu :
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’Il a visité son peuple » (Luc1.68).  
La correction de Dieu a porté du fruit. Zacharie s’est laissé corriger par Dieu. Il a compris le kairos de Dieu et le signe s’est transformé en la grâce du Seigneur.
Zacharie avait besoin de cette correction, car il n’avait pas compris le ‘kairos’ de Dieu, la visite de Dieu à son peuple. Il était devenu aveugle et sourd. Si Dieu ne lui avait pas ouvert les yeux, il serait complètement passé à côté du temps du salut de Dieu. Il fallait le silence pour comprendre tout cela, il devait cesser de parler pour être attentif à sa parole.

 Et nous ?

Cette correction de la part de Dieu nous interpelle. Où en sommes-nous ? Sommes-nous absorbés par le ‘chronos’, par la routine quotidienne, même dans l’église, ou sommes-nous attentifs au temps de Dieu ? Au temps de sa visite parmi nous ? Au temps de son salut ?  Au ‘kairos’ de Dieu ? Les pharisiens du temps de Jésus n’avaient par reconnu Jésus, ils n’étaient pas attentifs au ‘kairos’ de Dieu. Et Jésus leur reproche leur aveuglement.  
Pourquoi ? Parce qu’ils parlaient, parlaient, parlaient sans écouter Dieu, sans discerner le ‘karios’ de Dieu.
Sans discerner la visite de Dieu par son Fils qu’Il a envoyé.
Et nous ? Nous ne sommes pas meilleurs que Zacharie ou des pharisiens. On parle parfois trop, on n’entend pas Dieu. On  parle, parle, même pendant nos  prières. On lui présente souvent une liste des requêtes et on s’en va sans avoir écouté Dieu. Qu’est-ce qu’on a entendu de la part de Dieu ? Est-ce que Dieu peut nous dire quelque chose ?
Justement, il faut le silence pour écouter Dieu. Il faut du temps pour comprendre ce que Dieu veut nous dire.
Dans nos paroles les uns envers les autres aussi, on parle parfois trop vite, sans réfléchir.
Mieux vaut prendre le silence pendant quelques jours pour que la sagesse de Dieu puisse nous parvenir.
Parfois nos propos  font plus de mal que de bien.
Un dicton néerlandais dit  : parler c’est de l’argent, se taire c’est de l’or.  
Ceci n’a rien avoir avec un caractère taciturne ou bavard, mais avec l’écoute de Dieu, un examen de soi, une remise en question de soi. C’est tout un travail.
Dieu a imposé en quelque sorte ce travail à Zacharie, et nous avons vu combien ce silence lui a fait du bien.
Car dès qu’il a ouvert  sa bouche à nouveau, il avait des paroles encourageantes, voire prophétiques.  
Que le Seigneur fasse aussi fructifier cette parole dans notre vie.

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